Tapage Culture

Jérôme Anthony, l’animateur vedette de M6, signe aux Editions Chêne un beau livre, L’Age d’or du Disco. Ce mouvement musical des années 80 est la passion de sa vie, alors qu’il était trop jeune pour l’avoir connu !

Originaire de Nancy, Jérôme Anthony est issu d’une famille de commerçants qui ont pignon sur rue près de la fameuse place Stanislas. Si sa maman a des velléités de devenir chanteuse, en se rendant régulièrement à Paris au Petit Conservatoire de Mireille, le petit garçon, lui, aime flâner chez le disquaire du coin, où il écoute gratuitement et sans grand enthousiasme dans une cabine les nouveautés de la chanson française, jusqu’au jour,  où, en 1978, il  découvre l’album de Starmania.

A dix ans, il se prend de passion pour Daniel Balavoine, Michel Berger, France Gall,  mais aussi pour Claude Francois et Elton John. Les jours et les mois passant, il comprend qu’ un nouveau son et un rythme différent  semblent envahir toute la production musicale française et internationale. La Disco est née ! Jérôme n’a pas l’âge d’aller en discothèque, alors il se dandine en rythme dans sa chambre, une brosse à cheveux dans la main comme micro, sur les tubes des Village People, de la Fièvre du Samedi Soir, de Donna Summer , de Karen Cheryl et de Dalida.  Et il rêve de porter des vêtements à paillettes!

 

 

Depuis, le petit Anthony est devenue une vedette de la télévision,  et d’autres  paillettes, celles de la célébrité, l’ont habillé de pied en cap! Il a pourtant toujours  gardé pour la Disco un amour inconditionnel et une grande nostalgie. C’est ce que l’on ressent au fil de son livre où se mêlent avec bonheur biographies et interviews exclusives des plus grandes stars de cette époque pour lui bénie, comme avec Amanda Lear, Cerrone,  » le pape » de ce mouvement musical, Patrick Juvet, Sheila, Patrick Hernandez, etc…  Des confidences de stars, des révélations, rien ne manque à ce livre qui se lit comme on écoute un CD. En rythme!

G.C.

 

Partager
Share on FacebookShare on Google+Tweet about this on TwitterShare on LinkedIn

On aime bien placer les artistes dans des catégories, pas que les artistes d’ailleurs, les étiquettes, ça nous rassure. Bon, avec Mélanie de Biasio, la tâche s’annonce difficile.

L’envoûtante musicienne et chanteuse belge de 39 ans nous balade du blues au jazz, du trip hop à l’électro et réalise avec « Lilies » un album au sommet de son talent.

 

 

Le résultat est un album magnétique. On se retrouve comme suspendu aux lèvres de Mélanie de Biasio. Son phrasé est unique, sa voix feutrée peut se faire caresse ou orage.
Aérienne, elle vient se poser en toute délicatesse sur une mélodie où chaque silence et chaque respiration comptent.

Première écoute, j’interromps la musique, puis me regarde dans le miroir, mes pupilles sont complètement dilatées, je ne suis pas en train d’écouter un disque de jazz, je suis sous le coup d’un sortilège. Qui me fait osciller dans un courant ambivalent entre jardin d’Eden et rivages désolés.

Mélanie de Biasio se mue en prêtresse vaudou et étire ou rétrécit nos têtes à l’envi, tout comme ses notes qu’elle distend à l’infini, sans jamais les faire retomber. Elle les dilue dans le silence. Un silence qui ronge les morceaux et les magnifie, nous maintient en apesanteur tout au long de l’album comme si on était dans du coton.

Le disque commence très fort, avec en ouverture « Your Freedom is the end of me » (sous-titre “the arena of failed obsessions” = l’arène des obsessions déchues”), un morceau entre jazz et trip hop, où Mélanie, sous une apparence de douceur, témoigne de ses angoisses et affiche une sensibilité torturée, l’angoisse de perdre l’être aimé.

Le second morceau « Gold Junkies » , plus rythmé, est une réminiscence du planant morceau de 20 minutes « Blackened Cities », sorti en 2016.
Lillies montre une osmose parfaite avec le piano. Sa voix est poussière, sa voix est soupir. La note maintenue de piano grave fait l’effet d’un bourdonnement où la voix ose à peine se poser.
La note finale qui perdure met en lumière le contraste infime entre le silence et le chant.

Avec « Let me love you » , Mélanie exprime sa fureur dans l’amour. Elle l’avait fait avec la même énergie dans le puissant « I’m gonna leave you » de l’album No Deal en 2013. Une fureur sombre qui prend sa source dans la souffrance « Made of sorrows that follow me all the time ».

Suivent deux blues minimalistes, « Sitting in the stairwell » , dont le dénuement extrême rappelle dans l’émotion le blues des plantations.
Et le splendide « Brothers« , un blues ethéré, presque une prière.

Sa version d’ « Afro Blue » touche au sacré, et pourtant on en a connu des versions réussies, dont la très sensuelle interprétation d’Erykah Badu, mais là, l’émotion est profonde, proche et humide.

Puis, on imagine Mélanie traîner du côté de Bristol, qui a vu naître le trip hop à la fin des années 90. La fin de l’album se liquéfie dans une certaine ivresse des profondeurs, avec l’ambiance sous-marine d’ « All my worlds » et de « And my heart goes on » .

Cette fin n’en n’est pas une. Elle nous invite à suivre les longues notes à travers les montagnes d’octaves et dans les profondeurs océaniques.

Mélanie est une artiste rare dont le talent éclate aujourd’hui dans toute sa splendeur. Oui, elle a l’élégance d’une Nina Simone, et son jeu admirable sur les sons met en valeur la grâce de sa voix.
Elle règne sur un univers où les notes sont libres, de leur durée, de leur fréquence, et les instruments sont les piliers de son royaume.

* interview extraite du magazine Jazz News de septembre 2017

* pro tools est un logiciel de production musicale qui permet d’enregistrer sa musique sur différentes pistes et de la retravailler (mixage-effets-volumes).

 

 

Mylène Aroul

Partager
Share on FacebookShare on Google+Tweet about this on TwitterShare on LinkedIn

Pour une bonne nouvelle, celle-ci est de taille. Chez Jean-Michel Ribes, au théâtre bien vivant du Rond-Point, à Paris, on va continuer cette saison de réinventer le Monde.

Il donne le vertige ce début de saison au théâtre du Rond-Point, à Paris. Au fronton s’affichent déjà pas loin de huit spectacles qui tous donnent envie de ne pas rester chez soi, blotti transi d’ennui dans le confort trop douillet de ses certitudes.

Voilà qui dans le bel ordonnancement consumériste des Champs-Elysées, l’autre boulevard du toc et du bling, ne cesse décidément d’étonner. Ce n’est d’ailleurs pas tout à fait un théâtre, c’est plutôt un rêve de théâtre, le Rond-Point.

Depuis quinze ans, l’air comme la parole y circulent sans entraves. Un spectacle en appelle un autre qui annonce lui-même la prochaine rencontre et inversement. C’est le grand bal bouillonnant des mots et des idées qui ne cessent de dialoguer et de s’interroger. Et on ne s’ennuie pas. Jamais. Ici, on danserait même bien jusqu’au bout de la vie.

Cette saison, le Rond-Point sera un bateau du temps de la marine à voile. Quand le Monde avant d’être conquis et taillé en pièces, restait surtout à explorer et à découvrir. Alors qu’il vient d’être reconduit pour cinq ans à sa barre, Jean-Michel Ribes s’est d’ailleurs voulu et rêvé pirate. La bonne idée ! Ribes, juste un môme ?

« Les pirates, c’est des gens pas exactement dans la règle, dans la norme. Ils vont ailleurs, ils bousculent, ils prennent d’assaut d’autres bateaux et ils y mettent leurs valeurs, leurs rigolades. Pour pouvoir respirer, il faut s’inventer un air qui est à soi. Dans cette société un peu définitive, on nous demande de regarder la réalité en face, quelle réalité? Je préfère, comme le surréaliste belge Louis Scutenaire, regarder la réalité en farce. »

 

©Jean-Marie Marion

 

Et à cette même réalité que nos smartphones nous promettent aujourd’hui augmentée, Jean-Michel Ribes préfère cette saison le rêve. Mais le rêve lui aussi augmenté.

« Je pense que les gens qui disent le Monde, ce sont ceux qui l’inventent. Seuls les grands poètes ont dit le Monde. Que ce soit Homère, Dante ou Hugo, quand vous les lisez, vous savez ce qu’était le XIXé siècle, la guerre des Atrides… tandis que les gens qui «font du réel » , ils recommencent en moins bien ce que la réalité leur propose et à mon avis ils ne disent rien. Je pense que si on n’invente pas, on n’est pas dans le réel. Le réel, c’est l’invention. Le réel, c’est la fiction.

C’est aussi pourquoi je crois que le théâtre, ça ne peut être justifié qu’à partir du moment où c’est une issue de secours, à partir du moment où on dit, ben vous voyez, venez là et vous verrez que tout n’est pas foutu. Et c’est ça que j’essaye de faire.

Parce que je ne suis pas construit pour devenir ni préfet, ni évêque, ni notaire, ni maréchal de France. Je n’arrive pas à rentrer dans les cadres… donc, j’en invente un autre. »

Tout de même, sans avoir jamais nourri de rêves de notable installé, quand on sait la fragilité des hommes et des femmes de théâtre, quinze ans à la tête d’une maison comme le Rond-Point peuvent à tout le moins poser question. Il faut quoi ? Savoir plaire ? Déplaire ? Se montrer ? Jouer des coudes et se jouer des codes du Pouvoir ?

« Le code du Pouvoir, je vais vous dire, je ne le maîtrise pas. La seule chose que je maîtrise si je peux m’exprimer ainsi, c’est de rester libre. Et je dois dire que j’ai bénéficié ici d’une immense liberté. Personne ne m’a jamais rien dit de faire. En revanche, on est l’un des théâtres les plus fréquentés de France et ils ne nous donnent pas d’argent. On a 65% de l’argent à trouver. C’est à dire qu’ils se sont dit une chose, puisqu’il peut le faire pieds nus, pourquoi lui donner des chaussures ! 

Mais en dehors de la liberté de programmation, j’ai fait des choses ici… et cette saison, on va faire le premier opéra pornographique qui ait jamais été fait! (Opéraporno, de Pierre Guillois, à partir du 20 mars, pour celles et ceux qui se demanderaient)… C’est un peu notre destin d’être les mauvaises herbes de la culture… Quand on a amené Kerry James ici avec « A vif » et qu’on voit que la moitié de la salle sont des gens de banlieue qui n’ont jamais été au théâtre ! Quand on voit ici ce que fait Dominique Simonnot avec « Comparution Immédiate », ce texte sur ces gens qui sont jugés en cinq minutes… Voilà, on essaye de raconter des choses qui existent et en même temps de les réinventer. On essaye d’aller dans des chemins qui sont pas trop piétinés. »

C’est souvent comme ça avec Ribes. Aux jeux un peu vains du « moi je », l’homme préfère le pari du « on ». L’aventure ensemble plutôt que l’exercice solitaire.

« On disait toujours la bande à Ribes, mais oui ! J’avais écrit une phrase quand j’étais jeune qui disait: « Ecrire une pièce me rend malade, la monter me guérit ». Pourquoi ? Parce qu’on est ensemble. Tout d’un coup, on est avec des gens. Et c’est ça qui est magnifique, au théâtre, rien ne se fait sans les autres. On est mêlés, on est constitutifs de l’oeuvre. C’est ça le dialogue de théâtre, c’est la vie. Ce mélange qui n’existe que là et qui d’ailleurs fait que le théâtre n’est pas mort, parce qu’il aurait dû disparaître, avec le cinéma, la télévision, le numérique. »

 

©Jean-Marie Marion

 

La jubilation d’essayer, de tenter, d’inventer le réel pour dire le monde autrement, se déclinera jusqu’aux beaux jours en une trentaine de spectacles, de moments, de rencontres.

On croisera, entre beaucoup d’autres, les grands enfants de Raymond Queneau et de François le Lyonnais que sont Paul Fournel ou Marcel Bénabou, avec les Cinq Coups de l’Oulipo, cette magnifique fabrique à bijoux littéraires et poétiques.

On redécouvrira Emmanuelle Devos dans Bella Figura que Yasmina Reza a écrite et mise en scène. Jean-Claude Gallotta et les danseurs du groupe Emile Dubois rapprocheront le rock et la danse contemporaine avec My Ladies Rock, variations chorégraphiques autour des grandes icônes féminines de la pop et du rock.

La cinéaste Claire Devers signera ici sa première mise en scène au théâtre avec Bluebird de Simon Stephens. Pierre Arditi viendra lire ce qu’il aime tandis que Kader Aoun, créateur avec Jamel Debbouze du Jamel Comedy Club nous proposera son festival, « Parlez-vous Stand-Up ?», quatre jours avec Thomas VDB, Mathieu Madenian qu’on connaît déjà et quelques autres qu’on entendra pour la première fois.

Autant d’instants jubilatoires, passionnants, indispensables et dérisoires, essentiels et légers. Autant d’instants volés au temps qui nous rend sérieux. Jean-Michel Ribes l’avoue lui-même sans se forcer : « C’est ce qui me permet de continuer d’avoir quatorze ans et demi. Je n’ai pas dépassé cet âge là… et heureusement. »

O.D

 

Théâtre du Rond Point
2, bis avenue Franklin D.Roosevelt
75008 Paris
01 44 95 98 21

Partager
Share on FacebookShare on Google+Tweet about this on TwitterShare on LinkedIn