Tapage Culture

 

 

Dans son livre « Mes étoiles 1980 » (Editions Pygmalion), Olivier Kaefer,  que  Patrick Timsit incarne brillamment dans les films Stars 80 1 et 2, est le créateur fondateur de la fameuse tournée de nos idoles d’antan et mitonne pour nos papilles avides moult croustillants et succulents secrets comme on les aime ! Des moments heureux, des joies scéniques, mais aussi de la jalousie entre artistes,  des caprices  hallucinants, des coups de théâtre …

 

A dix ans, Olivier Kaefer, qui a grandi en se dandinant devant l’écran de la télévision familiale, fasciné par les shows des Carpentier, où apparaissaient toutes les stars de l’époque,  comme Johnny Hallyday, Sheila, Claude François, Nana Mouskouri, Joe Dassin, mais aussi par les émissions de variétés de Guy Lux, a eu son heure de gloire dans les fêtes familiales en entonnant, déguisé, la « Bonne du curé », d’Annie Cordy.  Devenir chanteur ? Non, il ne l’a jamais désiré. Mais les approcher, les connaître, leur parler, faire partie de leur monde, oui! Peu importe les études, qu’il considère comme une perte de temps alors qu’il pourrait écouter l’émission d’Europe 1  « Salut les copains » ! Encore adolescent, il commence à faire de la radio libre dans sa ville natale de Blois, où tout de suite , on lui confie des interviews de chanteurs. Très vite , il monte à Paris, travaille au sein de Radio Solidarité, qui soutient Jacques Chirac, quand on lui propose de s’occuper des intérêts artistiques de Lova Moor, issue du Crazy Horse Saloon, et d’Eric Morena ( « Oh mon bateau »), issu de la prêtrise ! S’ensuivent d’autres vedettes  de l’époque comme Patrick Juvet, particulièrement  capricieux, et Amanda Lear, particulièrement….star, avec des prétentions abracadabrantes. Il s’en souvient avec humour. Olivier Kaefer est un gentil, qui aime les artistes. A la folie.

 

Amanda Lear

 

Un jour, il  a l’idée, avec avec un ami, Hughes Gentelet, de monter une tournée de chanteurs français et internationaux  sur le déclin après avoir connu une gloire certaine. Il crée une maison de production, démarche tous les appuis possibles, qu’ils soient financiers ou médiatiques. Personne n’y croit. « J’étais le ringard qui voulait faire chanter des has been ! ». Il loue le Zénith de Paris, s’endette de 120.000 euros,  et c’est un triomphe. Il s’agit alors de la « RFM Party », qui deviendra plus tard « Stars 80« . Un succès qui perdurera jusqu’à aujourd’hui, même si Olivier est maintenant personnellement passé à autre chose, produisant notamment les New Poppys et une pièce de théâtre à succès, « Bouquet final« , à la Comédie Caumartin.

 

Lio

 

Mais les souvenirs restent, très vifs, sur toutes ces années, avec tant d’anecdotes sur Lio, au caractère dévastateur, Plastic Bertrand ( vrai chanteur ou pas ? ), Jean Schultheis  à l’humour ravageur, Jean Luc Lahaye, systématiquement en retard,  Désireless marmonnant en coulisses des onomatopées incompréhensibles, cherchant chaque soir ses chaussures que le reste de la troupe lui a cachées pendant qu’elle chante pieds nus sur scène. Au fil des pages, on retrouve gaiement Patrick Hernandez, Gilbert Montagné, Larusso, Ophélie Winter, les Worlds Apart, Cookie Dingler, Peter et Sloane, et tous ceux qui ont un jour rejoint la bande. Par contre, non sans une certaine amertume, Olivier évoque le conflit d’intérêts qui l’oppose actuellement au producteur de cinéma Thomas Langmann, à propos des deux films Stars 80.

Dans ce livre épatant se mêlent beaucoup de tendresse et  un peu de vacherie acidulée, et Olivier Kaefer y délivre au final  un beau message d’amour pour la chanson, considérée par les esthètes comme un art mineur : « Je suis un homme populaire qui a des goûts populaires. Le public me fait vivre. Il me porte. Je dois lui dire merci. C’est pour lui que je continuerai  à mettre dans la lumière ceux qui savent nous faire rêver: mes amis les artistes ».

 

Grégoire Colard

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Les temps sont gris, le froid est revenu, même Johnny est parti. Et si on oubliait juste un soir le triste blues qui nous guette ? Chiche ? Alors, Youpi !

Une ouvreuse qui aurait voulu faire danseuse et qui jacte comme Arletty, une cantatrice sur la pente qui glisse et teigneuse comme un ténia, un pianiste qui yodle comme un coucou suisse, une danseuse qui confond pas de deux avec moi-toute-seule, une star une vraie, des beaux garçons mais juchés sur des talons hauts et puis une régisseuse qui veut bien faire mais qui ferait mieux de se taire… on en oublie, il y a aussi une poule, voilà l’improbable casting de la plus jubilatoire revue qu’on ait pu voir à Paris depuis longtemps. La dernière fois, certains s’en souviennent avec émotion, c’était déjà avec eux.

Et à eux toutes et tous, ils forment une bande comme on s’en souhaite tous les jours de la vie. Ils sont chanteurs, danseurs, comédiens, auteurs, compositeurs, musiciens. Ils ont tous les talents. Ils ont surtout celui de pouvoir tout se permettre sans jamais se prendre au sérieux. Ils s’amusent comme des fous, ce qui fait déjà plaisir à voir. Ils vous embarquent dans leur sillage joyeusement délirant, ce qui est encore mieux. Rien que d’y penser, on en rigole toujours.

 

Pour la plupart d’entre eux, c’est au Piano Zinc qu’ils se sont connus il y a vingt-cinq ans. Le beau nid d’anges de la rue des Blancs Manteaux au coeur du Marais, quand il battait fort. C’est ici qu’ils ont commencé à cultiver le goût de la déconne ensemble. De l’irrévérence et de l’ironie vis à vis d’à peu près tout, à commencer par eux-mêmes. En n’oubliant jamais de laisser son égo au vestiaire, pour que les talents s’additionnent encore mieux.

 

« On est comme ça », souligne Caroline Roëlands qui signe la mise en scène de la revue, tout en lui imprimant son sens aigu du « 74é degré »,   « c’est ça le secret, c’est généreux naturellement.  Si on fait une bouffe à la maison, ça va être pareil, il y a un piano et on vous fait un Youpi !. Et les trois premiers, c’était des soirées où on se voyait juste la veille chez moi tous ensemble et hop ! »  Et c’était parti! Et jusqu’au 18 décembre, à la Nouvelle Eve, c’est même reparti !

 

La bande, en chemin, ne s’est pas perdue de vue. Elle s’est même étoffée. Caroline a retenu au vol quelques beaux oiseaux croisés sur d’autres productions ainsi qu’une perle rare que sa légende précède, Nicole Croisille. Elles se sont toutes les deux rencontrées à l’opéra de Toulon il y a cinq ans lors de la création en France de Follies de Stephen Sondheim,  dont Caroline assurait la chorégraphie.

Elles se sont retrouvées ensuite pour le Casino de Paris de Nicole. Et la chorégraphe a immédiatement pensé à l’immense chanteuse lors du nouveau numéro de la revue. L’immense chanteuse, qui commença d’abord par danser à la Comédie Française et fut la meneuse de la revue des Folies Bergères à Broadway, ne cache pas son bonheur. La voir et l’entendre chanter l’inoxydable  » Fever  » de Peggy Lee va faire le vôtre.

Des plumes, des chansons et des bas résille, de la danse, de l’humour et de la poésie, on aura donc raison d’aller un prochain lundi soir retenir la nuit pour rire et s’émouvoir à la Nouvelle Eve avec la bande de Caroline Roëlands. Il y a comme ça parfois des spectacles qui vous donnent envie de dire enfin clairement, simplement les choses… Youpi !!!

 

O.D

Youpi C’est reparti !

Ourdi et mis en jambes par Caroline Roëlands

à la Nouvelle Eve

les lundi 11 et 18 décembre

 

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Le 13 novembre 2015, au Bataclan, Hélène Leiris tombe sous les balles. Antoine, son mari, lui dédie une lettre bouleversante, puis un livre éponyme, « Vous n’aurez pas ma haine », dont le texte est aujourd’hui célébré par le comédien Raphaël Personnaz sur la scène du Théâtre du Rond Point. 

 

Ce n’est pas facile pour moi de décrire cette pièce qui m’a laissé paralysé par l’émotion. Le plus simple est peut être de citer d’abord le comédien qui mène ce monologue pendant un peu plus d’une heure, une heure qui passe comme un souffle d’air brûlant.

Raphaël Personnaz, révélé au grand public en 2010 par l’un de ses premiers rôles dans la Princesse de Montpensier, un film de Bertrand Tavernier, a reçu depuis de nombreuses récompenses de ses pairs, dont un César , en 2011, et un Prix Patrick Dewaere, en 2013. Malgré son physique à la beauté angélique qui aurait pu l’entraîner vers une carrière de briseur de coeurs dans des comédies romantiques, nous tenons là un comédien et acteur éclectique qui ne se laisse pas hypnotiser par la lumière de la gloire à tout prix. Avec ce texte d’Antoine Leiris, « Vous n’aurez pas ma haine », qu’il a découvert après sa parution en livre,  grâce au metteur en scène Benjamin Guillard , il a compris que c’était un devoir pour lui de le partager sur scène avec le plus grand nombre, alors même qu’il doutait pouvoir le faire, non pas en tant que comédien, mais en tant qu’homme. Il a finalement choisi de ne pas se mettre dans  peau d’Antoine Leiris, qui a perdu sa femme au Bataclan, mais d’être sa voix. Il a fallu à Raphael des mois de répétitions, tant il y pleurait, pour arriver au bout des mots. Pour dépasser les maux. Et il fait preuve sur scène, d’une force, d’une assurance et d’une virilité à toute épreuve. Un vrai soldat de l’amour.

Au Théâtre du Rond Point, il est seul, face à une chaise vide, accompagné parfois par quelques notes de musique jouées presque en sourdine par une pianiste délicate que l’on devine derrière une rideau translucide, évoquant comme  une âme féminine planant dans la salle, celle d’Hélène. Peut être. Sûrement.

Les spectateurs sont pétrifiés, silencieux. Certains pleurent. Moi aussi. Mais on rit aussi, parfois. Comme un exutoire. Tout simplement parce que ce texte est celui du  refus de céder à la haine vis à vis des terroristes, qui n’attendent que cela. Ne pas céder. Continuer, malgré tout. Et surtout. La vie est là, notamment avec cet enfant encore tout petit qu’Antoine a eu avec Hélène. C’est l’heure de lui raconter les souvenirs drôles et heureux et de le faire grandir dans un monde qui ne peut pas, qui ne doit pas être celui de l’horreur absolue , mais de la tendresse, de la joie, du partage et de l’altruisme.

Dans cette pièce, à la fois dure et tendre, dont on ne sort pas intact, on l’aura compris, s’entremêlent des moments de douleur intense, des cris d’incompréhension et de révolte, mais aussi des envolées d’émotion à corps perdu et de lyrisme absolu. Un véritable hymne à l’amour et à la vie.

Je ne peux pas critiquer « Vous n’aurez pas ma haine« …. Juste dire: « Allez y! ».

 

Grégoire Colard

 

Jusqu’au 10 décembre au théâtre du Rond-Point ( Complet)

Du 2 mars au  14 avril 2018 au théâtre de l’Oeuvre

 

 

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Irrésistible comme l’amour, léger comme un doux rêve, c’est un beau moment de théâtre que signe Nicolas Briançon. Comme chez lui chez Sacha Guitry.

C’était l’un des grands rendez-vous annoncés du début de saison. De ceux qui vous donneraient presque envie que le plagiste avant l’heure replie ses transats, le guide son guide et que l’été aille se faire voir ailleurs, qu’enfin on se retrouve bien tassé les genoux pas loin des oreilles dans le fauteuil de son théâtre parisien. La Madeleine, en l’occurence. Nicolas allait s’inviter chez Sacha, Briançon chez Guitry ! L’été et ses plus beaux soleils à en juger l’affiche, pas rancuniers, joueraient finalement les prolongations. On y voyait comme une promesse de douce félicité. Un bonheur en perspective. Un kif en embuscade. Autant le dire, la suite ne nous a pas douchés. Et que c’est bon, parfois, d’avoir raison !

C’est un Guitry saisi dans la folle inconséquence de son jeune âge que nous propose Briançon. Il n’est pas encore tout à fait devenu LE maître mais il excelle déjà dans l’art d’aimer lorsque en 1916, alors que le monde se déchire et qu’à cent kilomètres à peine de la Capitale on meurt dans les tranchées, il présente aux Bouffes-Parisiens « Faisons un rêve« , pièce écrite en seulement deux jours, légère comme l’amour qui naît, qui vous bouscule et vous remue et vous renverse. Une pièce que Sacha lui-même jouait aussi vite qu’il l’avait composée.

Oui, comme une partition. Parce ce que c’est bien de rythme et de musique qu’il est question. Le rythme comme la pulsation d’un coeur qui s’emballe et la petite musique que fait la raison quand elle déraisonne. Nicolas Briançon ne l’a que trop bien sentie, cette urgence de l’instant dont Guitry se délecte. Comme il a su retenir au vol le bonheur qu’il nous offre en partage. Celui si fugace de la première fois. Après viendront les jours et tous les autres soirs, après viendront s’insinuer le doute et la monotonie alors savourons jusqu’au bout cette première nuit, que rien ne saurait entraver ni remettre à plus tard puisque il sera trop tard.

Et jouissons déjà de nous sentir fébriles, impatients au point d’imaginer à distance le chemin qu’est en train de parcourir jusqu’à nous celle que nous avons élue et que nous allons aimer, pourvu qu’elle vienne !! Elle avait donc raison Jacqueline Delubac, l’une des femmes de sa vie, quand elle disait à Guitry:  « Sacha, tu es un diable électrique ! Tu connais les escaliers cachotiers du cœur ! »

C’est un Guitry ainsi intelligemment rendu à cette merveilleuse vivacité dont nous régale Briançon. Tout en joie lui-même de se fondre dans les élans  de cet amant pressé.  Séduisant comme le diable, un homme à qui on ne sait pas dire non. Comme on ne peut dire que oui à l’aimée, Marie-Julie Baup, tout simplement délicieuse et dont on se surprend à guetter soi-même la venue. Quant au mari, volage, menteur et âpre au gain, il fallait tout le talent d’Eric Laugerias pour, après Raimu et quelques autres, nous le rendre aussi drôle et touchant à la fois. On n’est pas près non plus d’oublier Michel Dussarat qui, dans son rôle de valet de chambre, achève de nous convaincre qu’il est définitivement d’une autre planète.

Ce n’est évidemment pas exhaustif, l’homme de théâtre est prolixe, mais on avait aimé Briançon chez Shakespeare (la Nuit des Rois, le Songe d’une Nuit d’été, Roméo et Juliette) comme on l’avait aimé chez Ben Johnson (Volpone), on n’avait pas non plus boudé notre plaisir de le voir s’inviter chez Graham Greene (Voyages avec ma Tante)… on a adoré le découvrir chez Guitry, qui fut d’ailleurs pendant de longues années comme chez lui au théâtre de la Madeleine.

Avec « Faisons un rêve« , on s’est même dit qu’il était de retour à la maison.

 

O.D 

Faisons un rêve

de Sacha Guitry, mise en scène de Nicolas Briançon

Avec Nicolas Briançon, Marie-Julie Baup, Eric Laugerias et Michel Dussarat.

au théâtre de la Madeleine

 

 

 

 

 

 

 

 

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Fou, fou, fou, Tutu est un spectacle ébouriffant qui vient du sud de l’Europe et qui vous fait perdre le nord ! En 1 heure 20, vous vivez hors du temps,  emporté dans un autre monde, celui de la danse, évidemment, mais aussi de l’humour, du grotesque,  de la poésie grinçante et du rêve.

 

Tutu est un véritable show qui s’est déjà produit au Festival d’Avignon, en 2015 (  y remportant le prix du Public) ,  à Paris en 2017 ( à guichets fermés) . Il s’affiche actuellement  à Bobino, jusqu’au 14 janvier 2018. Pour le voir, il faut vite réserver, car le succès est là, et bien là ! Le public est enthousiaste, rieur, heureux.

 

 

Créée en 1994 à Barcelone par un chorégraphe français, Philippe Lafeuille, la Compagnie « Chicos Mambo« , composée de six danseurs masculins aux physiques complètement différents,  ne laisse de surprendre à chaque instant en arborant des costumes aussi  surprenants que possible, soit sous forme de gros poussins ventrus et fessus, soit avec d’ immenses ou de minuscules, tutus,  ou encore avec sur la tête de gros pompons muticolores  dominant les torses nus des artistes. Le comique est là, immédiat et on se laisse aller à suivre de bon coeur des parodies de shows télévisés, d’une interprétation exacerbée du Lac des Cygnes  ou des scènes allégoriques, les  garçons virevoltant en tous sens en faisant des pointes, ce qui n’est pas le moins surprenant, étant donnée la performance physique que cela suppose chez un homme…

 

 

Les chorégraphies, justement, exigent une perfection d’attitudes et de maintien qui déclenche l’admiration, alors même que le comique et le dérisoire des situations et des scènes, mais aussi les jeux de lumière entre  les couleurs et  les costumes nous entraînent dans un monde comique et halluciné, où toutes les conventions sont largement dépassées. Des effets spéciaux ont même été imaginés  par Philippe Lafeuille afin de faire voler et danser les corps dans l’espace avant qu’ils ne redescendent sur scène recevoir les bravos hystériques du public, enchanté par cet instant de grâce onirique.

Tutu, un spectacle familial grandiose et unique, à ne pas rater….

 

G.C.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Avec Oh Là Là !, la très enchantante Isabelle Georges nous propose un voyage musical qui ne ressemble qu’à elle. Tendre, talentueux et passablement déjanté.

Comme disait sa grand-mère, qui pour avoir traversé deux guerres en avait vécu et connu des jours où ça ne riait pas tout le temps:  « Oh Là Là! » … Une grand-mère qui avait choisi son camp. Celui de la joie malgré tout et qu’Isabelle Georges semble avoir reçue en héritage. Comme quoi, la vie a parfois le talent de bien faire les choses en distribuant les bonnes cartes.

Isabelle, vous l’avez sans doute d’abord croisée aux côtés de Jérome Savary dans la Périchole, à Chaillot. Vous avez pu la voir et l’entendre à la Bruyère, aux Mathurins ou encore à la Gaîté-Montparnasse pour Padam, Padam.  Vous l’avez retrouvée avec Broadway en Chanté ou découverte, mise en scène par Anne Bourgeois, à Déjazet dans Chante ! Elle nous revient donc au très beau bal Blomet, un cabaret vrai de vrai,  avec ce nouveau spectacle qu’elle a voulu comme une bulle de champagne. Où surtout, elle n’en fait qu’à sa tête. Et c’est pas triste. Il y a même des claquettes !

©Jean-Marie Marion

Comme il nous arrive de le ressentir nous-mêmes, elle le trouve un peu dur le monde qu’on nous infuse. Raison de plus pour nous le montrer autrement.

« Ces derniers temps, il faut dire qu’on a accumulé des trous noirs… On est un peu tirés vers le bas, à cause du terrorisme, de la politique, de ce qu’est devenu le spectacle vivant… j’avais envie de transcender tout ça, de chercher des choses qui font rire, qui donnent envie d’être heureux, de s’élever, d’être curieux, d’avoir soif de culture, de se marrer… c’est un mode de vie que je pratique et que j’avais envie de partager sur scène. Alors, il y a des gens qui me disent « mais Isabelle, c’est beaucoup trop plein de bon sentiments tout ça ! », mais je me dis que c’est plus difficile d’aller chercher la lumière que de se plaindre. » 

Une pugnacité qui l’a d’ailleurs prise dès son plus jeune âge.

« Y a un truc qui m’est arrivé toute petite et qui je pense donne un sens à ma vie un peu particulier, j’ai été pas mal malade. Et ma mère m’a appris à chanter quand j’avais mal. Et pour moi chanter, c’est de l’ordre de la transcendance. C’est aller au plus profond de soi et se dire que ça vaut le coup ! Parce que finalement, il y a plein de petits moments dans la vie, même dans les instants les plus terribles, où on peut s’élever…  et moi c’est ça qui m’intéresse. »

Oh Là Là a d’abord été présenté en 2015 et en 2016 au prestigieux Fringe Festival d’Edimbourg, dans un lieu mythique et absolument magique, la Famous Spiegeltent, où Marlène Dietrich en son temps créa l’Ange Bleu. Et ce fut pour Isabelle et ses cinq fabuleux musiciens un de ces succès qui longtemps vous tiennent chaud. Un public conquis, une presse dithyrambique. Le spectacle s’est même vu prolongé à Londres au théâtre Saint-James. C’est dire au passage notre bonne veine de pouvoir le découvrir ici à Paris.

Avec Isabelle Georges, ce sont aussi certaines des chansons de Jacques Brel, de Claude Nougaro, de Gilbert Bécaud, de la môme Piaf qu’on redécouvre. Ce sont encore les mélodies de Cole Porter et de Nino Rota qui nous font tanguer… Voir Oh Là Là, c’est au fond, couper dans le gris ambiant et voir la vie en mieux. En somme, que du chouette !!

O.D

 

Oh Là Là !

par Isabelle Georges
Et ses fabuleux musiciens

Au bal Blomet

33 rue Blomet, Paris 15é

les 24 novembre et 29 décembre

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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A 86 ans, Michou publie sa première autobiographie, truculente en diable, « Prince bleu de Montmartre« , aux Editions du Cherche Midi, préfacée par Anny Duperey.

Michou est un homme modeste, et s’il se définit comme un prince dans le titre de son livre, il est plutôt considéré à Montmartre, où trône son célèbre cabaret, comme le roi de ce petit territoire! Pas de jour sans qu’il n’arpente en fin de journée les rues de son royaume en saluant de la main comme la reine d’Angleterre, le sourire habillé de dents éclatantes, son éternel habit bleu d’apparat rutilant sous les réverbères!

Il a d’ailleurs une chaise royale à son nom dans une brasserie de la rue des Abbesses, où il reçoit les hommages de son peuple d’amis et d’admirateurs venus des quatre coins de la France, sinon du monde. Oui, Michou, est considéré par les Français et par les touristes prêts à mille selfies comme un monument historique ( il s’amuse à se prétendre « monument hystérique! » ) de Paris!

Depuis 60 ans, il anime chaque soir en effet de façon unique son cabaret  » Chez Michou » où des artistes masculins, qu’il appelle ses Michettes, se produisent tour à tour avec un talent prodigieux en travestis, imitant à s’y tromper France Gall, Céline Dion, Edith Piaf, Brigitte Bardot, Line Renaud, Nana Mouskouri, Chantal Goya, Sylvie Vartan , Véronique Sanson, Marylin Monroe et tant d’autres…La phrase la plus entendue venant des clients qui se pressent à chaque spectacle est  » On dirait la vraie! C’est fou! « . Un compliment qui a valeur d’Oscar pour Michou. Surtout aujourd’hui pour le nouveau numéro d’un Stromaé époustouflant de vérité. Un chef d’oeuvre à découvrir absolument. Bluffant!

Ce qui enchante aussi notre Michou,   c’est d’avoir reçu non seulement la visite des véritables stars imitées, mais de tout le gratin de ces dix dernières décennies, qu’il soit du cinéma, comme hier Alice Sapritch ou Sophia Loren, et récemment Belmondo et Delon, de la littérature comme Françoise Sagan, mais encore Joséphine Baker, Diana Ross, Bette Midler. Sans oublier tant de ministres, d’hommes et femmes politiques et tous les Présidents de la République ( dont Jacques Chirac, avec une une Légion d’Honneur à la clef ) qui s’inclinent devant ce soldat connu de la nuit.

Les années passent, Michou se souvient avec bonheur de tout dans son livre et prépare avec précision son départ: un cercueil bleu, un caveau bleu, des hortensias bleus, les poulbots de Montmartre, et les invités portant du bleu. Une vraie fête à la Michou, qui n’a jamais cessé de voir la vie en …bleu !

G.C.

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Avec « le Temps qui reste », Philippe Lellouche et sa bande nous offrent une bulle d’espoir. Mieux vaut tard que jamais, il est toujours temps de s’aimer.

C’est sa signature. Sa marque. Son empreinte. Et c’est aussi pour ça qu’on l’aime, qu’on le suit et qu’on retourne chez lui comme on retourne chez un ami. Il y a toujours de l’amour et de l’amitié dans l’air que respire Philippe Lellouche. Elles mordent, elles grincent mais il y a toujours de la tendresse et de la bienveillance dans ses comédies. Une heureuse constance qui, depuis « le Jeu de la Vérité » il y a déjà quelques saisons jusqu’au « Temps qui reste » aujourd’hui, ne se dément pas.

Si l’époque prête beaucoup, sans doute beaucoup trop, à la débine, au flingage en règle et au ricanement, l’auteur et comédien garde résolument son cap de bonne espérance. Et c’est fou comme avec lui, le plus grave quand il survient peut en même temps offrir la chance de vivre enfin le meilleur.

C’est ce qui, ici, va arriver à Emma, Adrien, Paul et Franck. Quatre amis de toujours, quatre copains d’abord en dépit de tous les vents et marées que la vie a pu dresser sur leurs chemins. Réunis le jour des obsèques du cinquième, fauché dans sa cinquantaine, ils vont prendre le temps du regard dans le rétroviseur des années passées. Ils vont surtout prendre celui de se dire ce qu’ils ont tu avant de reprendre le cours de leurs vies… elles ne seront plus jamais tout à fait les mêmes. Et dieu que c’est drôle ! Et diable que c’est émouvant !

 

 

Parce que Lellouche sait de quoi il nous parle. Parce que les questionnements, les renoncements, les peurs et les élans tout juvéniles de ses personnages, sont fondamentalement les siens, et les nôtres. Parce que Lellouche ne sait pas se murer dans ses certitudes, qu’il n’en a tout simplement pas, qu’il doute et qu’il cherchera sans doute toujours, ce qui lui évite au passage de moraliser. Et il y a chez lui, ici particulièrement, ce mot, ce trait d’esprit, ce sens du cocasse et même parfois du burlesque qui, à point nommé, viennent nous rappeler qu’il vaut peut-être mieux rire que pleurer.

« Le temps est un ennemi qui est mon meilleur ami, qui m’inspire en permanence et qui en même temps me terrifie. Et comme tout ce qui me fait peur, m’angoisse, me terrorise, j’en fais des pièces drôles parce que c’est le meilleur moyen de faire la paix. Chateaubriand disait « ce que tu ne peux pas éviter, embrasse le »… voilà, c’est ce que j’essaye de faire. Tout en riant. »

Nicolas Briançon, qui a signé avec joie la mise en scène, l’a bien cerné. « Philippe, c’est un grand nostalgique, un grand sentimental. C’est un type dans le fond assez sombre, assez tourmenté, qui écrit des comédies. Et c’est pour ça d’ailleurs que ce sont des vraies comédies, c’est parce que le fond est tragique… comme dans les grandes comédies. Et puis, son univers me plaît. »

Philippe Lellouche, son monde à lui, c’est un monde de copains. D’amis. « Dans la jubilation du temps, il y a cet amour fou que j’ai pour l’amitié. Je pense qu’une femme s’en va et qu’un ami reste. J’ai encore ce machisme en moi que j’essaie de soigner. Je le fais dire à un moment dans la pièce « Tu es un ami formidable, un amant merveilleux mais tu es un mari déplorable »… j’espère ne pas être tout à fait ça mais il y a quelque chose en moi là-dedans qui n’est pas faux. Je suis un pédé qui n’aime pas le cul avec les hommes !  Je suis un mec qui adore ses copains !  »

Nicolas Briançon de compléter : « C’est à dire que pour Philippe, le monde c’est une histoire d’hommes… avec des femmes autour. »

Les hommes de sa vie de théâtre sont d’ailleurs toujours là. Impeccable en dandy soucieux de ses souliers et surprenant de loufoquerie, David Brécourt. Irrésistible de drôlerie, sans doute le plus môme de tous, Christian Vadim, qui de mieux en mieux se fait un prénom. Et puisque une femme est partie, une autre est arrivée, en la personne de l’émouvante Noémie Elbaz. Une bande comme le théâtre a parfois la bonne idée de nous les tricoter. « le Temps qui reste« , une histoire pour ne pas perdre le goût de la nôtre.

O.D

 

Le Temps qui reste

La nouvelle comédie de Philippe Lellouche et sa troupe

mise en scène de Nicolas Briançon

Au Théâtre de la Madeleine

 

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Depuis le 16 octobre, et jusqu’au 14 janvier 2018, Le Centre Pompidou lance  une école ouverte à tous en offrant un MOOC d’art moderne et contemporain.

 

Un Mooc ( prononcer « mouc » ) , c’est un lien numérique qui offre des cours massifs et une formation à distance. Il est accessible à tous , comme celui que le Centre Pompidou propose gratuitement depuis quelques jours , pour une première session de trois mois. Ce projet qui a pour but de vulgariser l’art moderne et contemporain au plus grand nombre a été instauré par Jean-Max Colard,  responsable du Service de la Parole , de l’Ecole et du Mooc. Plus de 17.000 étudiants virtuels se sont déjà inscrits ! Il s’agit d’une pédagogie ouverte où les élèves peuvent visionner chez eux des vidéos d’experts, participer à des activités, échanger en direct avec des artistes et des professeurs,  et répondre à des quiz qui leur permettent en cas de réussite de recevoir sur leur écran un  badge, avec un diplôme d’attestation au bout de cinq.

Chacun peut aussi se rendre au Centre où des personnalités de l’art, que ce soit des plasticiens, des musiciens, des cinéastes, des photographes, des chercheurs et même des cuisiniers haut de gamme,   invitent les élèves à concevoir une oeuvre avec elles, à des conférences. Comme le fait l’immense et toujours époustouflante  plasticienne et photographe Sophie Calle ( actuellement aussi en exposition au Musée de la Chasse et la Nature , à Paris 3ème ), ou encore Vincent Ganivet, qui monte en direct et en équilibre instable une immense arche dans le hall de Pompidou grâce au soutien de dizaines d’élèves ou de personnes lambdas qui tiennent l’ensemble, les bras levés ! Très amusant ! C’est éphémère, mais cela rassemble un temps les énergies de tous. De l’art vivant !

 

Jean-Max Colard et Sophie Calle 

 

Les cours tournent autour de cinq gestes  qui illustrent la démarche de tout créateur  : reproduire, assembler, détruire, réduire et critiquer. Cette nouvelle école du Centre Pompidou se veut donc à la fois sérieuse , avec des cours clairs, précis et très accessibles dispatchés sur le site à travers cinq séquences de trois heures chacune,  que l’on peut suivre chez soi à son rythme, tranquillement, et ludique , avec donc des quiz à remporter , mais aussi en se rendant au Centre pour rencontrer nombre d’artistes et échanger avec eux, sinon même élaborer et finaliser un projet commun.

Pour vous inscrire, rendez-vous ici !

G.C.

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Du désordre apparent naissent parfois d’étranges harmonies. Fortes et singulières, les oeuvres du plasticien François Bouriaud nous ont saisis.

Des noirs lumineux, des crépuscules solaires, des déchirures sensuelles et des assemblages organiques, ses toiles attirent l’oeil autant qu’elles captivent l’esprit. Peinture, collages, photos, papier journal, plastique fondu, vernis et acrylique, les matières et les couleurs sombres le plus souvent se superposent, s’opposent et s’enlacent dans une orgie passablement bordélique et résolument jubilatoire.

 

 

A la rigueur géométrique de l’académisme, l’artiste, c’est son parti pris, préfère les jeux du hasard et de la coïncidence. Son travail de création ne s’ancre ainsi dans aucun schéma prédéfini. Comme si seule comptait l’aventure de l’expérimentation. « Ce que j’ai en tête au départ n’est jamais la fin. Je travaille trois ou quatre toiles en même temps, ce que je peux décoller de l’une, je peux le coller sur l’autre. Mais je me rends compte que, quand je commence à calculer, ça ne marche pas. Si je construis dès le début, ça ne marche jamais. »

Presque une catharsis pour ce designer-graphiste devenu directeur artistique et passé par l’école des Arts Modernes, dont les figures que lui imposent son job lui interdisent le plaisir gratuit du vagabondage créatif. « C’est intéressant la cassure, la rupture. C’est maîtrisé mais avec des accidents. C’est de la vie. Je me mets au service de la toile qui va donner ou pas un truc, c’est un peu elle qui décide en fait. »

 

©François Bouriaud

 

Des mots parfois jaillissent de certaines des toiles de François Bouriaud, empruntés à des titres de coupures de presse, comme des slogans taggés sur un mur venant gueuler leur colère et interpeller celui qui regarde. « Ce sont des murmures, des bruits du monde mais rien n’est politique, juste la vie. C’est parfois de la  brève de comptoir, c’est parfois dramatique mais sur la toile, c’est cocasse. Et puis même si on ne lit pas, la typographie, l’écriture viennent donner un rythme au tableau. »

Et si un trait de couleur vive surgit quelque fois du clair obscur dominant, il n’est qu’anecdotique. Bouriaud a très jeune été happé par les grands maîtres hollandais et flamands, il croit dans la force du sombre qui demande de savoir regarder. « Ce qui est suggéré est plus fort que ce qui s’offre dès le premier coup d’oeil. »

En parlant de regard, son travail mérite le vôtre. Et ne vous perdez pas en chemin car l’artiste est prolixe mais l’homme finalement peu friand de se montrer. Une timidité qui n’est en rien une posture. Juste la sincérité de celui qui cherche: « J’aimerais bien faire des expositions… mais sans mes tableaux. »

O.D

 

Jusqu’au 10 novembre chez Wanda Naceri,

au Café des Arts

3 rue Proudhon

93210 la Plaine Saint-Denis

 

Et le reste du temps ici !

 

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