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COMIQUE , IMITATEUR , CHANTEUR, L’ARTISTE ICONOCLASTE ET POPULAIRE GÉRALD DAHAN  A LE NEZ FIN  ( MAIS ROUGE) POUR METTRE EN VALEUR LE TALENT DES AUTRES SUR SON BATEAU THEÂTRE LE NEZ ROUGE , UN NOUVEAU LIEU INCONTOURNABLE DE LA SCÈNE PARISIENNE.

 

Depuis vingt ans, Gérald Dahan, né à Cognac, a beaucoup navigué dans les eaux tumultueuses du show-business, s’amarrant  tout d’abord aux Mini Keums, jetant l’ancre ensuite aux côtés de du capitaine  Laurent Ruquier dans Rien à cirer, sur France Inter,  de rejoindre enfin le commandant Michel Drücker dans l’émission Vivement Dimanche, en tant que chroniqueur et imitateur acerbe,  et de mener son propre équipage  de drôles de flibustiers au Festival d’Avignon,  en 2009, avec la Bande à Dahan, pour Radio Star.  A part quelques débarquements forcés de quelques médias  pour avoir outrepassé le cap de la bienséance, il a gagné ses galons  de popularité avec notamment ses 500 canulars outrecuidants dont  certains devenus mémorables,  n’hésitant pas à se faire passer au téléphone pour Jacques Chirac, ou encore Jean-Pierre Raffarin, alors premier ministre, et piégeant Nicolas Sarkozy qui avait juré par Neptune qu’il ne se ferait jamais avoir. Touché, coulé!

Gérald Dahan aime innover, inventer, déranger, souvent dans l’insolence, jamais dans l’indécence. C’est sa marque de fabrique. Et son rêve de toujours a été de vivre sur un bateau. Il s’est d’ailleurs marié voici deux ans sur une  péniche et il en a découvert ensuite une autre, mise en vente par le comédien Michel Galabru, conçue autrefois comme le premier bateau-théâtre navigant parisien, avec un bandeau écarlate peint sur l’étrave, comme un nez rouge. Quelques travaux de rénovation plus tard, une nouvelle salle de spectacles parisienne d’une centaine de places archi confortables était née !

 

Quelques jeunes artistes autour de Gérald Dahan dont le groupe Lucas Gang et David Bacci 

 

Gérald Dahan a décidé d’en faire un lieu laboratoire, parrainé par le mime Julien Cottereau et la comédienne Firmine Richard, permettant à de jeunes talents de venir faire leurs armes devant un public de 100 personnes, que ce soient des humoristes, des chanteurs, des musiciens,  sans distinguo de genre particulier.  » J’ai eu la chance qu’on me fasse confiance alors que j’étais débutant, et je n’ai jamais oublié cela. Je vais à beaucoup de spectacles, je m’informe sur Internet,  j’écoute des CDs, je visionne des vidéos, et quand je repère  une perle rare, je lui propose de se produire au Nez Rouge, non seulement une fois, mais éventuellement régulièrement, en suivant l’évolution de son travail. Et il peut m’arriver de devenir le producteur de l’une de ces jeunes pousses, comme je l’ai fait pour Max Bird, aujourd’hui devenu très populaire, et actuellement pour un groupe détonant,  Lucas Gang. J’ai découvert une chanteuse  québécoise, Madmoiselle, venue pour un soir, que j’ai  immédiatement réinvitée et je suis régulièrement les performances du chanteur David Bacci. Mickael Jones, Jean-Félix Lalanne, Charlotte Valandrey, Fabienne Thibeault, Slimane et l’incroyable Victoria Petrosillo, des 3 Mousquetaires et du Roi Soleil,  

 

Victoria Petrosillo

 

sont venus enchanter le plateau,  comme Renaud Hantson, avec son « Hommage à Michel Berger », un spectacle devenu au fil des mois une institution maison. Pierre Santini va venir bientôt chanter du Paolo Conté, ainsi que Marcel Amont, prévu pour quatre soirs !  Original, non? Et je suis à la trace certaines  carrières, comme celles d’Elodie Poux, Hélène Arden , Mémé Casse Bonbons. Je ne peux pas citer tout le monde, mais le Nez Rouge est devenu une pépinière artistique familiale ! » 

 

Gérald Dahan et Renaud Hantson 

 

C’est  en effet en famille que Gérald Dahan  mène sa barque, ou plutôt sa péniche, avec sa femme Claire et sa maman Michèle, proposant aussi les après midi de vacances scolaires des spectacles pour enfants. Il se produit aussi régulièrement au Nez Rouge entre deux spectacles personnels en province avec ses imitations, ses sketches désopilants, seul ou accompagné de la délicieuse humoriste et imitatrice Sandrine Alexi. Tout ce qu’on peut souhaiter à Gérald Dahan, c’est d’être un capitaine au long cours !

 

Grégoire Colard 

 

Le Nez Rouge, 13 quai de l’Oise,  Paris 19eme

 

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C’est une pièce forte qui questionne autant qu’elle bouscule nos certitudes. À l’affiche en ce moment du théâtre de l’Atelier, Baby. Le choix d’une vie.

Baby, de Jane Anderson et qu’a adaptée Camille Japy, c’est l’histoire de deux couples. De deux Amériques. De deux mondes qui vivent à la lisière l’un de l’autre et qui jusque là ne se regardaient qu’à travers le jeu de miroir déformant de la télévision. Il y a Wanda-Isabelle Carré et Al-Vincent Deniard, tous deux naufragés du rêve américain, échoués dans un camping miteux de Louisiane, accrochés à leur mobile-home comme à un radeau de fortune. Si leur vie n’est pas encore l’enfer, elle a tout l’air d’une interminable galère.

Et puis, il y a Rachel-Camille Japy et Richard-Bruno Solo. Ils travaillent dans le cinéma sous le soleil de Californie. Belle villa, grand jardin, piscine et le kit complet de l’opulence. Juste cette ombre au beau tableau, ils n’ont pas d’enfants. Et ce désir ardent d’en avoir est maintenant comme une plaie ouverte. Ça tombe bien, des enfants, Wanda en a. À ne plus savoir qu’en faire ni comment faire pour les élever, ne serait-ce que les nourrir. En plus, un autre arrive bientôt. Et si les deux familles faisaient un deal ? Nos dollars pour votre enfant. Pourvu qu’il soit blanc, ce qui ne devrait pas poser de problème. Et à la condition, bien évidemment, qu’il naisse en bonne santé. On ne sait jamais. Et c’est vrai qu’on n’est jamais sûr de rien.

Baby, c’est en deux actes, le récit de ces manques, de ces désirs. De ces vies aux antipodes qui, le temps de quelques mois, vont devoir coexister et de leurs dissonances. C’est le portrait sensible de deux femmes magnifiques de volonté, émouvantes de candeur et drôles dans leurs maladresses, qui vont s’apprivoiser, laissant apparaître leurs fêlures profondes. Celui aussi de deux hommes aux certitudes fragiles, dont l’assurance n’est finalement qu’apparente et l’arrogance de façade.

Baby pose enfin la question redoutable et effrayante d’un choix impossible. Et il vous chavire le coeur, le spectacle de l’homme qui aime et qui doute, qui croyait et qui ne sait plus.

©Jean-Marie Marion

C’est sans aucun doute le personnage le plus proche de ce que je serais, moi, si j’étais confronté à cette situation, confie Bruno Solo. Je n’ai encore jamais rencontré un rôle qui m’ait fait éclater une telle vérité ! Je pense que si je me retrouvais dans la peau de Richard, c’est comme lui que je réagirais. Même si cette réaction peut susciter des commentaires, une frayeur, une distance, de la circonspection tout du moins, je serais comme lui… Cette pièce essaie de montrer toute la somme des contradictions, des choix cornéliens, des batailles intérieures, des tourments possibles en pareille situation. … Jane Anderson n’hésite pas à montrer les personnages dans ce qu’ils ont de plus ambigu, de plus tordu… Elle est lucide et surtout,  jusqu’au-boutiste.

Indubitablement, l’auteure a su se jouer des écueils qu’une telle histoire n’allait pas manquer de dresser sur son chemin.  Elle a joué avec une grande finesse à faire tomber les masques de ses propres personnages, apportant par petites touches les fissures qui achèvent de nous les rendre complexes, d’autant plus humains et proches de nous. Jusqu’à l’intime. Fallait-il encore savoir lire et traduire. Ce qu’a remarquablement tenté et très intelligemment réussi Camille Japy. Car à aucun moment, Baby ne cède à la facilité convenue. On observe, on ressent mais on ne juge pas. Hélène Vincent a pour sa part composé avec ses cinq virtuoses une très belle mise en scène, leur offrant de donner le meilleur d’eux-mêmes.

Jane, Camille, Hélène… faut-il seulement s’étonner que trois femmes aient ensemble su nous livrer une pièce aussi riche de nuances ? Baby est en tout cas de celles qui vous font rire et pleurer et vous laissent repartir avec plus de questions que de réponses. Ce qui, vous en conviendrez, n’est pas la plus mauvaise raison d’aller au théâtre.

O.D

Baby de Jane Anderson, adaptée par Camille Japy et mise en scène par Hélène Vincent.

Avec Isabelle Carré, Bruno Solo, Camille Japy, Vincent Deniard et Cyril Couton.

au théâtre de l’Atelier

 

 

 

 

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L’histoire de Marc Fichel est celle d’un garçon singulier aux talents pluriels, qui partage sa vie entre la pomme de terre et la belle chanson.

On l’avait croisé il y a quelques saisons. Sur d’autres ondes, sous d’autres cieux. C’est l’amie Dominique Cantien, légendaire productrice de télévision et grande dénicheuse de talents, qui nous avait soufflé son nom à l’oreille. On avait partagé son enthousiasme pour ce garçon chanteur portant le chapeau comme personne, à la simplicité presque anachronique en ces temps d’égos tapageurs et hypertrophiés. Marc Fichel nous racontait sa vie aux halles de Rungis, dont il brossait le portrait tendre et poétique, humain et fraternel.

 

Tout à la fois vendeur professionnel de pommes de terre et artisan de la chanson, il menait déjà deux vies et se distinguait des galériens habituels de la ritournelle. Chez lui, pas de poses convenues ni de colères creuses mais une douceur sans mièvrerie et l’élégance courtoise de ceux qui avancent paisibles, sûrs de leurs chemins. Le temps d’un mini concert, qui avait achevé de nous convaincre, on s’était vaguement donné rendez-vous. On n’aura finalement pas su attendre dix ans avant de se retrouver. Tant mieux. Ce jour là, Paris broyait du gris et du froid. Marc Fichel nous attendait, solaire comme un printemps précoce. L’occasion ou plutôt la chance de reprendre le fil de l’échange.

J’ai toujours fait de la chanson. Petit, avec mon père, on jouait du piano à quatre mains, voire à six avec mon frère. Tous les week-ends, on faisait des boeufs… mais jamais, je n’aurais pensé en faire un métier comme je le fais aujourd’hui. Parce qu’aujourd’hui, je considère que c’est mon second métier donc j’ai deux métiers dans la vie ! Et j’espère en n’avoir bientôt plus qu’un seul. J’ai vraiment compris que je ne voulais faire que ça. C’est mon oxygène. Faire de la musique pour plus que ma famille et moi-même, c’est juste magique ! Le problème, c’est que c’est de l’adrénaline… quand on commence, on ne peut plus arrêter. On est obligé de remonter sur scène !!

C’est donc ce qu’il a fait. Assurant, redoutable privilège, les premières parties de Renaud ou d’I Muvrini. Ou plus original encore, en donnant un concert sur ses propres terres, au carreau des halles de Rungis. Un moment incroyable dont sa manageuse, la très efficace Maguy Trojman-Perez, a eu l’idée un peu folle et tout à fait géniale.

©Jean-Marie Marion

Dans ses chansons, Marc Fichel raconte ce qu’il voit, ce qu’il entend. Simplement. Chroniqueur amusé parfois, curieux souvent et toujours sensible de l’ordinaire, il part des images que lui renvoie le théâtre de la vie. Il s’inscrit ainsi dans la belle tradition des auteurs pour qui une chanson est d’abord une histoire. Un plan séquence cinématographique de trois minutes, avec son décor, son ambiance, son intrigue et ses personnages. Viennent ensuite les mélodies qu’il compose sur son piano. Sans jamais les écrire. La musique est chez lui intuitive. D’autres se chargent d’en tracer les partitions.

Lucide sur les contours abrupts et tellement incertains du métier de chanteur, Quand on est en haut, la seule peur c’est de descendre. Quand on est en bas, c’est de ne jamais arriver en haut, il est tout aussi conscient des fragilités qui font de lui l’homme qu’il est devenu. Quand on est artiste, on est angoissé en permanence… étant juif ashkénaze, je suis un double angoissé ! (rires) On dit que c’est souvent la troisième génération qui porte sur ses épaules le poids de la Shoah… c’est pas faux, c’est même très vrai. Je suis même plus angoissé que mes parents. C’est pour ça aussi que je fais beaucoup de choses… Et une anecdote, je me suis rendu récemment en Allemagne pour le plus gros salon au monde des fruits et légumes. Va savoir pourquoi, j’achète à l’aéroport le dernier prix Renaudot, la Disparition de Josef Mengele d’Olivier Guez. Et je réalise d’un seul coup, voilà, tu es dans l’avion pour Berlin et tu lis la disparition du docteur Mengele  (rires) j’ai rigolé tout seul !!… Mais de toute façon, l’artiste très heureux qui compose, j’y crois pas. C’est quand on est torturé qu’on est au top !

Marc Fichel a ainsi la légèreté apparente des hommes complexes et profonds. Ses chansons d’un classicisme de belle facture ne sont pas forcément dans les airs du temps, elle font pourtant de lui un artiste indémodable. L’équipe artistique qui s’est réunie autour du dernier opus de Véronique Sanson vient d’ailleurs d’avoir le gros coup de coeur et lui a proposé de se pencher sur son prochain album. Mais chut, c’est tout frais, encore un peu tôt.

On en déduit seulement qu’on le reverra un jour au l’autre.

Bientôt. Sûrement. Vivement !

O.D

Les chansons de Marc Fichel, vous les découvrez ICI

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Chez Pinter, la tromperie est un art subtil et délicat qui se pratique entre âmes sensibles et cyniques. La Collection en est une savoureuse illustration.

La petite mécanique des sentiments amoureux est décidément fragile. Il suffit d’un doute pour qu’elle se grippe et se dérègle. Le paisible tableau de l’harmonie que rien ne semblait pouvoir troubler se lézarde et laisse alors apparaître des béances aussi sombres qu’inquiétantes. Si certains ont pu en faire tout un drame, Harold Pinter a pour sa part choisi d’en faire son miel. En un acte et quelques beaux mouvements. Avouons notre gourmandise coupable, on s’en est régalés.

 

Tout commence dans l’appartement bon chic et très bon genre, situé dans le quartier huppé de Belgravia à Londres où vivent Harry, impeccable de force tranquille Thierry Godard, et son protégé sans doute amant, Bill, venu des faubourgs ouvriers et laborieux comme Pinter, et devenu jeune créateur de mode, auquel Davy Sardou apporte tout à la fois angélisme et machiavélisme. Ici donc, un soir, un coup de téléphone. Anonyme. Déroutant. Au bout du fil, un homme qui veut savoir.

Cet homme, c’est James, interprété par le formidable Nicolas Vaude. Marié à Stella, styliste, sublime et énigmatique Sara Martins. Ils habitent Chelsea, qui longtemps fut le quartier londonien des artistes. Il veut savoir ce qui s’est réellement passé à Leeds entre Bill et sa compagne. Se sont-ils embrassés ? Se sont-ils touchés ? Ont-ils couché ? Peu lui importent les vagues dénégations, il annonce sa venue au domicile des deux hommes et s’impose en forçant la porte. Une intrusion comme une agression.

Débute alors un jeu complexe de dominant dominé, un brin sado, un soupçon maso. Une autre peinture des rapports humains qu’on peut voir comme l’un des traits saillants de l’oeuvre de Harold Pinter. Ce qui donnera d’ailleurs au réalisateur Joseph Losey matière à dire pour ne pas dire à jouir avec The Servant, dont le dramaturge britannique avait signé le scénario en 1962, d’après le roman de Robin Maugham, film dans lequel l’immense Dirk Bogarde donna toute la mesure de son talent.

 

Dans la Collection, écrite juste un an auparavant, les questions anodines en apparence prennent la forme d’un interrogatoire de police quand elles ne virent pas imperceptiblement à la menace à peine voilée et les réponses restent en suspension comme si tout le plaisir résidait justement dans le détour, dans le clair obscur. Faisons le souffrir encore un peu cet époux au désespoir, réjouissons-nous de le voir s’agiter, c’est si délectable de le voir perdre pied.

« Pinter, c’est pour moi la référence du théâtre anglo-saxon du 20é siècle« , raconte Davy Sardou, « on ne peut pas rêver mieux que de jouer du Pinter. Parce ce n’est que du jeu, ce n’est que du sous-entendu, du non-dit et de l’ambiance. À jouer, c’est merveilleux. Parce que le texte est fort mais économe. Il y a très peu de phrases qui sont dites et on en pense toujours une autre…  j’adore ce théâtre là ! Il y a des tiroirs, des chausse-trappes… il y a une scène où cet homme me demande si j’ai des olives et bien évidemment on ne parle pas d’olives, on parle de plein d’autres choses sauf des olives mais Pinter a le génie de vous faire dire des choses par le biais de mots anodins. Et je ne sais pas si c’est cruel ou d’une lucidité terrible. Finalement, les rapports humains, les rapports de couple sont des rapports de force et c’est je crois la signature de ce spectacle, que de creuser l’âme humaine et d’en montrer, d’en voir tout le sadisme. »

Mais alors, tromperie ou non ? Adultère ou pas ? Qui ira saura. Ou peut-être pas.

On se souviendra en tout cas longtemps de la belle mise en scène de Thierry Harcourt et du beau sourire, aussi éloquent qu’indéchiffrable, de Stella-Sara Martins… C’est si bon parfois de n’être sûr de rien.

O.D

 

La Collection, une pièce de Harold Pinter, mise en scène par Thierry Harcourt

Avec Sara Martins, Thierry Godard, Davy Sardou et Nicolas Vaude

du lundi au samedi 19h et les dimanches 17h au théâtre de Paris

 

 

 

 

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Enfin un peu de jeunesse sur France 2 !  L’animatrice Daphné Bürki a fait le buzz en présentant les Victoires de la Musique, une émission habituellement ennuyeuse à mourir,  devenue grâce à elle un moment totalement ludique, potache, insolent et déjanté, sur un faux-semblant de n’importe quoi……

 

 

REUTERS/Christian Hartmann

 

A 38 ans, Daphné Bürki pourrait être sage, posée, ne serait ce que pour donner l’exemple à ses deux petites filles.  D’autant plus qu’à la télévision, elle aligne déjà un beau palmarès en tant qu’animatrice et que sa verve naturelle et sa nature espiègle devraient avoir été limées par la lourdeur de nos chaînes institutionnelles. De nombreuses années passées sur Canal Plus lui ont en fait permis d’exercer sa liberté de parole naturelle, notamment dans le Grand Journal ( où elle n’a hésité à dévoiler un de ses seins à un Manuel Valls ébaubi)   mais aussi dans l’émission Les Maternelles et C à vous sur France 5. Actuellement, depuis août 2017, elle enflamme l’Audimat de  France 2 en menant d’une main de maîtresse l’émission « Je t’aime » chaque après midi sur France 2, à 15 heures, un horaire normalement désertique !  Et soudain, le temps d’une soirée exceptionnelle, la voici bombardée, par Delphine Ernotte, seule aux commandes de la présentation des Victoires de la Musique. Cela aurait pu être la fin de tout pour elle, mais sa prestation a été une telle réussite que sa carrière devrait exploser.

 

Sting, parrain de la soirée, et Daphné Bürki

        C’est d’une voix enjouée, avec un ton toujours empreint d’une ironie redoutable que Daphné a fait allègrement défiler tour à tous les artistes récipiendaires de ces Victoires tant désirées, jamais à court d’un bon mot, parfois même d’un gros mot, n’hésitant pas à se jeter de la scène sur les bras levés du public, telle une slammeuse déchaînée ou un Claude François débraillé. Ce n’est pas Michel Drucker qui aurait fait cela! (Michel, si tu m’entends!). Et, que ce soit avec Sting, Orelsan, Mc Solaar, Big Flo et Oli, Charlotte Gainsbourg, Gaêl Faye, Camille, etc.., elle s’est montrée totalement en phase avec eux, n’hésitant pas à improviser quand une panne technique trouble la fête durant de longues minutes et qu’elle prend sur elle d’aller chercher des sandwiches en coulisses pour les distribuer à des spectateurs pas du tout affamés, mais éberlués.

 

Orelsan et Daphné Bürki, en pyjama.

        Daphné Bürki, qui a commencé sa carrière télévisuelle en présentant les tendances de la mode et qui a une taille mannequin (1m82 ), a aussi joué de son physique avec des tenues des plus chics aux plus déconcertantes (un pyjama),  affichant une féminité épanouie qui n’a pas dépareillé aux côtés de  celle d’Iris Mittenaere,  Miss France 2016 et Miss Univers 2017. Bref, Daphné Bürki,  née sur la pelouse d’un hôpital parisien, est désormais promise à un champ de gloire médiatique. Peut être même au cinéma, qui  a déjà fait appel à elle…

 

 Iris Mittenaere et Daphné Bürki.

 

Grégoire Colard 

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Achbé est son nom d’artiste street art. Sa phrase du jour, écrite à la craie chaque matin sur le trottoir en pente d’une rue étroite de Montmartre, exulte un chant d’amour et d’humanisme soutenu par une rage contenue. Une oeuvre picturale? Une pensée philosophique?  Une phrase pamphlet? Un gag éphémère? Une nouvelle forme d’art, en tous cas.

 

 

En juin 2016, son mari est mort foudroyé, sur le trottoir, devant leur maison. Comme tombé du ciel. Alors, Achbé, a pris les initiales de son nom pour en faire son propre patronyme d’artiste, et, un matin, lui a écrit un mot, comme ça, à la craie, sur le goudron.  Et un autre le lendemain, et les autres jours. 315 en tout. C’était pour elle une forme de résilience, mais c’est devenu au fil du temps non seulement comme un dialogue avec son compagnon disparu, mais un échange avec les piétons, les touristes, les voisins, les commerçants du coin,  tous ceux qui passent par là, sans oublier maintenant les photographes et les journalistes qui viennent fouler  son chemin pavé d’amour.

Ce qui intéresse Achbé, c’est de partager comme un acte spontané son impression du jour, son indignation, sa révolte, mais aussi  ce qui la fait sourire « : « Je n’écris jamais rien de personnel, je ne ressens pas le besoin de raconter mon histoire. C’est comme un journal intime, sauf qu’il n’est pas intime et que je le partage avec qui veut.  Je « craie » sur l’actualité, la mort de Johnny, ou celle de France Gall, mais aussi sur les migrants, l’injustice sociale, la condition des femmes, la bêtise humaine, les SDF, ou sur Arthur Rimbaud, Simone Veil, même Macron !   J’adore faire des jeux de mots, des associations d’idées , en français et en anglais. J’imagine des conseils rigolos. Et cela m’amuse de « craier »sur le sol avec l’écriture appliquée d’un enfant. » 

Chaque jour, Achbé prend une photo de sa nouvelle « craiation »,  la poste sur les réseaux sociaux où elle est suivie avec un certain fanatisme dans 56 pays, et est actuellement exposée jusqu’au 23 février par la Galerie Central Dupon, au bas Montmartre. Une nouvelle grande dame de l’art graphique.

 

Grégoire Colard 

Galerie Central Dupon 74 rue Joseph de Maistre Paris ( XVIIIe)

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Avec My Ladies Rock , le chorégraphe Jean-Claude Gallotta remet la femme à sa place. Au coeur des ébats et dans la lumière.

Une pièce chorégraphique réjouissante qui aurait en outre la résonance et la portée d’un manifeste à la fois rock et politique, c’est ce qu’on a le bonheur de découvrir en ce moment et jusqu’au 4 février au théâtre du Rond-Point à Paris, où le groupe Émile Dubois a donné aux mythiques rythmes binaires des accents majeurs. À l’heure du grand déballage aussi bienvenu qu’hystérique dont nous sommes chaque jour témoins, au moment où une chance s’offre surtout de poser enfin les bases d’un autre rapport entre hommes et femmes, Jean-Claude Gallotta avec son langage à lui propose une lecture nouvelle du grand livre du Rock’ n’ Roll. Tout ce bruit, toute cette fureur n’étaient donc pas qu’une histoire d’hommes.

©Jean-Marie Marion
Elles s’appellent Wanda Jackson, Brenda Lee, Betty Davis, Laurie Anderson ou Nina Hagen. Elles s’appelaient Janis Joplin ou Lizzy Mercier Descloux. On se souvient de certaines, on découvre les unes, on redécouvre les autres. À mesure que l’histoire s’écrit devant nous, on reprend toute la mesure de leur talent. Il y a leur image qui nous domine, leur voix qui prend tout l’espace et sur le plateau, les danseuses et les danseurs qui en écho offrent leurs petits pas, la signature de Gallotta, et leur élans bondissants, jaillissants comme le sont parfois les riffs les plus mordants.

Au fil des tableaux, on comprend surtout l’incroyable injustice qu’ont vécue la plupart d’entre elles. Éclipsées, étouffées parce qu’elles étaient femmes dans un monde pensé et dominé par des hommes. « C’est justement en fouillant l’histoire », souligne Jean-Claude Gallotta, « en m’intéressant d’abord aux Rockers avec My Rock (sa précédente création), que je me suis aperçu, par exemple, qu’Elvis avait lancé Wanda Jackson, qui était vraiment un modèle pour lui. Et je me suis rendu compte qu’il y avait en fait toute une playlist secrète, cachée, miroir de ces hommes. Et après, on s’aperçoit que ces femmes ont été rebelles, meurtries, en avance sur leur temps. Et que finalement, les Rockeuses aussi ont fait avancer la société… avec une folie douce. »

 

En composant sa playlist, aussi convaincante que jubilatoire pour qui aime le très bon son, Gallotta a tricoté le beau récit rock. Lequel se nourrit, comme toutes les grandes épopées, de drames, de trajectoires fracassées et de fulgurances fascinantes. Alternant les chansons écorchées comme Me and Bobby Mac Gee de Janis Joplin et chansons douces, comme la très belle Swing Love Chariot que Joan Baez chanta un jour en hommage à cette même jeune artiste disparue comme quelques autres à vingt-sept ans.

My Ladies Rock, c’est aussi et enfin le pas de deux qu’on attendait entre la danse contemporaine chère à Gallotta et le Rock’n’Roll qui ont en commun d’être nés ensemble. C’est en 1953 que l’Américain Merce Cunningham, après avoir fait ses humanités chez Martha Graham, l’une des grandes initiatrices de la Modern Dance, fonde sa propre compagnie. C’est en 1954, qu’Elvis Presley reprend une chanson d’un bluesman noir, Arthur « Big Boy » Crudup, et enregistre « That’s all right Mama« , dans les studios de Sun Records, chanson qui reste aujourd’hui encore le premier acte fondateur du Rock’ n’ Roll. Son acte de naissance.

©Jean-Marie Marion
L’une comme l’autre ont contribué à rendre le monde sans doute plus aimable et fréquentable. « Les Rockers, c’était pas seulement du showbiz, de la variété, » précise Jean-Claude Gallotta, «  ils voulaient vraiment changer le monde. Moi, ça m’a changé ! Parce que ça m’a donné un idéal. J’avais mon meilleur ami qui était Rocker, avant même de faire de la danse, et ça m’a un peu sauvé la vie parce que je savais pas quoi faire. Le seul fait d’avoir l’élan de ça, de vouloir changer la vie, ça donne une envie de vivre ! Sinon, on est désespéré, on a l’impression qu’on ne sert à rien… Et le Rock, ça m’a happé et du coup j’ai fait de la danse et lui, il m’accompagnait avec ses instruments. Et je me suis juré qu’un jour, je mêlerai danse et rock… Et j’ai mis du temps en fait, parce que dans la danse contemporaine, c’était un peu mal vu de mettre ce type de musique… » Et puis, il y a eu les cinquante ans du Rock et cette rencontre magnifique avec Bashung pour l’Homme à tête de choux, et c’est une autre histoire.

On retiendra juste que le temps finalement importe peu. Après My Rock, voici donc My Ladies Rock.

Au fond, les deux faces indissociables d’un même vinyle collector.

Bonne nouvelle, Rock is not dead… Mieux, Gallotta is rock’ n’ rolla !!

O.D

My Ladies Rock, chorégraphie de Jean-Claude Gallotta.

Avec les danseuses et les danseurs du groupe Émile Dubois

Jusqu’au 4 février, au théâtre du Rond-Point

En tournée jusqu’au 21 juin.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Chant d’amour au théâtre de la Madeleine où se consument chaque soir deux amants en cavale. Bardot et Gainsbourg. « Moi non plus » ?… À vous couper le souffle.

Une suite au Ritz avec vue sur la place Vendôme. Un lit comme une île. Un piano en smoking. Une cigarette qui se consume et trois volutes qui se dispersent dans le clair obscur. Quelques notes qui nous rappellent une grande chanson. La sonnerie du téléphone et un fils qui répond à son père. Il y a cette maison à aller visiter rue de Verneuil. C’est lui. C’est Serge.

 

©Jean-Marie Marion
Dans sa quarantaine encore incertaine mais ça va pas mal en ce moment. Gabin l’a appelé il y a quelque temps. Pour un petit rôle au cinéma et la musique d’un film. Ce sera un requiem. À la mémoire d’un scélerat, le requiem pour un con. Il y a aussi cette collaboration en vue d’un show à la télévision. Avec la plus belle fille du monde qui, depuis peu et une fameuse chevauchée en Harley-Davidson, n’a d’yeux que pour lui à qui pourtant on a toujours dit qu’il était laid.

Justement, elle arrive. Un soir. Blonde incandescente, insolente et conquérante, sensuelle à se perdre, belle à se damner pour au moins l’éternité. Elle a une horde de paparazzis à ses basques et le monde à ses pieds. Jusqu’au Général, le grand, le Charles, qui l’a convié un soir prochain à dîner à l’Élysée. Surtout et pire, elle est très mariée au très jet-setteur et très riche Gunter. Elle, c’est Brigitte. Elle veut qu’il lui écrive une chanson d’amour. L’histoire peut commencer. Mais il faut bien l’admettre, en quelques minutes, elle nous a déjà happé.

©Jean-Marie Marion
Il a suffi de les voir et de les entendre tous les deux pour être embarqués. Mathilde Bisson et Jérémie Lippmann. Incroyables de justesse, troublants de sincérité, simplement fascinants, ils ne jouent pas à faire comme si, ils ne s’égarent pas à imiter. Ils se tentent. Ils se prennent. Ils se déchirent. Ils s’aiment. Ils sont Serge et Brigitte.

De leur liaison dangereuse, aussi brève qu’intense, de leur amour défendu et irrésistible, physique et sans issue, on croyait, comme vous, avoir tout lu, tout compris. On était assez loin du compte. L’auteur, Bertrand Soulier, qui sait ce qu’aimer une femme et écrire une chanson veulent dire, a su nourrir admirablement les pointillés de leur parenthèse. Donnant aux deux interprètes, dirigés avec intelligence par Philippe Lellouche, les mots qui font vibrer et qui nous manquaient.

Mieux encore, en éclairant d’un autre jour le récit de leur si belle histoire. L’une des chansons que Gainsbourg va composer tout au long de la pièce, c’est Bonnie and Clyde. Et le motif comme un leitmotiv va sans cesse renvoyer les deux amants à ce qu’ils étaient aussi et peut-être même d’abord. Des hors-la-loi, des fugitifs. En cavale, comme l’étaient Parker et Barrow. Pas de FBI ici mais l’omniprésence de Gunter Sachs qui avait ses entrées à l’époque au ministère de l’Intérieur. Et le poids, surtout, de la bienséance et de la bonne moralité de la France d’avant soixante-huit.

« Moi non plus » est aussi à cet égard le récit d’un homme et d’une femme résolument attachés à leur liberté. En avance d’un temps sur leur siècle et qui chacun à leur façon ont bougé les lignes de leurs mondes.

©Jean-Marie Marion
« Quand on se penche un peu sur l’histoire de Bardot« , souligne le metteur en scène Philippe Lellouche, « c’est une femme à qui on ne pouvait rien refuser. Elle se met la tête dans le four à dix-sept ans parce que ses parents ne veulent pas la laisser épouser Vadim… Et après, avec Jean-Louis Trintignant, elle appelle le général de Gaulle pour qu’il ait une permission et qu’il puisse venir la voir le week-end !… rien ne pouvait arrêter Brigitte Bardot !! Et on a le sentiment que rien ne pouvait arrêter Serge Gainsbourg. Et c’est à mon avis là dessus que l’histoire d’amour tient, sur la liberté. »

« Une pièce romantique sur une histoire d’amour » pour Lellouche. « Une pièce terrible sur le mensonge amoureux » pour Soulier… « Moi non plus », c’est tout ça à la fois. C’est l’amour qui vous sublime et vous fait accomplir des prodiges. Peu importe qu’il dure cinquante nuits, pourvu qu’au point final, il vous ait rendu plus grand et plus beau. C’est aussi pour ça qu’on aime et qu’on retourne au théâtre, pour être témoin de ces miracles.

O.D

 

Moi non plus une pièce de Bertrand Soulier, mise en scène par Philippe Lellouche

Avec Mathilde Bisson et Jérémie Lippmann

Lumières de Jacques Rouveyrollis

Costumes de Manfred Thierry Mugler

Au théâtre de la Madeleine

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Jamel Debbouze, sur scène, se montre toujours  aussi iconoclaste et vibrionnant. Après trois semaines de triomphe total en décembre dernier à La Cigale  affichant complet,  il se prépare à laminer toutes les plus grandes salles de France de son humour à la fois karcher et plein de générosité.

 

Le retour de Jamel sur les planches  est une bonne nouvelle! Il nous manquait pendant toutes ces dernières années où il se consacrait non seulement à sa femme et à leurs deux enfants , mais aussi à toutes sortes d’activités artistiques. Il nous manquait car on a besoin de lui, de le voir courir, que dis je, bondir, d’un côté à l’autre de la scène , où il se présente seul, comme toujours, mais qu’il habite comme s’il y était entouré de tous ses amis et de toute sa famille. « Ma mère est la personne qui me fait le plus rire au monde! ». C’est sa vie à lui qu’il nous raconte, son quotidien, ses étonnements, ses effarements, et même ses révoltes face au monde insensé qui nous entoure, avec ses bêtises, ses scandales, mais aussi ses bonheurs.

 

 

 

Jamel n’a peur de rien ni de personne. Il tchatche toujours comme une mitraillette, trop heureux d’être libre de nous faire partager sa joie de vivre, son sens du partage et son humanisme qui débordent de sa verve. Il donne l’impression d’improviser sans limite de ton ni de temps, au gré éventuel des interpellations qui fusent ça et là du public. Son spectacle sera t’il le même le lendemain ?  Pas sûr!

 

 

Il n’oublie jamais ses origines marocaines ni de préciser être né à Paris, avoir grandi à Trappes, et revendique haut et fort, tout en en riant, le composite de sa vie. Le tableau qu’il dresse de lui-même, avec une large palette de couleurs, Jamel va l’accrocher pendant tout 2018 au fronton des plus grandes salles de France.  Quelle qu’en  soit la région, gageons que chacun l’y accueillera à chaque fois comme le plus sympa de ses compatriotes !

 

 

Grégoire Colard

 

Quelques villes et quelques dates…

 

27/1  Châlons en Champagne

28/1  Saint Dizier

31/1  Beauvais

1/2   Amiens

2/2   Rouen

3/2   Le Havre

6/2.  Caen

7/2.  Rennes

8/2   Brest

9/2   Nantes

10/2  Angers

13/2  Montpellier

14/2  Marseille

15/2  Toulon

etc….

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Avec « Nénesse » , à l’affiche du théâtre Déjazet à Paris jusqu’au 3 mars, Olivier Marchal frappe un grand coup, oui… mais un coup de boule.

Le malheur de ces quatre-là, on ose à peine l’avouer, a fait notre bonheur à nous. Chacun son histoire, chacun sa débine et son lambeau d’espoir, quatre naufragés englués dans le minable avant de finir engloutis dans le sordide. Ça commence mal et on sent bien que ça ne finira pas mieux. Comme dans la tragédie antique, c’était joué et perdu d’avance. Et vous savez quoi ? On s’en délecte.

Parce que « Nénesse« , c’est pas du Mickey, c’est du théâtre. On n’est pas non plus ici dans le divertissement aimable et consensuel. Ce n’est pas une petite pièce délicate aux accents raffinés à savourer entre amis choisis. Non, c’est du théâtre quand il choisit de dire le monde et de le restituer dans sa vérité brutale et sale et même salement dégueulasse. C’est du théâtre qui parle de nous et de maintenant. Des migrants qui cherchent à se tailler un coin de ciel plus clément. De ceux qui exploitent leur infortune et qui en même temps ne vivent pas mieux. C’est la France de la jungle de Calais. C’est l’Europe, frileusement repliée sur ses égoïsmes, qui perd le sens de ses traditions et de son histoire. C’est le Monde qui va dans le mur à fond de cinquième. C’est du rouge qui pique et qui tâche.

C’est d’abord un texte d’une incroyable richesse, aux couleurs céliniennes, dont Aziz Chouaki est l’auteur. Le compositeur, devrait-on dire, qui a signé pour chacun des protagonistes une partition sur mesures.

Il faut entendre Goran, porté par le prodigieux Hammou Graïa, raconter son parcours de migrant, ancien boxeur et coach sportif chez Daech. Il faut partager la complainte de Gina, émouvante Christine Citti, séduite un soir d’été parce qu’il était beau, roulait en Harley et qu’il était tout en jeans et aussi guitariste dans un groupe de hard-rock, même que les autres filles n’en avaient que pour lui. Il faut comprendre la trajectoire kafkaïenne d’Aurélien, ancien commis de l’état et fonctionnaire à l’Unesco, qu’un banal renouvellement de pièce d’identité a enlisé vivant dans les rouages de la grande machine administrative. Aurélien, l’homme instruit, honnête et légaliste, à qui Geoffroy Thiebaut sait donner avec une belle justesse toute sa fragilité d’homme blessé.

 

©Jean-Marie Marion

Et puis, et enfin, il faut le regarder vivre, le salaud de l’histoire. Le Nénesse. Ancien « lead-guitare » d’un vague rock-band. Ancien taulard, une pathétique histoire de shit, et puis ancien légionnaire, aujourd’hui chômedu, mais sans pour autant passer par la case allocs, « j’suis pas un lécheur de grolles« . Nénesse, deux AVC en l’espace de quelques semaines, qui crame en mauvais pinard et en jeux de grattage le peu qu’il soutire à sa femme ainsi qu’à ces deux migrants sans-papiers qu’il héberge. Un Français qui ne comprend plus sa France, qui ne comprend pas davantage son époque, qui ne comprend plus rien. Que la mondialisation a laissé K.O et qui tient à peine debout. Nénesse qui vomit, avec une absence totale de retenue, sa détestation des arabes, des jaunes, des juifs, des pédés. Qui pour autant ne votera jamais Front National. Nénesse, mal instruit, mal appris, qui a juste peur et froid à sa Marseillaise. Nénesse, c’est Olivier Marchal qui l’endosse. Et c’est magistral.

 

©Jean-Marie Marion

Autre plaisir, celui de retrouver sur la même scène deux copains d’abord. Olive et Geoff. Marchal et Thiebaut. C’est en allant le voir aux Bouffes Parisiens en 1992, où il jouait le fils de Danièle Darrieux dans « George et Margaret », qu’Olivier a tout d’abord rencontré Geoffroy. Quelques années et quelques soirées pizza plus tard, le réalisateur de Braquo a pensé à l’ancien compagnon de route de Jean-Louis Barrault et Madeleine Renaud pour incarner le terrible Vogel, clin d’oeil au Cercle Rouge de Melville, ce flic de l’IGS, (Inspection Générale des Services) devenu cinglé et tueur, le vrai grand méchant de la série. Avec le regretté Denis Sylvain, qui interprétait le commissaire Bordier dans le premier épisode, ils formaient une belle bande de trois. Mélangeant et partageant leurs démons comme leurs fêlures, leur sens de la vie comme leur goût de la nuit. Une amitié à l’épreuve de tout même des « petits marquis du métier » comme les nomme Marchal et qui leur tient chaud à tous les deux les jours de froid. Si bien que lorsque le metteur en scène Jean-Louis Martinelli a pensé à Olivier pour « Nénesse« , celui-ci a aussitôt pensé à Geoffroy. Et il a bien fait !

La suite, ce sera bientôt à vous de voir.

« Nénesse« , on en fait le pari, ne vous laissera ni tout à fait indemnes, ni tout à fait les mêmes. « Nénesse« , un fait divers et tellement plus.

 

O.D

Nénesse, une pièce de Aziz Chouaki, mise en scène par Jean-Louis Martinelli

Avec Christine Citti, Olivier Marchal, Hammou Graïa et Geoffroy Thiebaut

Jusqu’au 3 mars au théâtre Déjazet

 

 

 

 

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