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Ils ont la plume aérienne, le riff mordant et mélodieux. C’est une bande qui s’est choisie, un band qui s’affirme. En route vers les étoiles, c’est Hãlley.

Il y a comme ça parfois des ébauches riches de promesses, des petits matins incertains qui laissent entrevoir des beaux soirs. Encore tout jeunes, encore bien lisses, ces cinq-là ont pourtant déjà trouvé leur son et tracent leur voie sans trembler. Sûrs de rien sinon que le voyage est de toute façon plus beau que sa destination finale, on se dit, dès les premiers temps de la rencontre, que prendre le temps d’un bout de route avec eux n’est pas le perdre.

©Jean-Marie Marion
Embarqués sur la même comète, il y a Clara au chant, Baptiste à la guitare électrique, Gaël aux claviers, Jules à la batterie et Loïc à la basse. Ils se sont pour la plupart rencontrés sur les bancs de l’école, pas de la communale mais plutôt ceux de l’école Atla du côté de Pigalle, et ont su nourrir leur collectif de leurs influences individuelles. Et ça s’entend. Et c’est bon de l’entendre. Parce que sans se faire des noeuds au cerveau, sans chercher à tout prix à se démarquer, ils se sont simplement trouvés, ajoutant leurs propres couleurs, et elles sont belles, à un paysage musical qui pourtant n’en manque pas.

« Chaque chanson a un climat différent », confie Clara, « on aime la lumière, on aime les ombres. On recherche les dualités, les oppositions. On tourne beaucoup autour du rêve, du voyage et de la quête de quelque chose qu’on n’atteint pas. Nos images sont simples, peut-être un peu naïves mais accessibles. Les thèmes sont très métaphoriques, très oniriques mais en même temps, on les combine avec une énergie très rock… en fait, on raconte des histoires en faisant du rock ! »

Le fait est que lorsque Clara chante et que les garçons envoient le son, le ciel tout d’un coup s’éclaire et même s’embrase. C’est l’effet que ça fait, Hãlley.

« Plus on s’approche de la comète, plus on prend conscience de sa grandeur, de son incandescence, de sa puissance », poursuit Jules, « c’est ce qu’on essaie de transmettre. Ce qui est intéressant, je trouve, c’est l’ambivalence entre les aspects mélodieux, avec des vraies cadences d’accords assez travaillées, c’est pas juste un riff qui tourne, et parfois cette puissance notamment sur la partie rythmique basse-batterie. Ce que composent Clara et Baptiste et la partie de Gaël me fait penser à quelque chose de très cosmique. Avec Loïc à la basse et moi à la batterie on essaie d’être davantage dans l’énergie, d’apporter une sorte de puissance, plus directe, qui va équilibrer le tout ».

Et puisque c’est sur scène que tout se donne vraiment, que tout se vit enfin, Hãlley en concert se joue de la gravité, décolle et s’envoie alors au ciel. Peut-être bien même le 7é et sans passer par l’entresol.

« Derrière mes claviers, ce tableau de bord géant,  j’ai l’impression de piloter un vaisseau spatial », explique Gaël, « je ne peux pas vraiment bouger, alors je suis un peu dans ma bulle. Je suis connecté aux autres mais je me sens comme un sorcier avec ses bâtons d’encens… (rires) ». « On est dans une trans consciente générale », raconte Loïc, « même si on a beaucoup travaillé avant pour être très pros sur scène, on est tous un peu dépassés, aspirés par la musique qu’on envoie ». « Moi, je regarde Loïc bouger, il est bestial (rires), ça me donne envie de bouger aussi », témoigne Baptiste, « cette adrénaline, ça me met dans un état que je n’arrive jamais à retrouver ailleurs… et avoir Loïc et Clara à mes côtés et Jules qui tamponne derrière, toute cette énergie qu’ils dégagent, moi ça me met vraiment… sur une autre planète ». Et Clara ? « Moi, j’essaie d’éviter les coups !! (rires) J’ai de plus en plus de mal à rester statique, ce que je faisais plus avant. Maintenant quand je sors de scène, je suis vidée ! » « J’essaie d’être le plus énergique possible », ajoute Jules, « pas tout le temps non plus. Il faut suivre les dynamiques à fond mais clairement je le fais cent fois plus, je suis beaucoup plus alerte à ça, en concert que lorsque on est en répètes… en concert, tout prend une dimension multipliée ».

©Jean-Marie Marion
À fond, à bloc. Sincères, impliqués. Et connectés entre eux autant qu’avec leur public, ils avancent ainsi les cinq d’Hãlley. Jules le résume bien :

« Je ne me vois pas faire autre chose à ce point là, avec autant de temps et d’intentions, autant d’interêt… Il n’y a pas une autre chose sur terre qui me plaise à ce point là. Ce n’est pas un choix, ça m’est tombé dessus… Comment, pourquoi on tombe amoureux d’une personne plus que d’une autre ? Ça ne s’explique pas. C’est la vie. Moi je suis tombé amoureux de la musique ! Et je ne me vois pas faire autre chose ». 

Il y a des chemins de vie moins excitants. Celui de Clara, Baptiste, Gaël, Jules et Loïc nous donne comme une envie irrésistible de faire confiance à la lune et de tirer des plans sur la comète. Enfin !

O.D

Hãlley sera en concert ce samedi 28 avril à 23 heures au Bus Palladium

Avant comme après vous découvrez In Moon We Trust, leur premier double EP, Ici !!

Et parce que c’est vous et que Tapage Culture vous aime :

C’est un fou de musique qui se fout des formats. Un contrebandier en liberté et toujours en avance d’un mix. C’est un bonheur de Dj. C’est Zébra.

Depuis le temps qu’on nous le dit, de se méfier des apparences. Avec sa bonne mine de garçon sage, on lui donnerait les clés du top 50 sans confession ou la playlist d’une radio sans faire attention, confiant dans le soin qu’il mettrait à ne surtout rien toucher, ni déplacer. On aurait gravement tort. Le laisser seul avec des disques peut bien au contraire vous causer d’importantes surprises. Comme par exemple l’entendre lui-même donner la réplique à Julio Iglesias sur Vous les Femmes… si, si, il a osé ça. Ou découvrir Joey Starr passer du côté obscur de la force sur la Marche de l’Empire de Star Wars. Forcément, ça intrigue.

C’est qui ce mytho qui tape l’incruste chez Jacques Dutronc dans l’Aventurier ? C’est quoi cette manie de marier les rythmes des uns aux accords des autres et sans leur consentement évidemment ? Notez que s’ils disaient oui, ça pourrait le vexer. Il aime trop la musique, toutes les musiques, pour ne pas avoir envie tout de suite de jouer avec. La permission, ce sera ensuite. Ou pas. On se dit qu’à la récré, on aurait bien aimé le croiser, qu’il devait avoir le sens des chemins de traverse et des sentiers buissonniers. Lui, c’est Antoine Minne mais ceux qui l’aiment l’appellent surtout Zébra, Dj Zébra.

©Jean-Marie Marion
La dernière fois qu’on l’a croisé, on s’en souvient bien. Comment l’oublier. Il était cerné par les binious et les bombardes ! Il y avait même des cornemuses. Zébra avec le Bagad Karaez. Un zèbre chez les Bretons, imaginez ça. Fallait pas le laisser traîner aux Vieilles Charrues !! Une aventure, encore une, qui s’ajoute au tableau jamais fini d’un artiste toujours à l’affût du bon son et qui ne sait pas juste tourner en rond. On évoquait le Top 50, il l’a bien connu. Sauf qu’avec lui, il était question de champignons rigolos, « mangez-moi, mangez moi » qu’ils disaient, et de papier OCB dont chacun sait qu’il ne sert pas tout à fait à dessiner. C’était à l’époque de Billy ze Kick dont il était le bassiste.

« C’est la meilleure école, j’aurais pas pu tomber mieux. En arrivant dans une bande pareille, qui fabrique son disque avec un magnétocassette, un sampler et trois micros… cent balles et encore, cent balles prêtés par le dealer !! (rires) Ensuite, c’est le talent des chansons qui a permis que ça fonctionne mais comme quoi, avec l’équivalent de 15 euros d’aujourd’hui, tu peux te retrouver deuxième du Top 50 ! Alors le grand discours du « faut aller en studio, je veux signer sur un label », pfff… et quand dix ans plus tard j’ai commencé à faire des bootlegs, je n’imaginais pas que ça marcherait comme ça. Et d’ailleurs, j’ai pas cherché à en faire des disques.  Je me suis dit, à partir du moment où il faut rentrer dans le système des ayants-droit, on va tout perdre. » 

La petite musique de l’industrie du disque, il la connaît bien mais il préfère la sienne. Au gré de ses envies, au rythme de ses idées, celle qu’il peut créer dans l’instant. Sans filtres ni intermédiaires.

« Ce qui me plaît dans l’exercice du bootleg, c’est que j’ai l’idée le matin, j’enregistre l’après-midi et le soir, c’est en ligne. Le bootleg, c’est un fantasme de rencontres. Et j’ai la prétention de croire que l’industrie de la musique n’a pas assez d’idées pour réaliser ces fantasmes là. Elle est lourde. Il faut demander des autorisations, moi je ne demande rien à personne. C’est un truc de batard. Je suis un batard de la musique complètement assumé. Je parle au nom de tous les bootleggers, c’est à dire des pirates qui décident de faire quelque chose qui n’existe pas, on écoute beaucoup plus la musique, plus profondément que beaucoup d’autres. Pour faire ce qu’on en fait, il faut la comprendre entièrement, même dans son histoire. On développe une expertise qui, d’ailleurs, n’est plus tellement valorisée par l’industrie qui, elle, cherche juste quelque chose de facile à vendre. Nous, c’est pas du tout facile à vendre, il n’y pas de style, pas d’intention commerciale ni de prétention artistique, on prétend rien, on fait. »

Et puisque il faut bien commencer un jour, c’est au Pulp, club fameux du boulevard Poissonnière aujourd’hui fermé, que Zébra a signé ses premiers bootlegs.

« C’était une boîte de lesbiennes. Il n’y avait que des filles qui avaient envie de rigoler. Des excellentes clientes. De toute façon, tout le monde te le dit. Même Laurent Garnier !..  Il dit « une boîte de lesbiennes, c’est plus ouvert qu’une boîte de pédés ». Parce que les filles, elles ont envie de s’amuser ! Alors, je leur mettais des mélanges, elles rigolaient avec ça. Donc finalement, elles m’ont encouragé à le faire. »

Encore un peu et bientôt il nous ferait croire que c’est pas de sa faute à lui mais à cause d’elles qu’il bidouille de génie des chansons qu’on n’écoutera jamais ailleurs que chez lui. Parce qu’à la télé comme à la radio, le garçon fait comme à la maison. Chez Nagui, il débauche Cali qui n’attendait que ça et le fait chanter sur ses relectures de U2 ou des White Stripes. Les bonnes oreilles se souviennent de ses mix aussi jubilatoires qu’incandescents sur les ondes de Ouï FM, Virgin Radio ou RTL 2. Ceux qui étaient à la Rochelle, un soir de l’été 2010 n’ont pas non plus oublié son tir au but d’ouverture de concert, offrant la victoire au stade Rennais. Du foot aux Francofolies, il n’y avait qu’un zèbre aussi rayé que perché pour tenter. Comme l’autre soir, à l’Aérosol, spot de nuit éphémère dans le 18é, où avec Dj Prosper, ils ont bataillé tous deux de concert sous les couleurs du Bootleggers United, auxquelles on ne peut que se rallier.

©Jean-Marie Marion
Et c’est sans doute là que se trouve sa vraie signature à Antoine Minne, l’enfant de Ham (pas le bled de Rahan fils de Crao, non, Ham dans le trou de la Picardie mais son trou à lui et c’est lui qui le dit) il ose, il tente. Parfois, il se plante mais il ne regrette rien. Surtout pas d’avoir envoyé le son comme d’autres le bois. Ingérable, il a usé autant de responsables des programmes que d’attachées de presse, imprévisible, fantasque, il a plus de cordes à son arc qu’à sa guitare, son vrai nom il le signe d’un Z qui veut dire Zébra. Et aujourd’hui plus qu’hier, rien, plus rien ne l’arrête.

O.D

Et maintenant que vous avez lu, écoutez donc Antoine Zébra Minne Ici

 

 

Le photographe Tony Frank n’a jamais été un paparazzo voleur d’images. Respecté et aimé des stars depuis les années 70, il était souvent invité par elles à s’immiscer dans leur intimité, comme chez Serge Gainsbourg,  au 5 bis rue de Verneuil. Un grand privilège…

 

Tony Frank a commencé sa carrière de photographe à 15 ans ( !) avec le magazine de jeunes  Salut les Copains, créé par Daniel Filippachi. Au fil des années, ayant le même âge que les vedettes yéyés de l’époque, il a su créer avec elles une proximité amicale grâce à sa bonhomie et sa jovialité naturelles. Impossible de résister à son sourire et de ne pas lui faire confiance. C’est ainsi qu’Eddy Mitchell, Véronique Sanson, Johnny Hallyday, Michel Berger, France Gall, Alain Souchon, Laurent Voulzy, Nathalie Baye, mais aussi les Who et Bob Dylan, pour ne citer qu’eux, ont toujours apprécié son oeil d’artiste.  C’est lui qui  créa la fameuse affiche  de Michel Polnareff avec ses fesses nues, ou, par exemple, la pochette de Melody Nelson, avec Jane Birkin, illustrant cet album écrit par Serge Gainsbourg.

Tony Frank 

Ah, rue de Verneuil, entre Serge et Tony,  là, c’est l’histoire de toute une vie partagée, avec des fêtes, des bons mots, des repas et des bonnes bouteilles, des séances de travail, et des pauses  dans la quiétude  de cet antre aux murs noirs de la rue de Verneuil,  découvert par l’artiste avec Brigitte Bardot. Un habitat baroque  aux fenêtres toujours fermées, où Maître Serge alignait avec minutie dans un ordre que nulle spontanéité ne devait déranger, pas même celles de  ses enfants, des objets, des bibelots précieux et fétiches des tableaux, des stages, des poupées anciennes collectionnées par Jane.  Sans oublier des médailles, des diplômes,  des décorations, et des trophées qu’il remportait. Sa cuisine était tout aussi ordonnée. « La spécialité de Serge, raconte Tony Frank, était de mitonner des plats marinés et de concocter des cocktails,  comme le Gibson, avec la précision et la dextérité d’un barman professionnel ! ». 

 

Photo Tony Frank 

Tony Frank a eu l’insigne honneur pendant des années de pouvoir prendre des photos de ce décor dont Serge Gainsbourg était si fier et dont il rapporte aujourd’hui les propos rieurs :  » Voilà, c’est chez moi. Je ne sais pas ce que c’est : un sitting room, une salle de musique, un bordel, un musée…Je ne sais pas ce qui est le plus précieux ici. Si ce sont les objets ou moi ! Qui est hors de prix ? Je pense que c’est moi ! « .  

 

Photo Tony Frank 

Le photographe a aussi immortalisé les innombrables graffitis d’admiration qui avaient complètement envahi le mur extérieur comme, déjà, une expression spontanée de street art et qui perdurent encore aujourd’hui, sans cesse recouverts par d’autres. Selon Tony Frank, Serge était ému et amusé de ce lien direct avec ses fans anonymes et repérait immédiatement  les nouveaux messages du jour .  » Ma maison est célèbre!… ».

 

Charlotte et Serge Gainsbourg/Photo Tony Frank

 

Aujourd’hui, la maison, devenue un monument artistique secret de Paris,  que Charlotte Gainsbourg rêve toujours d’en faire un musée, espérant être officiellement aidée pour cela, est restée telle quelle après la mort de Serge, en 1991, offrant pour les seuls murs noirs les trésors de toute une vie. Des trésors que Tony Frank a sublimé par ses clichés, que l’on peut détailler et admirer dans son livre et dans une exposition éclectique à la Galerie de l’Instant qui permet d’être virtuellement invité chez Gainsbourg

 

Grégoire Colard

 

 

 

 

 

 

 

 

COMIQUE , IMITATEUR , CHANTEUR, L’ARTISTE ICONOCLASTE ET POPULAIRE GÉRALD DAHAN  A LE NEZ FIN  ( MAIS ROUGE) POUR METTRE EN VALEUR LE TALENT DES AUTRES SUR SON BATEAU THEÂTRE LE NEZ ROUGE , UN NOUVEAU LIEU INCONTOURNABLE DE LA SCÈNE PARISIENNE.

 

Depuis vingt ans, Gérald Dahan, né à Cognac, a beaucoup navigué dans les eaux tumultueuses du show-business, s’amarrant  tout d’abord aux Mini Keums, jetant l’ancre ensuite aux côtés de du capitaine  Laurent Ruquier dans Rien à cirer, sur France Inter,  de rejoindre enfin le commandant Michel Drücker dans l’émission Vivement Dimanche, en tant que chroniqueur et imitateur acerbe,  et de mener son propre équipage  de drôles de flibustiers au Festival d’Avignon,  en 2009, avec la Bande à Dahan, pour Radio Star.  A part quelques débarquements forcés de quelques médias  pour avoir outrepassé le cap de la bienséance, il a gagné ses galons  de popularité avec notamment ses 500 canulars outrecuidants dont  certains devenus mémorables,  n’hésitant pas à se faire passer au téléphone pour Jacques Chirac, ou encore Jean-Pierre Raffarin, alors premier ministre, et piégeant Nicolas Sarkozy qui avait juré par Neptune qu’il ne se ferait jamais avoir. Touché, coulé!

Gérald Dahan aime innover, inventer, déranger, souvent dans l’insolence, jamais dans l’indécence. C’est sa marque de fabrique. Et son rêve de toujours a été de vivre sur un bateau. Il s’est d’ailleurs marié voici deux ans sur une  péniche et il en a découvert ensuite une autre, mise en vente par le comédien Michel Galabru, conçue autrefois comme le premier bateau-théâtre navigant parisien, avec un bandeau écarlate peint sur l’étrave, comme un nez rouge. Quelques travaux de rénovation plus tard, une nouvelle salle de spectacles parisienne d’une centaine de places archi confortables était née !

 

Quelques jeunes artistes autour de Gérald Dahan dont le groupe Lucas Gang et David Bacci 

 

Gérald Dahan a décidé d’en faire un lieu laboratoire, parrainé par le mime Julien Cottereau et la comédienne Firmine Richard, permettant à de jeunes talents de venir faire leurs armes devant un public de 100 personnes, que ce soient des humoristes, des chanteurs, des musiciens,  sans distinguo de genre particulier.  » J’ai eu la chance qu’on me fasse confiance alors que j’étais débutant, et je n’ai jamais oublié cela. Je vais à beaucoup de spectacles, je m’informe sur Internet,  j’écoute des CDs, je visionne des vidéos, et quand je repère  une perle rare, je lui propose de se produire au Nez Rouge, non seulement une fois, mais éventuellement régulièrement, en suivant l’évolution de son travail. Et il peut m’arriver de devenir le producteur de l’une de ces jeunes pousses, comme je l’ai fait pour Max Bird, aujourd’hui devenu très populaire, et actuellement pour un groupe détonant,  Lucas Gang. J’ai découvert une chanteuse  québécoise, Madmoiselle, venue pour un soir, que j’ai  immédiatement réinvitée et je suis régulièrement les performances du chanteur David Bacci. Mickael Jones, Jean-Félix Lalanne, Charlotte Valandrey, Fabienne Thibeault, Slimane et l’incroyable Victoria Petrosillo, des 3 Mousquetaires et du Roi Soleil,  

 

Victoria Petrosillo

 

sont venus enchanter le plateau,  comme Renaud Hantson, avec son « Hommage à Michel Berger », un spectacle devenu au fil des mois une institution maison. Pierre Santini va venir bientôt chanter du Paolo Conté, ainsi que Marcel Amont, prévu pour quatre soirs !  Original, non? Et je suis à la trace certaines  carrières, comme celles d’Elodie Poux, Hélène Arden , Mémé Casse Bonbons. Je ne peux pas citer tout le monde, mais le Nez Rouge est devenu une pépinière artistique familiale ! » 

 

Gérald Dahan et Renaud Hantson 

 

C’est  en effet en famille que Gérald Dahan  mène sa barque, ou plutôt sa péniche, avec sa femme Claire et sa maman Michèle, proposant aussi les après midi de vacances scolaires des spectacles pour enfants. Il se produit aussi régulièrement au Nez Rouge entre deux spectacles personnels en province avec ses imitations, ses sketches désopilants, seul ou accompagné de la délicieuse humoriste et imitatrice Sandrine Alexi. Tout ce qu’on peut souhaiter à Gérald Dahan, c’est d’être un capitaine au long cours !

 

Grégoire Colard 

 

Le Nez Rouge, 13 quai de l’Oise,  Paris 19eme

 

Enfin un peu de jeunesse sur France 2 !  L’animatrice Daphné Bürki a fait le buzz en présentant les Victoires de la Musique, une émission habituellement ennuyeuse à mourir,  devenue grâce à elle un moment totalement ludique, potache, insolent et déjanté, sur un faux-semblant de n’importe quoi……

 

 

REUTERS/Christian Hartmann

 

A 38 ans, Daphné Bürki pourrait être sage, posée, ne serait ce que pour donner l’exemple à ses deux petites filles.  D’autant plus qu’à la télévision, elle aligne déjà un beau palmarès en tant qu’animatrice et que sa verve naturelle et sa nature espiègle devraient avoir été limées par la lourdeur de nos chaînes institutionnelles. De nombreuses années passées sur Canal Plus lui ont en fait permis d’exercer sa liberté de parole naturelle, notamment dans le Grand Journal ( où elle n’a hésité à dévoiler un de ses seins à un Manuel Valls ébaubi)   mais aussi dans l’émission Les Maternelles et C à vous sur France 5. Actuellement, depuis août 2017, elle enflamme l’Audimat de  France 2 en menant d’une main de maîtresse l’émission « Je t’aime » chaque après midi sur France 2, à 15 heures, un horaire normalement désertique !  Et soudain, le temps d’une soirée exceptionnelle, la voici bombardée, par Delphine Ernotte, seule aux commandes de la présentation des Victoires de la Musique. Cela aurait pu être la fin de tout pour elle, mais sa prestation a été une telle réussite que sa carrière devrait exploser.

 

Sting, parrain de la soirée, et Daphné Bürki

        C’est d’une voix enjouée, avec un ton toujours empreint d’une ironie redoutable que Daphné a fait allègrement défiler tour à tous les artistes récipiendaires de ces Victoires tant désirées, jamais à court d’un bon mot, parfois même d’un gros mot, n’hésitant pas à se jeter de la scène sur les bras levés du public, telle une slammeuse déchaînée ou un Claude François débraillé. Ce n’est pas Michel Drucker qui aurait fait cela! (Michel, si tu m’entends!). Et, que ce soit avec Sting, Orelsan, Mc Solaar, Big Flo et Oli, Charlotte Gainsbourg, Gaêl Faye, Camille, etc.., elle s’est montrée totalement en phase avec eux, n’hésitant pas à improviser quand une panne technique trouble la fête durant de longues minutes et qu’elle prend sur elle d’aller chercher des sandwiches en coulisses pour les distribuer à des spectateurs pas du tout affamés, mais éberlués.

 

Orelsan et Daphné Bürki, en pyjama.

        Daphné Bürki, qui a commencé sa carrière télévisuelle en présentant les tendances de la mode et qui a une taille mannequin (1m82 ), a aussi joué de son physique avec des tenues des plus chics aux plus déconcertantes (un pyjama),  affichant une féminité épanouie qui n’a pas dépareillé aux côtés de  celle d’Iris Mittenaere,  Miss France 2016 et Miss Univers 2017. Bref, Daphné Bürki,  née sur la pelouse d’un hôpital parisien, est désormais promise à un champ de gloire médiatique. Peut être même au cinéma, qui  a déjà fait appel à elle…

 

 Iris Mittenaere et Daphné Bürki.

 

Grégoire Colard 

Avec My Ladies Rock , le chorégraphe Jean-Claude Gallotta remet la femme à sa place. Au coeur des ébats et dans la lumière.

Une pièce chorégraphique réjouissante qui aurait en outre la résonance et la portée d’un manifeste à la fois rock et politique, c’est ce qu’on a le bonheur de découvrir en ce moment et jusqu’au 4 février au théâtre du Rond-Point à Paris, où le groupe Émile Dubois a donné aux mythiques rythmes binaires des accents majeurs. À l’heure du grand déballage aussi bienvenu qu’hystérique dont nous sommes chaque jour témoins, au moment où une chance s’offre surtout de poser enfin les bases d’un autre rapport entre hommes et femmes, Jean-Claude Gallotta avec son langage à lui propose une lecture nouvelle du grand livre du Rock’ n’ Roll. Tout ce bruit, toute cette fureur n’étaient donc pas qu’une histoire d’hommes.

©Jean-Marie Marion
Elles s’appellent Wanda Jackson, Brenda Lee, Betty Davis, Laurie Anderson ou Nina Hagen. Elles s’appelaient Janis Joplin ou Lizzy Mercier Descloux. On se souvient de certaines, on découvre les unes, on redécouvre les autres. À mesure que l’histoire s’écrit devant nous, on reprend toute la mesure de leur talent. Il y a leur image qui nous domine, leur voix qui prend tout l’espace et sur le plateau, les danseuses et les danseurs qui en écho offrent leurs petits pas, la signature de Gallotta, et leur élans bondissants, jaillissants comme le sont parfois les riffs les plus mordants.

Au fil des tableaux, on comprend surtout l’incroyable injustice qu’ont vécue la plupart d’entre elles. Éclipsées, étouffées parce qu’elles étaient femmes dans un monde pensé et dominé par des hommes. « C’est justement en fouillant l’histoire », souligne Jean-Claude Gallotta, « en m’intéressant d’abord aux Rockers avec My Rock (sa précédente création), que je me suis aperçu, par exemple, qu’Elvis avait lancé Wanda Jackson, qui était vraiment un modèle pour lui. Et je me suis rendu compte qu’il y avait en fait toute une playlist secrète, cachée, miroir de ces hommes. Et après, on s’aperçoit que ces femmes ont été rebelles, meurtries, en avance sur leur temps. Et que finalement, les Rockeuses aussi ont fait avancer la société… avec une folie douce. »

 

En composant sa playlist, aussi convaincante que jubilatoire pour qui aime le très bon son, Gallotta a tricoté le beau récit rock. Lequel se nourrit, comme toutes les grandes épopées, de drames, de trajectoires fracassées et de fulgurances fascinantes. Alternant les chansons écorchées comme Me and Bobby Mac Gee de Janis Joplin et chansons douces, comme la très belle Swing Love Chariot que Joan Baez chanta un jour en hommage à cette même jeune artiste disparue comme quelques autres à vingt-sept ans.

My Ladies Rock, c’est aussi et enfin le pas de deux qu’on attendait entre la danse contemporaine chère à Gallotta et le Rock’n’Roll qui ont en commun d’être nés ensemble. C’est en 1953 que l’Américain Merce Cunningham, après avoir fait ses humanités chez Martha Graham, l’une des grandes initiatrices de la Modern Dance, fonde sa propre compagnie. C’est en 1954, qu’Elvis Presley reprend une chanson d’un bluesman noir, Arthur « Big Boy » Crudup, et enregistre « That’s all right Mama« , dans les studios de Sun Records, chanson qui reste aujourd’hui encore le premier acte fondateur du Rock’ n’ Roll. Son acte de naissance.

©Jean-Marie Marion
L’une comme l’autre ont contribué à rendre le monde sans doute plus aimable et fréquentable. « Les Rockers, c’était pas seulement du showbiz, de la variété, » précise Jean-Claude Gallotta, «  ils voulaient vraiment changer le monde. Moi, ça m’a changé ! Parce que ça m’a donné un idéal. J’avais mon meilleur ami qui était Rocker, avant même de faire de la danse, et ça m’a un peu sauvé la vie parce que je savais pas quoi faire. Le seul fait d’avoir l’élan de ça, de vouloir changer la vie, ça donne une envie de vivre ! Sinon, on est désespéré, on a l’impression qu’on ne sert à rien… Et le Rock, ça m’a happé et du coup j’ai fait de la danse et lui, il m’accompagnait avec ses instruments. Et je me suis juré qu’un jour, je mêlerai danse et rock… Et j’ai mis du temps en fait, parce que dans la danse contemporaine, c’était un peu mal vu de mettre ce type de musique… » Et puis, il y a eu les cinquante ans du Rock et cette rencontre magnifique avec Bashung pour l’Homme à tête de choux, et c’est une autre histoire.

On retiendra juste que le temps finalement importe peu. Après My Rock, voici donc My Ladies Rock.

Au fond, les deux faces indissociables d’un même vinyle collector.

Bonne nouvelle, Rock is not dead… Mieux, Gallotta is rock’ n’ rolla !!

O.D

My Ladies Rock, chorégraphie de Jean-Claude Gallotta.

Avec les danseuses et les danseurs du groupe Émile Dubois

Jusqu’au 4 février, au théâtre du Rond-Point

En tournée jusqu’au 21 juin.