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On peut se dire: « Encore un livre  sur Johnny!!! ». C’est vrai qu’actuellement il en sort au moins un, sinon plus, par semaine. Et trop, c’est trop. Sauf que celui-ci s’affranchit des ragots actuels et des rumeurs nauséabondes pour illustrer de façon abécédaire, à travers des textes brillants et dignes du journaliste Alain Morel et des photos de Patrick Carpentier, dont beaucoup inédites, toutes les facettes de la légende de l’artiste et du quotidien de l’homme.

Dans ce livre très exhaustif de 160 pages, il est facile de s’y retrouver car les chapitres se retrouvent grâce aux 26 lettres de l’alphabet, suivant l’urgence de votre intérêt: A comme amours, C pour cinéma, H comme Harley, M pour motos ,T pour Tatouages, V pour voitures ou  Vegas, etc….D’autres sont plus inattendues, comme le F, qui annonce des Facéties! Oui, Johnny adorait faire des farces à son entourage, à ses amis, comme Michel Drucker qu’il appelait pour rien plusieurs fois la nuit, juste pour  lui demander s’il dormait bien!  « J’ai toujours fait mon métier sérieusement, mais après le salut final, dès qu’on me laisse oisif, je déconne « confia t’il à  Alain Morel, alors grand reporter au Parisien, qui l’a suivi durant de très longues années. Et l’on découvre que c’est surtout avec Jean-Paul Belmondo qu’il a le plus vécu comme un  fou. Celui-ci raconte: »Avec Johnny, nous avons fait les 400 coups et même les 400 cents coups de poing ! On partageait le goût du danger, et un appétit pour le plaisir assez insatiable!« .

Beaucoup de confidences accordées à Alain Morel au fil de toutes ces années définissent mieux le séducteur que Johnny a pu être: »Je n’ai pas de type de femme, encore que, de Catherine Deneuve à Sylvie, en passant par Nathalie et, maintenant, Laeticia, il doit bien y avoir un petit côté BCBG qui m’attire fortement, avec des idées saines dans la tête, mais l’oeil disons…malicieux!« . Par contre, l’homme qu’il était a toujours été loin d’être séduit par les Guignols de l’Info, sur Canal plus, dont la poupée à son effigie mais au nez gigantesque ( qu’il a coupé un jour  avec une paire de ciseaux en direct sur le plateau! ) professait des textes débiles qui le faisaient passer pour un sombre crétin et que la France entière reprenait en riant « Ah que coucou ! ». D’autant plus que Laura, sa fille en souffrait affreusement à l’école, harcelée par les moqueries de toutes les élèves. Et ça, ce n’était pas supportable pour Johnny.

Dans ce livre, tous les clichés sont de Patrick Carpentier, photographe de la star pendant près de quarante ans ( dont plus de 20 ans officiellement) et refont surgir un Johnny intime, avec sa famille, ses femmes de coeur, ses enfants, ses amis, ses maisons, mais aussi le show man avec ses guitares, ses musiciens, ses looks, ses fans et bien sûr sur scène, ce qui n’est pas chose aisée et même tout un art quand il faut se jouer des lumières stromboscopiques, des projecteurs, des lasers et des nuages de fumigènes ! Le résultat est là, avec plus de 300 photos, dont beaucoup jamais vues, illustrant la vie et l’âme de notre Johnny national. De A à Z !

Grégoire Colard 

 

Inoubliable Johnny Hallyday, de A à Z.  /Editions l’Archipel/ 18 euros

Photos de luxe de Johnny, signées et numérotées sur www.patrickcarpentier.fr 

 

 

Anny Duperey entame avec émotion une nouvelle carrière, celle de photographe, comme l’était son père, dont elle ose enfin exposer avec fierté des clichés enfouis dans un tiroir depuis sa disparition, en 1955 !

 

Du 14 juillet au 19 août, à Saint Hilaire-Lac, en Corrèze, se tiendra une double exposition de photos, l’une dans l’église, avec celles de Lucien Legras, le papa d’Anny, et dans le Carré du Fournil, un bâtiment tout juste restauré, les prises de vues de la belle comédienne.

Brume/ photo Anny Duperey 

« A la mort soudaine et dramatique de mes parents alors que je n’avais que huit ans et dont j’ai parlé dans mon livre « Le voile noir », j’ai été comme frappée d’amnésie, avec aucun souvenir de ma petite enfance ni d’eux. On m’a dit qu’ils étaient photographes, et, quand j’ai commencé au cours de ma vie à m’intéresser à la photo, apprendre à développer en chambre noire, à cadrer et à faire des tirages, j’ai pris cela comme juste un hobby personnel. Je n’avais aucune idée des oeuvres de mon père. Ni de son visage. C’était un inconnu, pour moi… Il a fallu des années pour je découvre ses traits sur papier glacé, et avec moi ».  

LUCIEN LEGRAS ET ANNY DUPEREY 

En effet, chez elle, dans un tiroir qu’elle n’osait jamais ouvrir, dormaient des classeurs dont elle savait bien qu’ils renfermaient la mémoire et l’âme de ses géniteurs. Mais, de la même façon qu’elle n’a jamais pu aller sur leur tombe, elle a laissé les années s’écouler, sa carrière de comédienne s’épanouir, ses amours l’entourer, ses enfants naître et grandir, l’écriture l’inspirer. La vie quoi ! Avancer !

Ginette, la maman d’Annie Duperey, qui n’en avait aucun souvenir/Photo Lucien  Legras

« Un soir, pourtant, avec ma soeur, nous avons ouvert une boîte, qui renfermaient des photos de paysages, belles, mais donc impersonnelles. Et ensuite, d’autres, des portraits que je ne pouvais pas identifier et, alors tremblantes, nous avons vite tout remis dans le tiroir. Pour des années encore. J’en parlai un  jour à un ami qui proposa de tout emporter chez lui et qui me fit part ensuite de son émerveillement, m’assurant de la qualité et de la beauté du travail de mon père. « C’est une oeuvre véritable ! ». Ainsi, peu à peu, j’ai pris la dimension de son talent et la connaissance de ce passé dont je n’avais aucune image dans ma tête, dont celle de mon père, mort à  30 ans. Et j’ai été saisie par la similitude incroyable entre certains sujets saisis par lui, comme des arbres émergeant de la brume, par exemple, et les miens ! J’avais aussi flashé sur un certain escalier en pierre. Comme lui ! Des années et des années après, sans le savoir! ». 

Photo Lucien Legras 

Aujourd’hui, après une carrière de comédienne récompensée par un César, 5 Molière, et deux Sept d’Or, un chemin d’écrivaine best-seller balisé de multiples prix, dont celui de l’Académie Française, pour L’admiroir,  Anny Duperey est aujourd’hui une artiste archi populaire, d’autant plus depuis 14 ans, avec la série cultissime « Une famille formidable« , dont elle tourne actuellement de nouveaux épisodes. Femme discrète, protégeant le plus possible sa vie privée et ses intimes, elle est aussi connue pour être généreuse de son temps, soutenant sans faillir des associations comme, entre autres, « Sos Papa« ,  » Sos Villages d’Enfants » et… »Les amis de Saint Hilaire-Lac », et élevant publiquement sa voix contre certains maux de la société, comme la violence conjugaleMais, cet été, ce sont des portraits et aussi une part de sa mémoire enfin reconstituée qu’elle va exposer, à côté des clichés pris par son père, dévoilant non sans émotion la liaison artistique et héréditaire entre leurs propres inspirations. Comme un air de famille. Une famille…formidable !

« Isabelle Adjani, 18 ans et un gros rhume des foins » / Photo Anny Duperey

 

Grégoire Colard 

 

Exposition du 14 juillet au 19 août. De 14 à 19 heures.

Eglise et Carré du Fournil/ Saint Hilaire-Lac/Corrèze.

Autrefois usine à deuil, le 104 est devenu un lieu de vie artistique incontournable au nord de Paris…

Quand on pénètre au 104, situé au 5 rue Curial, dans le 19éme arrondissement de Paris, la désorientation s’empare de votre esprit. Est-ce là une ancienne gare, de vieux entrepôts ou abattoirs ? Alors on visite ces  grands bâtiments en pierre de taille, comprenant en leurs seins des halles aux immenses plafonds élevés, des cours intérieures où le soleil s’alanguit, des coursives étroites où vous poursuivez un labyrinthe énigmatique et de larges plates formes où  s’entraînent à leur gré des musiciens, des mimes, des acrobates,  des danseurs de hip hop ou de salsa.

Tout est là, à votre disposition, si vous voulez vous prélasser sur une chaise longue, boire un verre, déjeuner, rêvasser, lire un livre que vous empruntez en l’échangeant contre l’un des vôtres, ou vous poser au coeur d’un groupe d’artistes. L’espace est  pour eux, pour vous, pour tout le monde. Un air de liberté est là, qui vous apaise et vous inspire.

 

L’une des halles 

 

Autrefois, ce lieu qui s’étend sur 220 m de long et 75 de large était depuis 1874 le siège du Service Municipal des Pompes Funèbres de Paris, connu comme une usine à deuil, avec ses convois, ses cercueils, ses chevaux harnachés de plumes noires, ses écussons, ses linceuls, ses cochers à hauts de forme. Depuis 2014, sous la houlette de la Ville de Paris, deux hommes, Robert Cantarella et Frédéric Isbach, ont fait de ce lieu funèbre un espace dédié à l’inspiration, à la performance, à la recherche artistique, quelle que soit sa forme.

 

Frank Herfort : soldats russes et rêve hawaïen. 

 

C’est ainsi que depuis quelques années s’y tient régulièrement,  au milieu de toute cette agitation créatrice,   « Circulations« , un festival de la jeune photographie européenne. La petite circulation, sans ticket d’entrée, vous permet d’évoluer dans les grands espaces afin d’estimer le travail de ces jeunes artistes, et la grande circulation , avec ticket d’entrée, de pénétrer dans les bâtiments où des centaines d’autres oeuvres sont accrochées.

Certaines sont simplement belles, d’autres étonnantes, voire déconcertantes et décalées,  recherchées, élaborées. Les sujets sont extrêmement divers, qu’ils soient politiques, sociaux, floraux, religieux, sexuels ou simplement esthétiques.  Chacun des  photographes exposés a droit à son propre regard sur le monde, sur son pays, sur sa vie,  qu’il soit personnel, familial, esthète, collégial ou citoyen.

 

Crestani Arthur

À chaque visiteur d’arpenter à sa guise, et de prendre son temps,  de s’arrêter, son bonheur étant alors de se figer devant telle ou telle photo, de noter le nom  de son capteur d’image. Et peut-être d’imaginer de saisir lui-même des clichés différents, improbables.

 

Frank Herfort 

 

Grégoire Colard 

 

Au Centquatre jusqu’au 6 mai. Exposition  » Circulations »

Le 104, 5 rue Curial, Paris 19éme.

 

 

Le photographe Tony Frank n’a jamais été un paparazzo voleur d’images. Respecté et aimé des stars depuis les années 70, il était souvent invité par elles à s’immiscer dans leur intimité, comme chez Serge Gainsbourg,  au 5 bis rue de Verneuil. Un grand privilège…

Tony Frank a commencé sa carrière de photographe à 15 ans ( !) avec le magazine de jeunes  Salut les Copains, créé par Daniel Filippachi. Au fil des années, ayant le même âge que les vedettes yéyés de l’époque, il a su créer avec elles une proximité amicale grâce à sa bonhomie et sa jovialité naturelles. Impossible de résister à son sourire et de ne pas lui faire confiance. C’est ainsi qu’Eddy Mitchell, Véronique Sanson, Johnny Hallyday, Michel Berger, France Gall, Alain Souchon, Laurent Voulzy, Nathalie Baye, mais aussi les Who et Bob Dylan, pour ne citer qu’eux, ont toujours apprécié son oeil d’artiste.  C’est lui qui  créa la fameuse affiche  de Michel Polnareff avec ses fesses nues, ou, par exemple, la pochette de Melody Nelson, avec Jane Birkin, illustrant cet album écrit par Serge Gainsbourg.

Tony Frank 

Ah, rue de Verneuil, entre Serge et Tony,  là, c’est l’histoire de toute une vie partagée, avec des fêtes, des bons mots, des repas et des bonnes bouteilles, des séances de travail, et des pauses  dans la quiétude  de cet antre aux murs noirs de la rue de Verneuil,  découvert par l’artiste avec Brigitte Bardot. Un habitat baroque  aux fenêtres toujours fermées, où Maître Serge alignait avec minutie dans un ordre que nulle spontanéité ne devait déranger, pas même celles de  ses enfants, des objets, des bibelots précieux et fétiches des tableaux, des stages, des poupées anciennes collectionnées par Jane.  Sans oublier des médailles, des diplômes,  des décorations, et des trophées qu’il remportait. Sa cuisine était tout aussi ordonnée. « La spécialité de Serge, raconte Tony Frank, était de mitonner des plats marinés et de concocter des cocktails,  comme le Gibson, avec la précision et la dextérité d’un barman professionnel ! ». 

 

Photo Tony Frank 

Tony Frank a eu l’insigne honneur pendant des années de pouvoir prendre des photos de ce décor dont Serge Gainsbourg était si fier et dont il rapporte aujourd’hui les propos rieurs :  » Voilà, c’est chez moi. Je ne sais pas ce que c’est : un sitting room, une salle de musique, un bordel, un musée…Je ne sais pas ce qui est le plus précieux ici. Si ce sont les objets ou moi ! Qui est hors de prix ? Je pense que c’est moi ! « .  

 

Photo Tony Frank 

Le photographe a aussi immortalisé les innombrables graffitis d’admiration qui avaient complètement envahi le mur extérieur comme, déjà, une expression spontanée de street art et qui perdurent encore aujourd’hui, sans cesse recouverts par d’autres. Selon Tony Frank, Serge était ému et amusé de ce lien direct avec ses fans anonymes et repérait immédiatement  les nouveaux messages du jour .  » Ma maison est célèbre!… ».

 

Charlotte et Serge Gainsbourg/Photo Tony Frank

 

Aujourd’hui, la maison, devenue un monument artistique secret de Paris,  que Charlotte Gainsbourg rêve toujours d’en faire un musée, espérant être officiellement aidée pour cela, est restée telle quelle après la mort de Serge, en 1991, offrant pour les seuls murs noirs les trésors de toute une vie. Des trésors que Tony Frank a sublimé par ses clichés, que l’on peut détailler et admirer dans son livre et dans une exposition éclectique à la Galerie de l’Instant qui permet d’être virtuellement invité chez Gainsbourg

 

Grégoire Colard