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Enfin un peu de jeunesse sur France 2 !  L’animatrice Daphné Bürki a fait le buzz en présentant les Victoires de la Musique, une émission habituellement ennuyeuse à mourir,  devenue grâce à elle un moment totalement ludique, potache, insolent et déjanté, sur un faux-semblant de n’importe quoi……

 

 

REUTERS/Christian Hartmann

 

A 38 ans, Daphné Bürki pourrait être sage, posée, ne serait ce que pour donner l’exemple à ses deux petites filles.  D’autant plus qu’à la télévision, elle aligne déjà un beau palmarès en tant qu’animatrice et que sa verve naturelle et sa nature espiègle devraient avoir été limées par la lourdeur de nos chaînes institutionnelles. De nombreuses années passées sur Canal Plus lui ont en fait permis d’exercer sa liberté de parole naturelle, notamment dans le Grand Journal ( où elle n’a hésité à dévoiler un de ses seins à un Manuel Valls ébaubi)   mais aussi dans l’émission Les Maternelles et C à vous sur France 5. Actuellement, depuis août 2017, elle enflamme l’Audimat de  France 2 en menant d’une main de maîtresse l’émission « Je t’aime » chaque après midi sur France 2, à 15 heures, un horaire normalement désertique !  Et soudain, le temps d’une soirée exceptionnelle, la voici bombardée, par Delphine Ernotte, seule aux commandes de la présentation des Victoires de la Musique. Cela aurait pu être la fin de tout pour elle, mais sa prestation a été une telle réussite que sa carrière devrait exploser.

 

Sting, parrain de la soirée, et Daphné Bürki

        C’est d’une voix enjouée, avec un ton toujours empreint d’une ironie redoutable que Daphné a fait allègrement défiler tour à tous les artistes récipiendaires de ces Victoires tant désirées, jamais à court d’un bon mot, parfois même d’un gros mot, n’hésitant pas à se jeter de la scène sur les bras levés du public, telle une slammeuse déchaînée ou un Claude François débraillé. Ce n’est pas Michel Drucker qui aurait fait cela! (Michel, si tu m’entends!). Et, que ce soit avec Sting, Orelsan, Mc Solaar, Big Flo et Oli, Charlotte Gainsbourg, Gaêl Faye, Camille, etc.., elle s’est montrée totalement en phase avec eux, n’hésitant pas à improviser quand une panne technique trouble la fête durant de longues minutes et qu’elle prend sur elle d’aller chercher des sandwiches en coulisses pour les distribuer à des spectateurs pas du tout affamés, mais éberlués.

 

Orelsan et Daphné Bürki, en pyjama.

        Daphné Bürki, qui a commencé sa carrière télévisuelle en présentant les tendances de la mode et qui a une taille mannequin (1m82 ), a aussi joué de son physique avec des tenues des plus chics aux plus déconcertantes (un pyjama),  affichant une féminité épanouie qui n’a pas dépareillé aux côtés de  celle d’Iris Mittenaere,  Miss France 2016 et Miss Univers 2017. Bref, Daphné Bürki,  née sur la pelouse d’un hôpital parisien, est désormais promise à un champ de gloire médiatique. Peut être même au cinéma, qui  a déjà fait appel à elle…

 

 Iris Mittenaere et Daphné Bürki.

 

Grégoire Colard 

 

 

Dans son livre « Mes étoiles 1980 » (Editions Pygmalion), Olivier Kaefer,  que  Patrick Timsit incarne brillamment dans les films Stars 80 1 et 2, est le créateur fondateur de la fameuse tournée de nos idoles d’antan et mitonne pour nos papilles avides moult croustillants et succulents secrets comme on les aime ! Des moments heureux, des joies scéniques, mais aussi de la jalousie entre artistes,  des caprices  hallucinants, des coups de théâtre …

 

A dix ans, Olivier Kaefer, qui a grandi en se dandinant devant l’écran de la télévision familiale, fasciné par les shows des Carpentier, où apparaissaient toutes les stars de l’époque,  comme Johnny Hallyday, Sheila, Claude François, Nana Mouskouri, Joe Dassin, mais aussi par les émissions de variétés de Guy Lux, a eu son heure de gloire dans les fêtes familiales en entonnant, déguisé, la « Bonne du curé », d’Annie Cordy.  Devenir chanteur ? Non, il ne l’a jamais désiré. Mais les approcher, les connaître, leur parler, faire partie de leur monde, oui! Peu importe les études, qu’il considère comme une perte de temps alors qu’il pourrait écouter l’émission d’Europe 1  « Salut les copains » ! Encore adolescent, il commence à faire de la radio libre dans sa ville natale de Blois, où tout de suite , on lui confie des interviews de chanteurs. Très vite , il monte à Paris, travaille au sein de Radio Solidarité, qui soutient Jacques Chirac, quand on lui propose de s’occuper des intérêts artistiques de Lova Moor, issue du Crazy Horse Saloon, et d’Eric Morena ( « Oh mon bateau »), issu de la prêtrise ! S’ensuivent d’autres vedettes  de l’époque comme Patrick Juvet, particulièrement  capricieux, et Amanda Lear, particulièrement….star, avec des prétentions abracadabrantes. Il s’en souvient avec humour. Olivier Kaefer est un gentil, qui aime les artistes. A la folie.

 

Amanda Lear

 

Un jour, il  a l’idée, avec avec un ami, Hughes Gentelet, de monter une tournée de chanteurs français et internationaux  sur le déclin après avoir connu une gloire certaine. Il crée une maison de production, démarche tous les appuis possibles, qu’ils soient financiers ou médiatiques. Personne n’y croit. « J’étais le ringard qui voulait faire chanter des has been ! ». Il loue le Zénith de Paris, s’endette de 120.000 euros,  et c’est un triomphe. Il s’agit alors de la « RFM Party », qui deviendra plus tard « Stars 80« . Un succès qui perdurera jusqu’à aujourd’hui, même si Olivier est maintenant personnellement passé à autre chose, produisant notamment les New Poppys et une pièce de théâtre à succès, « Bouquet final« , à la Comédie Caumartin.

 

Lio

 

Mais les souvenirs restent, très vifs, sur toutes ces années, avec tant d’anecdotes sur Lio, au caractère dévastateur, Plastic Bertrand ( vrai chanteur ou pas ? ), Jean Schultheis  à l’humour ravageur, Jean Luc Lahaye, systématiquement en retard,  Désireless marmonnant en coulisses des onomatopées incompréhensibles, cherchant chaque soir ses chaussures que le reste de la troupe lui a cachées pendant qu’elle chante pieds nus sur scène. Au fil des pages, on retrouve gaiement Patrick Hernandez, Gilbert Montagné, Larusso, Ophélie Winter, les Worlds Apart, Cookie Dingler, Peter et Sloane, et tous ceux qui ont un jour rejoint la bande. Par contre, non sans une certaine amertume, Olivier évoque le conflit d’intérêts qui l’oppose actuellement au producteur de cinéma Thomas Langmann, à propos des deux films Stars 80.

Dans ce livre épatant se mêlent beaucoup de tendresse et  un peu de vacherie acidulée, et Olivier Kaefer y délivre au final  un beau message d’amour pour la chanson, considérée par les esthètes comme un art mineur : « Je suis un homme populaire qui a des goûts populaires. Le public me fait vivre. Il me porte. Je dois lui dire merci. C’est pour lui que je continuerai  à mettre dans la lumière ceux qui savent nous faire rêver: mes amis les artistes ».

 

Grégoire Colard

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

On aime bien placer les artistes dans des catégories, pas que les artistes d’ailleurs, les étiquettes, ça nous rassure. Bon, avec Mélanie de Biasio, la tâche s’annonce difficile.

L’envoûtante musicienne et chanteuse belge de 39 ans nous balade du blues au jazz, du trip hop à l’électro et réalise avec « Lilies » un album au sommet de son talent.

 

 

Le résultat est un album magnétique. On se retrouve comme suspendu aux lèvres de Mélanie de Biasio. Son phrasé est unique, sa voix feutrée peut se faire caresse ou orage.
Aérienne, elle vient se poser en toute délicatesse sur une mélodie où chaque silence et chaque respiration comptent.

Première écoute, j’interromps la musique, puis me regarde dans le miroir, mes pupilles sont complètement dilatées, je ne suis pas en train d’écouter un disque de jazz, je suis sous le coup d’un sortilège. Qui me fait osciller dans un courant ambivalent entre jardin d’Eden et rivages désolés.

Mélanie de Biasio se mue en prêtresse vaudou et étire ou rétrécit nos têtes à l’envi, tout comme ses notes qu’elle distend à l’infini, sans jamais les faire retomber. Elle les dilue dans le silence. Un silence qui ronge les morceaux et les magnifie, nous maintient en apesanteur tout au long de l’album comme si on était dans du coton.

Le disque commence très fort, avec en ouverture « Your Freedom is the end of me » (sous-titre “the arena of failed obsessions” = l’arène des obsessions déchues”), un morceau entre jazz et trip hop, où Mélanie, sous une apparence de douceur, témoigne de ses angoisses et affiche une sensibilité torturée, l’angoisse de perdre l’être aimé.

Le second morceau « Gold Junkies » , plus rythmé, est une réminiscence du planant morceau de 20 minutes « Blackened Cities », sorti en 2016.
Lillies montre une osmose parfaite avec le piano. Sa voix est poussière, sa voix est soupir. La note maintenue de piano grave fait l’effet d’un bourdonnement où la voix ose à peine se poser.
La note finale qui perdure met en lumière le contraste infime entre le silence et le chant.

Avec « Let me love you » , Mélanie exprime sa fureur dans l’amour. Elle l’avait fait avec la même énergie dans le puissant « I’m gonna leave you » de l’album No Deal en 2013. Une fureur sombre qui prend sa source dans la souffrance « Made of sorrows that follow me all the time ».

Suivent deux blues minimalistes, « Sitting in the stairwell » , dont le dénuement extrême rappelle dans l’émotion le blues des plantations.
Et le splendide « Brothers« , un blues ethéré, presque une prière.

Sa version d’ « Afro Blue » touche au sacré, et pourtant on en a connu des versions réussies, dont la très sensuelle interprétation d’Erykah Badu, mais là, l’émotion est profonde, proche et humide.

Puis, on imagine Mélanie traîner du côté de Bristol, qui a vu naître le trip hop à la fin des années 90. La fin de l’album se liquéfie dans une certaine ivresse des profondeurs, avec l’ambiance sous-marine d’ « All my worlds » et de « And my heart goes on » .

Cette fin n’en n’est pas une. Elle nous invite à suivre les longues notes à travers les montagnes d’octaves et dans les profondeurs océaniques.

Mélanie est une artiste rare dont le talent éclate aujourd’hui dans toute sa splendeur. Oui, elle a l’élégance d’une Nina Simone, et son jeu admirable sur les sons met en valeur la grâce de sa voix.
Elle règne sur un univers où les notes sont libres, de leur durée, de leur fréquence, et les instruments sont les piliers de son royaume.

* interview extraite du magazine Jazz News de septembre 2017

* pro tools est un logiciel de production musicale qui permet d’enregistrer sa musique sur différentes pistes et de la retravailler (mixage-effets-volumes).

 

 

Mylène Aroul