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Le photographe Tony Frank n’a jamais été un paparazzo voleur d’images. Respecté et aimé des stars depuis les années 70, il était souvent invité par elles à s’immiscer dans leur intimité, comme chez Serge Gainsbourg,  au 5 bis rue de Verneuil. Un grand privilège…

 

Tony Frank a commencé sa carrière de photographe à 15 ans ( !) avec le magazine de jeunes  Salut les Copains, créé par Daniel Filippachi. Au fil des années, ayant le même âge que les vedettes yéyés de l’époque, il a su créer avec elles une proximité amicale grâce à sa bonhomie et sa jovialité naturelles. Impossible de résister à son sourire et de ne pas lui faire confiance. C’est ainsi qu’Eddy Mitchell, Véronique Sanson, Johnny Hallyday, Michel Berger, France Gall, Alain Souchon, Laurent Voulzy, Nathalie Baye, mais aussi les Who et Bob Dylan, pour ne citer qu’eux, ont toujours apprécié son oeil d’artiste.  C’est lui qui  créa la fameuse affiche  de Michel Polnareff avec ses fesses nues, ou, par exemple, la pochette de Melody Nelson, avec Jane Birkin, illustrant cet album écrit par Serge Gainsbourg.

Tony Frank 

Ah, rue de Verneuil, entre Serge et Tony,  là, c’est l’histoire de toute une vie partagée, avec des fêtes, des bons mots, des repas et des bonnes bouteilles, des séances de travail, et des pauses  dans la quiétude  de cet antre aux murs noirs de la rue de Verneuil,  découvert par l’artiste avec Brigitte Bardot. Un habitat baroque  aux fenêtres toujours fermées, où Maître Serge alignait avec minutie dans un ordre que nulle spontanéité ne devait déranger, pas même celles de  ses enfants, des objets, des bibelots précieux et fétiches des tableaux, des stages, des poupées anciennes collectionnées par Jane.  Sans oublier des médailles, des diplômes,  des décorations, et des trophées qu’il remportait. Sa cuisine était tout aussi ordonnée. « La spécialité de Serge, raconte Tony Frank, était de mitonner des plats marinés et de concocter des cocktails,  comme le Gibson, avec la précision et la dextérité d’un barman professionnel ! ». 

 

Photo Tony Frank 

Tony Frank a eu l’insigne honneur pendant des années de pouvoir prendre des photos de ce décor dont Serge Gainsbourg était si fier et dont il rapporte aujourd’hui les propos rieurs :  » Voilà, c’est chez moi. Je ne sais pas ce que c’est : un sitting room, une salle de musique, un bordel, un musée…Je ne sais pas ce qui est le plus précieux ici. Si ce sont les objets ou moi ! Qui est hors de prix ? Je pense que c’est moi ! « .  

 

Photo Tony Frank 

Le photographe a aussi immortalisé les innombrables graffitis d’admiration qui avaient complètement envahi le mur extérieur comme, déjà, une expression spontanée de street art et qui perdurent encore aujourd’hui, sans cesse recouverts par d’autres. Selon Tony Frank, Serge était ému et amusé de ce lien direct avec ses fans anonymes et repérait immédiatement  les nouveaux messages du jour .  » Ma maison est célèbre!… ».

 

Charlotte et Serge Gainsbourg/Photo Tony Frank

 

Aujourd’hui, la maison, devenue un monument artistique secret de Paris,  que Charlotte Gainsbourg rêve toujours d’en faire un musée, espérant être officiellement aidée pour cela, est restée telle quelle après la mort de Serge, en 1991, offrant pour les seuls murs noirs les trésors de toute une vie. Des trésors que Tony Frank a sublimé par ses clichés, que l’on peut détailler et admirer dans son livre et dans une exposition éclectique à la Galerie de l’Instant qui permet d’être virtuellement invité chez Gainsbourg

 

Grégoire Colard

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Dans son livre « Mes étoiles 1980 » (Editions Pygmalion), Olivier Kaefer,  que  Patrick Timsit incarne brillamment dans les films Stars 80 1 et 2, est le créateur fondateur de la fameuse tournée de nos idoles d’antan et mitonne pour nos papilles avides moult croustillants et succulents secrets comme on les aime ! Des moments heureux, des joies scéniques, mais aussi de la jalousie entre artistes,  des caprices  hallucinants, des coups de théâtre …

 

A dix ans, Olivier Kaefer, qui a grandi en se dandinant devant l’écran de la télévision familiale, fasciné par les shows des Carpentier, où apparaissaient toutes les stars de l’époque,  comme Johnny Hallyday, Sheila, Claude François, Nana Mouskouri, Joe Dassin, mais aussi par les émissions de variétés de Guy Lux, a eu son heure de gloire dans les fêtes familiales en entonnant, déguisé, la « Bonne du curé », d’Annie Cordy.  Devenir chanteur ? Non, il ne l’a jamais désiré. Mais les approcher, les connaître, leur parler, faire partie de leur monde, oui! Peu importe les études, qu’il considère comme une perte de temps alors qu’il pourrait écouter l’émission d’Europe 1  « Salut les copains » ! Encore adolescent, il commence à faire de la radio libre dans sa ville natale de Blois, où tout de suite , on lui confie des interviews de chanteurs. Très vite , il monte à Paris, travaille au sein de Radio Solidarité, qui soutient Jacques Chirac, quand on lui propose de s’occuper des intérêts artistiques de Lova Moor, issue du Crazy Horse Saloon, et d’Eric Morena ( « Oh mon bateau »), issu de la prêtrise ! S’ensuivent d’autres vedettes  de l’époque comme Patrick Juvet, particulièrement  capricieux, et Amanda Lear, particulièrement….star, avec des prétentions abracadabrantes. Il s’en souvient avec humour. Olivier Kaefer est un gentil, qui aime les artistes. A la folie.

 

Amanda Lear

 

Un jour, il  a l’idée, avec avec un ami, Hughes Gentelet, de monter une tournée de chanteurs français et internationaux  sur le déclin après avoir connu une gloire certaine. Il crée une maison de production, démarche tous les appuis possibles, qu’ils soient financiers ou médiatiques. Personne n’y croit. « J’étais le ringard qui voulait faire chanter des has been ! ». Il loue le Zénith de Paris, s’endette de 120.000 euros,  et c’est un triomphe. Il s’agit alors de la « RFM Party », qui deviendra plus tard « Stars 80« . Un succès qui perdurera jusqu’à aujourd’hui, même si Olivier est maintenant personnellement passé à autre chose, produisant notamment les New Poppys et une pièce de théâtre à succès, « Bouquet final« , à la Comédie Caumartin.

 

Lio

 

Mais les souvenirs restent, très vifs, sur toutes ces années, avec tant d’anecdotes sur Lio, au caractère dévastateur, Plastic Bertrand ( vrai chanteur ou pas ? ), Jean Schultheis  à l’humour ravageur, Jean Luc Lahaye, systématiquement en retard,  Désireless marmonnant en coulisses des onomatopées incompréhensibles, cherchant chaque soir ses chaussures que le reste de la troupe lui a cachées pendant qu’elle chante pieds nus sur scène. Au fil des pages, on retrouve gaiement Patrick Hernandez, Gilbert Montagné, Larusso, Ophélie Winter, les Worlds Apart, Cookie Dingler, Peter et Sloane, et tous ceux qui ont un jour rejoint la bande. Par contre, non sans une certaine amertume, Olivier évoque le conflit d’intérêts qui l’oppose actuellement au producteur de cinéma Thomas Langmann, à propos des deux films Stars 80.

Dans ce livre épatant se mêlent beaucoup de tendresse et  un peu de vacherie acidulée, et Olivier Kaefer y délivre au final  un beau message d’amour pour la chanson, considérée par les esthètes comme un art mineur : « Je suis un homme populaire qui a des goûts populaires. Le public me fait vivre. Il me porte. Je dois lui dire merci. C’est pour lui que je continuerai  à mettre dans la lumière ceux qui savent nous faire rêver: mes amis les artistes ».

 

Grégoire Colard

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

A 86 ans, Michou publie sa première autobiographie, truculente en diable, « Prince bleu de Montmartre« , aux Editions du Cherche Midi, préfacée par Anny Duperey.

Michou est un homme modeste, et s’il se définit comme un prince dans le titre de son livre, il est plutôt considéré à Montmartre, où trône son célèbre cabaret, comme le roi de ce petit territoire! Pas de jour sans qu’il n’arpente en fin de journée les rues de son royaume en saluant de la main comme la reine d’Angleterre, le sourire habillé de dents éclatantes, son éternel habit bleu d’apparat rutilant sous les réverbères!

Il a d’ailleurs une chaise royale à son nom dans une brasserie de la rue des Abbesses, où il reçoit les hommages de son peuple d’amis et d’admirateurs venus des quatre coins de la France, sinon du monde. Oui, Michou, est considéré par les Français et par les touristes prêts à mille selfies comme un monument historique ( il s’amuse à se prétendre « monument hystérique! » ) de Paris!

Depuis 60 ans, il anime chaque soir en effet de façon unique son cabaret  » Chez Michou » où des artistes masculins, qu’il appelle ses Michettes, se produisent tour à tour avec un talent prodigieux en travestis, imitant à s’y tromper France Gall, Céline Dion, Edith Piaf, Brigitte Bardot, Line Renaud, Nana Mouskouri, Chantal Goya, Sylvie Vartan , Véronique Sanson, Marylin Monroe et tant d’autres…La phrase la plus entendue venant des clients qui se pressent à chaque spectacle est  » On dirait la vraie! C’est fou! « . Un compliment qui a valeur d’Oscar pour Michou. Surtout aujourd’hui pour le nouveau numéro d’un Stromaé époustouflant de vérité. Un chef d’oeuvre à découvrir absolument. Bluffant!

Ce qui enchante aussi notre Michou,   c’est d’avoir reçu non seulement la visite des véritables stars imitées, mais de tout le gratin de ces dix dernières décennies, qu’il soit du cinéma, comme hier Alice Sapritch ou Sophia Loren, et récemment Belmondo et Delon, de la littérature comme Françoise Sagan, mais encore Joséphine Baker, Diana Ross, Bette Midler. Sans oublier tant de ministres, d’hommes et femmes politiques et tous les Présidents de la République ( dont Jacques Chirac, avec une une Légion d’Honneur à la clef ) qui s’inclinent devant ce soldat connu de la nuit.

Les années passent, Michou se souvient avec bonheur de tout dans son livre et prépare avec précision son départ: un cercueil bleu, un caveau bleu, des hortensias bleus, les poulbots de Montmartre, et les invités portant du bleu. Une vraie fête à la Michou, qui n’a jamais cessé de voir la vie en …bleu !

G.C.

Jérôme Anthony, l’animateur vedette de M6, signe aux Editions Chêne un beau livre, L’Age d’or du Disco. Ce mouvement musical des années 80 est la passion de sa vie, alors qu’il était trop jeune pour l’avoir connu !

Originaire de Nancy, Jérôme Anthony est issu d’une famille de commerçants qui ont pignon sur rue près de la fameuse place Stanislas. Si sa maman a des velléités de devenir chanteuse, en se rendant régulièrement à Paris au Petit Conservatoire de Mireille, le petit garçon, lui, aime flâner chez le disquaire du coin, où il écoute gratuitement et sans grand enthousiasme dans une cabine les nouveautés de la chanson française, jusqu’au jour,  où, en 1978, il  découvre l’album de Starmania.

A dix ans, il se prend de passion pour Daniel Balavoine, Michel Berger, France Gall,  mais aussi pour Claude Francois et Elton John. Les jours et les mois passant, il comprend qu’ un nouveau son et un rythme différent  semblent envahir toute la production musicale française et internationale. La Disco est née ! Jérôme n’a pas l’âge d’aller en discothèque, alors il se dandine en rythme dans sa chambre, une brosse à cheveux dans la main comme micro, sur les tubes des Village People, de la Fièvre du Samedi Soir, de Donna Summer , de Karen Cheryl et de Dalida.  Et il rêve de porter des vêtements à paillettes!

 

 

Depuis, le petit Anthony est devenue une vedette de la télévision,  et d’autres  paillettes, celles de la célébrité, l’ont habillé de pied en cap! Il a pourtant toujours  gardé pour la Disco un amour inconditionnel et une grande nostalgie. C’est ce que l’on ressent au fil de son livre où se mêlent avec bonheur biographies et interviews exclusives des plus grandes stars de cette époque pour lui bénie, comme avec Amanda Lear, Cerrone,  » le pape » de ce mouvement musical, Patrick Juvet, Sheila, Patrick Hernandez, etc…  Des confidences de stars, des révélations, rien ne manque à ce livre qui se lit comme on écoute un CD. En rythme!

G.C.