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Jean-Michel Basquiat est « le » peintre dont la cote monte actuellement vers l’infini, rejoignant rapidement celle des plus grands maîtres de tous les temps. Actuellement exposées à la Fondation Vuitton, à Paris, ses oeuvres néo-expressionnistes illustrent à la fois sa courte vie chaotique et la flamboyance artistique des années 80 à New York.

 

 

Né à Brooklyn en 1960 d’un père haïtien et d’une mère aux origines portoricaines, Basquiat a montré dès son plus jeune âge une grande aptitude à dessiner. N’importe où, n’importe quoi, avant que sa mère ne lui offre un livre illustré de l’anatomie humaine, qui l’a passionné. sans avoir la moindre opportunité de suivre des cours de dessin ni de peinture. Il passait son temps à croquer tout ce qu’il voyait, sur un mur, un bout de carton, un papier, et, quand il a pris ses ailes et claqué la porte du domicile familial, sur des cartes postales qu’il essayait de vendre un dollar pour survivre, tout en s’essayant aussi à la musique avec des copains, formant avec eux, un groupe, Gray, fortement inspiré par le style de John Cage, avec une rythmique mi jazzy, mi synth-pop et par le talent de Miles Davis, de Dizzy Gillespie et Charlie Parker. Sans oublier la musique Zydéco, typique alors de la Louisiane, aux accents africains.Et Basquiat les a tous aussi célébrés dans des tableaux…

 

Basquiat: le groupe Gray 

 

Au coeur de ce New-York artistique en pleine effervescence où il est facilement accepté par de tous, il fait une rencontre qui s’avère essentielle pour lui, celle du graffeur Al Diaz. Et ils forment sous le nom de Samo. Mais Basquiat définit aussi rapidement sa propre peinture, dont un échantillon sidère en 1980 Andy Warhol qui décide de le prendre sous son aile, de l’inclure dans sa bande de la Factory, de lui proposer un appartement-atelier. Il lui présente aussi des artistes à l’odeur de scandale comme un autre graffeur, Keith Haring, avec qui il travaillera, ou un photographe sulfureux, Robert Mapplehorpe. L’admiration d’Andy Warhol est telle pour Basquiat qu’il peint avec lui une centaine de toiles, au point qu’ils feront nombre d’expositions ensemble, jusqu’au jour où la critique considérera avec fracas que Warhol profite honteusement du talent de son jeune protégé, qui est en fait largement devenu son maître.

 

Andy Warhol et Jean-Michel Basquiat 

En quelques mois, Basquiat est devenue une star, un « people », un statut qui le grise, comme son goût pour l’alcool et la drogue. Il s’affiche avec Madonna qui partage un moment sa vie mais il ne cesse jamais de peindre, encore et encore,  incluant dans ses tableaux des portraits, des dessins, des phrases, des collages, affichant aussi son admiration sans borne pour des boxeurs stars comme Cassius Clay et Sugar Ray Robinson, symboles pour lui, dans une Amérique encore raciste, de l’intégration rêvée des noirs luttant à poings égaux avec des blancs.

 

 

Quand son ami et parrain Andy Warhol meurt, en 1987, trois ans après leur rencontre, Basquiat  qui n’a encore que 27 ans, s’enfonce dans la détresse et les produits dopants. Seul, son travail, à la renommée époustouflante, le maintient encore debout, alors même que l’idée de la mort, avec cette montée du Sida qui ravage ses amis, le hante, le dévaste et lui inspire certains tableaux déprimants, loin de son habituelle explosion de couleurs.

 

Basquiat: « Riding with death ». 1988.  D’après un dessin de Léonard de Vinci 

 

Trop tôt disparu, Basquiat laisse une oeuvre conséquente, émouvante et exaltante, avec 800 tableaux et 1500 dessins, qui s’arrachent aujourd’hui à prix d’or et dont le public s’enchante, notamment à travers cette exposition à la Fondation Louis Vuitton,  150 de ses oeuvres, dont certaines inédites, nous font suivre le chemin de sa vie.

 

 

Grégoire Colard

 

Fondation Louis Vuitton: 8 rue du Mahatma Gandhi, Paris 75016, de 11h à 19 heures. 

Bus navette : avenue de Friedland, sortie 2 Métro Etoile. 2 euros à régler uniquement par carte bancaire.

( Il est prudent de réserver son billet pour l’exposition via Internet ).

Renseignements: 01 40 69 96 00

 

 

Johnny à Rio/ Photo Tony Frank/1967

 

Le public, et même les plus fans des fans de celui qui a su allumer le feu dans leurs vies, tous doivent se ruer à cette exposition, « Johnny« , où chacun découvrira de spectaculaires objets-témoins de la vie de notre idole nationale et nombre de sublimes photos inédites. A ne pas rater!

 

Photo Pierre Fournier 

 

Ah! Johnny !!! On sait tout sur lui, ou plutôt on croit tout savoir, de sa vie, de sa carrière, de ses amours, et maintenant de son héritage qui sème la discorde, jusqu’à l’écoeurement.  Et pourtant, la Galerie Joseph, artistiquement cornaquée par Ghislaine Rayer, en accord avec Patrice Gaulupeau, le cadreur préféré du chanteur, propose sur deux étages un immense espace de 850 m2 où sont accrochées d’innombrables photos inconnues, extraites des collections les plus privées de grands photographes amis et complices du chanteur qu’ils n’ont jamais abandonné, que ce soit en France, aux Etats-Unis, au Brésil, en Tchécoslovaquie et ailleurs.  Et même à l’armée, avec ses copains pious pious. On y retrouve notre Jojo sur une plage au Brésil, au volant de super bolides, sur des motos de rêve, sur scène, bien sûr, lors de tournages de films, et aux côtés de stars mondiales., comme Marlène Dietrich. L’élégance et l’originalité de cette exposition font que rien ne tourne autour de sa vie privée, à part quelques clichés jamais vus de son enfance avec son père si souvent absent, de sa mère qui l’avait confié à leur famille. Pas une seule image de ses femmes, de ses mariages, de ses enfants. Seul l’artiste est mis en valeur à travers ses prestations scéniques, ses voyages de rocker, et son parcours de star, avec certains accidents de parcours, notamment en voiture, illustrés aussi ici.

 

La Gillet Vertigo, toute en carbone. 

 

La fameuse moto Harley Davidson, surnommée par Johnny « Laura Eyes », en 1995. 

Ces photographes amis ont pour nom Raymond Depardon, Patrick Demarchalier, PierreFournierBettina Rheims, André Rau, Claude Gassian, Jean Marie Périer et Tony Frank, pour ne citer qu’eux…L’exposition comprend aussi des présentations de costumes de scène de la star, deux de ses Harley Davidson rutilantes, son permis de conduire, plusieurs de ses légendaires guitares ( celles qu’il n’avait pas cassées sur scène ou jetées dans le public!), des disques d’or, des affiches de concert et de ses films.  Bref, un panorama exhaustif  d’une vie aux mille facettes.

 

 

L’exposition  » Johnny » est très riche et émouvante, et une journée « Dédicace stage »  a eu  lieu à la Galerie Joseph le samedi 8 mars avec nombre de personnalités et amis ayant publié des livres sur le chanteur désormais mythique, comme Sam Bernett, Jean Claude Camus, Tony Frank, Gilles Lhote, Jean Basselin, Patrice Gaulupeau.

 

Grégoire Colard

Entrée : 12 euros

 

 

Nichée au coeur de la Butte Montmartre, la Villa Cadet est devenue jusqu’au 29 juillet la « Villa Extraordinaire », offrant ses dix pièces et son jardin-forêt d’un hectare, tout autant extraordinaire, au talent d’artistes contemporains et à la promenade émerveillée de tous.  

 

 

Qui sait que Montmartre, cette ancienne colline pauvre rattachée à Paris en 1860, autrefois lieu d’inspiration de tant de peintres, tels ToulouseLautrec, Suzanne Valadon, Géricault, Corot, Renoir, Degas, Pissaro, Van Gogh, etc…, et aujourd’hui devenu l’un des quartiers le plus recherché et le plus cher de la capitale, recèle précieusement nombre de jardins que des promoteurs immobiliers seraient avides de défricher pour y élever des immeubles de luxe ? Il y existe pourtant rue de l’Abreuvoir, place Dalida, une propriété, la Villa Cadet, qui, pour la première fois cette année, dévoile au public son hectare de forêt dont la canopée aveugle les yeux du voisinage ! Tout cela le temps d’une exposition artistique éphémère organisée par la Cité Internationale des Arts, qui a déjà une assise dans le Marais.

 

 

L’idée de cet évènement est d’inviter des artistes résidents, issus du monde entier, à installer leurs oeuvres soit dans la villa de trois étages, soit dans la verdure extérieure, suivant un patchwork d’inspirations totalement différentes les unes des autres. Du Street Art, des arts plastiques, une chambre de lumières conçue par Eric Michel, des assemblages métalliques, un tracteur tagué, une montgolfière, une jungle de salon ( photo d’ouverture ci-dessus) ) créée par le groupe musical Polo@Pan (produit par Raphaël  Hamburger) et un espace musical dans lequel les chaises ont grimpé aux murs et où des groupes viennent performer le soir. On trouve aussi dans cet espace contemporain nombre d’objets  du quotidien recyclés pour notre regard par le site Leboncoin !

 

 

A l’air libre, des chemins de terre, recelant çà et là des oeuvres diverses, percent la densité des arbres, découvrant des terrasses et des bars éphémères où sont servis de jus de gingembre et autres, des tartes à la cannelle, et où il fait bon s’effondrer dans des hamacs ou se prélasser sur des lits de piscines à baldaquins… Là, l’expression, « prendre du bon temps », est tout à fait appropriée. Pas un bruit, du soleil si on veut, de l’ombre si on préfère, le tout est est un havre de paix dans ce Montmartre envahi de touristes, dans ce Paris toujours pressé.

 

 

Si l’entrée est gratuite, le temps ici prend une valeur inestimable grâce à sa beauté intemporelle et à sa  richesse culturelle. Et à sa petite forêt…

 

 

Grégoire Colard 

 

La Villa Extraordinaire, 15 rue de l’Abreuvoir, Place Dalida, Paris 18eme .Jusqu’au 29 juillet.

Exposition: mardi et mercredi :11 à 22 heures/ jeudi à dimanche: jusqu’à minuit.

Accès jardin: de mardi au vendredi: 11h à 22 h / samedi et dimanche: jusqu’à 23 heures.

La princesse Hermine de Clermont-Tonnerre a toujours été exposée médiatiquement et mondainement   mais, depuis peu, ce sont ses créations artistiques, picturales et plasticiennes, qui prennent la pose devant l’oeil des collectionneurs…

 

  Hermine de Clermont-Tonnerre avec  son oeuvre, « Le bouc » et devant l’une de ses toiles. 

 

Issue de l’une des plus vieilles familles de France, cette princesse au titre pontifical est depuis toujours  l’une des reines de la jet set française et internationale,  au point de créer dans les années 90 une sorte de cercle de jeunes mondains, le « Club du Tonnerre« , qui réunissait des centaines d’aficionados bien nés,  avides d’être systématiquement invités à des soirées chics et chocs grâce à elle, avec toujours des  bénéfices et des dons  reversés à des associations, à des oeuvres humanitaires, sauvant entre autres nombre d’enfants.  Longtemps journaliste pour Gala et Point de vue, elle a aussi enchaîné quelques tournages de films,  été une styliste-égérie de Dior,  participé plusieurs années au fameux Rallye des Princesses, écrit plusieurs livres sur le thème cher à sa rivale amicale Nadine de Rothschild, à savoir  « comment se tenir en société » et  même participé à l’émission populaire « La Ferme Célébrités! ». Frivole, la princesse ? Non, épicurienne. Et joyeuse. Définitivement. Elle pioche le bonheur là où  il est, et surtout, sa passion, c’est de le transmettre, de le partager, avec ses enfants, son entourage, ses amis, mais aussi  tout ceux qui l’approchent, quand elle ne va pas elle-même au devant de ceux qui souffrent. Et c’est avec le public qu’elle veut aujourd’hui dialoguer avec humour et sérieux, à travers ses oeuvres, dont elle vient d’exposer certaines avec succès au dernier salon de l’Art Contemporain, au Carrousel du Louvre.

« Les vanités du 21 ème siècle » 

 

Son inspiration d’artiste aurait pu puiser dans son goût supposé immodéré pour les mondanités, mais, en fait elle se porte sur  le temps qui passe, sur la nature saccagée par l’homme, sur la temporalité des objets et de l’argent, sur la vanité de la société. Son travail  se définit donc comme conceptuel.

 

« La mer est une poubelle » 

 

Ce qui ne change pas, avec cette princesse créatrice, rock’n roll et incroyablement fantasque, c’est sa dérision  ravageuse, même quand il s’agit d’amour !

 

 

Avant sa toute prochaine exposition,  il est facile d’en savoir plus sur ses oeuvres en consultant son site: princessehermine.com. 

 

Grégoire Colard 

 

Exposition « Fin de chantier »: 30 rue des  Mathurins 75008// 6, 7 et 8 juillet 2018

 

 

Lassaàd Metoui est un artiste peintre calligraphiste dont l’art et la manière s’inscrivent aujourd’hui sur les murs du Prado, du British Museum, de Beaubourg et aujourd’hui sur trois étages de l’Institut du Monde Arabe, avec notamment 135 oeuvres, dont certaines monumentales. Une reconnaissance qui invite à faire sa connaissance …

Initié dès sa prime jeunesse passée à Gabès, en Tunisie, à la calligraphie coranique ancestrale, Lassâd Metoui  a découvert en France, durant son adolescence, la peinture occidentale à travers les oeuvres de Picasso, de Matisse, de Delacroix, de Soulages, de Kandinsky et de Paul Klee.  Il y a retrouvé sa propre générosité naturelle et sa recherche de transmission d’un optimisme  universel. L’écrivain algérien Yasmina Khadra souligne son âme:

« Lassaàd est un généreux, un ermite fraternel, un trappeur de lumières, qui puise dans la pénombre de son atelier les prières d’un monde meilleur, c’est à dire un monde de partage et d’éblouissement. Enfant du Sahara, il porte en lui l’empreinte de l’éternité, le sceau de la sagesse et l’éloge de la charité humaine »

 

Lassaàd Metoui dans son atelier, à Nantes.

En tant que peintre, Lassaàd s’est beaucoup imprégné  des formes géométriques à la fois de Picasso mais aussi des anciens grands mathématiciens anciens, avec leurs dessins proches de la calligraphie, issus de leur culture arabe. Il y ajoute souvent des graphismes floraux avec des ronds de couleurs  le tout suggérant une notion poétique de parfums enivrants.

 

 

Travaillant sur du papier japonais et utilisant des encres asiatiques traditionnelles rares, Lassaàd aime aussi intégrer dans ses tableaux des collages ou des dessins aux motifs coraniques  anciens, tels qu’on peut les trouver sur des céramiques ou dans des tissus arabes traditionnels.

« Amour »: calligraphie classique et collage 

 

Lassaàd Metoui, dont l’écrivain David Foenkinos affirme que « son existence entière semble être une conversation entre le céleste et le terrestre« , et dont Jack Lang salue le talent fougueux, a participé aussi à l’illustration d’une quarantaine d’ouvrages, de Kkalil Gibran, Amélie Nothomb, Alain Rey, etc…  Il se livrera le 19 mai prochain, pendant la Nuit des Musées  à une performance publique au sein de l’Institut du Monde Arabe.

Grégoire Colard 

 

Le pinceau ivre: Lassaàd Metoui, jusqu’au 30 septembre 2018

À l’Institut du Monde Arabe

Autrefois usine à deuil, le 104 est devenu un lieu de vie artistique incontournable au nord de Paris…

Quand on pénètre au 104, situé au 5 rue Curial, dans le 19éme arrondissement de Paris, la désorientation s’empare de votre esprit. Est-ce là une ancienne gare, de vieux entrepôts ou abattoirs ? Alors on visite ces  grands bâtiments en pierre de taille, comprenant en leurs seins des halles aux immenses plafonds élevés, des cours intérieures où le soleil s’alanguit, des coursives étroites où vous poursuivez un labyrinthe énigmatique et de larges plates formes où  s’entraînent à leur gré des musiciens, des mimes, des acrobates,  des danseurs de hip hop ou de salsa.

Tout est là, à votre disposition, si vous voulez vous prélasser sur une chaise longue, boire un verre, déjeuner, rêvasser, lire un livre que vous empruntez en l’échangeant contre l’un des vôtres, ou vous poser au coeur d’un groupe d’artistes. L’espace est  pour eux, pour vous, pour tout le monde. Un air de liberté est là, qui vous apaise et vous inspire.

 

L’une des halles 

 

Autrefois, ce lieu qui s’étend sur 220 m de long et 75 de large était depuis 1874 le siège du Service Municipal des Pompes Funèbres de Paris, connu comme une usine à deuil, avec ses convois, ses cercueils, ses chevaux harnachés de plumes noires, ses écussons, ses linceuls, ses cochers à hauts de forme. Depuis 2014, sous la houlette de la Ville de Paris, deux hommes, Robert Cantarella et Frédéric Isbach, ont fait de ce lieu funèbre un espace dédié à l’inspiration, à la performance, à la recherche artistique, quelle que soit sa forme.

 

Frank Herfort : soldats russes et rêve hawaïen. 

 

C’est ainsi que depuis quelques années s’y tient régulièrement,  au milieu de toute cette agitation créatrice,   « Circulations« , un festival de la jeune photographie européenne. La petite circulation, sans ticket d’entrée, vous permet d’évoluer dans les grands espaces afin d’estimer le travail de ces jeunes artistes, et la grande circulation , avec ticket d’entrée, de pénétrer dans les bâtiments où des centaines d’autres oeuvres sont accrochées.

Certaines sont simplement belles, d’autres étonnantes, voire déconcertantes et décalées,  recherchées, élaborées. Les sujets sont extrêmement divers, qu’ils soient politiques, sociaux, floraux, religieux, sexuels ou simplement esthétiques.  Chacun des  photographes exposés a droit à son propre regard sur le monde, sur son pays, sur sa vie,  qu’il soit personnel, familial, esthète, collégial ou citoyen.

 

Crestani Arthur

À chaque visiteur d’arpenter à sa guise, et de prendre son temps,  de s’arrêter, son bonheur étant alors de se figer devant telle ou telle photo, de noter le nom  de son capteur d’image. Et peut-être d’imaginer de saisir lui-même des clichés différents, improbables.

 

Frank Herfort 

 

Grégoire Colard 

 

Au Centquatre jusqu’au 6 mai. Exposition  » Circulations »

Le 104, 5 rue Curial, Paris 19éme.

 

 

Le photographe Tony Frank n’a jamais été un paparazzo voleur d’images. Respecté et aimé des stars depuis les années 70, il était souvent invité par elles à s’immiscer dans leur intimité, comme chez Serge Gainsbourg,  au 5 bis rue de Verneuil. Un grand privilège…

Tony Frank a commencé sa carrière de photographe à 15 ans ( !) avec le magazine de jeunes  Salut les Copains, créé par Daniel Filippachi. Au fil des années, ayant le même âge que les vedettes yéyés de l’époque, il a su créer avec elles une proximité amicale grâce à sa bonhomie et sa jovialité naturelles. Impossible de résister à son sourire et de ne pas lui faire confiance. C’est ainsi qu’Eddy Mitchell, Véronique Sanson, Johnny Hallyday, Michel Berger, France Gall, Alain Souchon, Laurent Voulzy, Nathalie Baye, mais aussi les Who et Bob Dylan, pour ne citer qu’eux, ont toujours apprécié son oeil d’artiste.  C’est lui qui  créa la fameuse affiche  de Michel Polnareff avec ses fesses nues, ou, par exemple, la pochette de Melody Nelson, avec Jane Birkin, illustrant cet album écrit par Serge Gainsbourg.

Tony Frank 

Ah, rue de Verneuil, entre Serge et Tony,  là, c’est l’histoire de toute une vie partagée, avec des fêtes, des bons mots, des repas et des bonnes bouteilles, des séances de travail, et des pauses  dans la quiétude  de cet antre aux murs noirs de la rue de Verneuil,  découvert par l’artiste avec Brigitte Bardot. Un habitat baroque  aux fenêtres toujours fermées, où Maître Serge alignait avec minutie dans un ordre que nulle spontanéité ne devait déranger, pas même celles de  ses enfants, des objets, des bibelots précieux et fétiches des tableaux, des stages, des poupées anciennes collectionnées par Jane.  Sans oublier des médailles, des diplômes,  des décorations, et des trophées qu’il remportait. Sa cuisine était tout aussi ordonnée. « La spécialité de Serge, raconte Tony Frank, était de mitonner des plats marinés et de concocter des cocktails,  comme le Gibson, avec la précision et la dextérité d’un barman professionnel ! ». 

 

Photo Tony Frank 

Tony Frank a eu l’insigne honneur pendant des années de pouvoir prendre des photos de ce décor dont Serge Gainsbourg était si fier et dont il rapporte aujourd’hui les propos rieurs :  » Voilà, c’est chez moi. Je ne sais pas ce que c’est : un sitting room, une salle de musique, un bordel, un musée…Je ne sais pas ce qui est le plus précieux ici. Si ce sont les objets ou moi ! Qui est hors de prix ? Je pense que c’est moi ! « .  

 

Photo Tony Frank 

Le photographe a aussi immortalisé les innombrables graffitis d’admiration qui avaient complètement envahi le mur extérieur comme, déjà, une expression spontanée de street art et qui perdurent encore aujourd’hui, sans cesse recouverts par d’autres. Selon Tony Frank, Serge était ému et amusé de ce lien direct avec ses fans anonymes et repérait immédiatement  les nouveaux messages du jour .  » Ma maison est célèbre!… ».

 

Charlotte et Serge Gainsbourg/Photo Tony Frank

 

Aujourd’hui, la maison, devenue un monument artistique secret de Paris,  que Charlotte Gainsbourg rêve toujours d’en faire un musée, espérant être officiellement aidée pour cela, est restée telle quelle après la mort de Serge, en 1991, offrant pour les seuls murs noirs les trésors de toute une vie. Des trésors que Tony Frank a sublimé par ses clichés, que l’on peut détailler et admirer dans son livre et dans une exposition éclectique à la Galerie de l’Instant qui permet d’être virtuellement invité chez Gainsbourg

 

Grégoire Colard

 

 

 

 

 

 

 

 

Jean-Marie Périer, surtout connu pour avoir été « le » photographe des Yéyés, ne s’est pas arrêté aux années 60 et 70.

Son objectif s’est reflété dans les yeux de Johnny Hallyday, de Michel Berger, de Claude François, de Sylvie Vartan, de Sheila et de tous les rois et reines des hits -parade et notamment dans le regard amoureux de Françoise Hardy, un temps sa compagne. Jean-Marie Périer avait l’art et l’imagination de les shooter dans des cadres idylliques ou improbables, dans des tenues, voire des déguisements, qu’il était le seul à pouvoir leur faire endosser le temps d’un clic-clac merci Kodak.

 

Jean Gaul Gaultier / Photo Jean-Marie Périer 

Aujourd’hui, il expose son travail de capteur d’images prises de la Fashion Galaxy  des années 90, que ce soit auprès de Jean-Paul Gaultier, d‘Azzedine Alaïa, de Viviane Westwood, d’Issey Miyaké, d’ Yves Saint-Laurent, de Karl Lagerfeld, de Thierry Mugler mais aussi de mannequins restés cultissimes tels Carla Bruni, Jerry Hall ou Monica Bellucci.

« Dans les années 60-70, les chanteurs étaient les figures emblématiques d’une nouvelle ère, celle de la libération de la jeunesse, et, ensuite, ce sont les grands couturiers qui ont porté à leur tour la flamme de cette émancipation, de faire exploser avec leurs aiguilles les codes vestimentaires.  Cela m’a follement amusé, par exemple, de mettre Kenzo Tagada sur un éléphant, de monter un studio avec Viviane Westwood habillée en  Marie Antoinette, accompagnée à ma grande surprise d’un garçon entièrement nu ! Pour moi, cette décade a été une parenthèse glorieuse dans nos vies »

 

Viviane Westwood / photo Jean-Marie Périer  

 

C’est à la demande de sa soeur Anne-Marie Périer, alors rédactrice du magazine « Elle », que toutes ces photos de mode ont été alors réalisées et sont aujourd’hui exposées à la galerie Photo 12, magistralement tenue dans le Marais par Valérie-Anne Giscard d’Estaing,  qui nous  confie :

« Je suis heureuse  d’avoir pu mettre en valeur une autre facette de l’art de Jean-Marie Périer, tout aussi  éblouissante que celle que l’on connaît tous de son époque yéyé, mais moins connue.  Avec cette série sur la mode, il laisse une empreinte poétique très significative sur chacun de ses clichés, mêlée à une inspiration très personnelle. Son regard est à la fois artistique et sociétal »

 

Valérie-Anne Giscard d’Estaing / Photo Jean-Marie Périer 

 

Grégoire Colard

Fashion Galaxy, à découvrir en ce moment à la Galerie Photo 12, 14 rue des Jardins Saint Paul, Paris IVé.