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Rien ne va plus au sein de l’église catholique, en France et dans le monde, et le monde de la culture n’hésite plus à révéler ses démons et ses déviances sexuelles. « Grâce à Dieu« , un film français de François Ozon et un livre,  » Sodoma« , de Frédéric Martel interpellent aujourd’hui la conscience du public.

François Ozon porte bien son nom , car dans son nouveau film, il ose dénoncer, à travers une histoire touchante et émouvante,  le sujet tabou de l’homosexualité au sein du clergé. Il illustre par des images fortes les abus sexuels effectués par des prélats sur des mineurs paralysés par la honte, voire la culpabilité et marqués à vie, et dénonce l’aveuglement volontaire des plus hauts dignitaires du clergé. A l’heure où le cardinal Barbarin, qui annonce sa prochaine démissionvient d’être condamné à six mois de prison avec sursis pour non dénonciation d’agressions sexuelles, et où le pape François commence à prendre officiellement position, malgré les fortes réticences de son entourage ecclésiastique, ce film participe à la prise de conscience de chacun de nous. « Grâce à Dieu » est un film courageux, qui a failli être interdit et que Tapageculture recommande à chacun, quelque soit son obédience spirituelle.

Au même temps, l’actualité nous propose aujourd’hui  « Sodoma« , un livre, incroyable brûlot, écrit par le journaliste Frédéric Martel, publié simultanément en huit langues dans une vingtaine de pays. Après une enquête de terrain qui a duré plus de quatre années, aidé par 80 enquêteurs, l’auteur a auditionné en tête à tête plus de 1500 personnes au Vatican et dans trente pays, dont 41 cardinaux, 52 évêques et des centaines de prêtres. Ce qu’ils ont révélé aurait été indicible il y a encore quelles années, alors que la démission de Benoît XVI et la volonté de réforme du pape François contribuent enfin à libérer la parole. Ce qu’on découvre dans Sodoma, avec ses cinquante nuances de gay, dépasse l’entendement, laisse le lecteur pantois, mais contribue à un fantastique espoir : que nos fils, nos frères, nos cousins, soient enfin protégés !!!!

Grégoire Colard 

« Grâce à Dieu » , de François Ozon, avec Melvil Poupaud et Denis Menochet et Swann Arlaud.

« Sodoma« , de Frédéric Martel, Editions Robert Laffont, 630 pages, 23 euros.

 

 

Jane Birkin est une actrice et une chanteuse populaire, applaudie, vénérée, adulée. Et pourtant, on sait peu de choses sur elle. Elle a toujours préservé sa vie privée et, dans le premier tome de ses mémoires, « Munkey Diaries », qui vient de paraître, elle se met à nu beaucoup plus intensément qu’elle ne l’a fait sur grand écran ou dans les textes de ses chansons.

 

Une autobiographie, c’est souvent un peu romancé, édulcoré. Il est difficile de tout mettre sur papier de ses failles, de ses faiblesses, de ses ratés. On préfère célébrer ses propres qualités et ses plus grandes réussites. Jane Birkin, qui a toute sa vie tenu la nuit un journal intime, livre aujourd’hui, non sans audace, une sorte de bilan détaillé de son parcours de jeune fille, de femme et de mère de famille. Avec ses doutes, ses maladresses, ses bonheurs aussi, bien sûr, mais le tout avec cette impression continuelle de ne pas être à la hauteur. Pas professionnellement, avec plus de 90 films tournés en cinquante ans de carrière, et une vingtaine d’albums, même si son succès populaire ne laisse pas aujourd’hui encore de l’étonner, mais personnellement.

 

Jane Birkin et John Barry 

Dans ce premier tome, après avoir relaté sa merveilleuse enfance dans son Angleterre natale, elle revient notamment sur son premier mariage, à moins de 20 ans, avec le déjà célébrissime compositeur de films John Barry. Elle est alors encore innocente, follement amoureuse, et sent vite coupable, terriblement coupable, que son mari n’honore son corps que très rarement. Elle pleure. Elle tombe quand même enceinte, met au monde Kate, mais son mariage n’a d’autre solution qu’elle ne le dissolve au bout de deux ans. Jane, le bébé sous le bras, déprimée, alors que pourtant devenue célèbre Outre Manche après sa participation au film d’Antonioni, « Blow Up« , primé Palme d’Or à Cannes, se réfugie en France d’où des propositions de travail lui sont parvenues.

 

Jane Birkin et Serge Gainsbourg.

A Paris, un casting, notamment, l’attend, pour un film,  » Slogan« , où elle doit donner la réplique en français, qu’elle ne parle pas, à un acteur qu’elle ne connaît pas, un certain Serge Gainsbourg , qui se montre particulièrement désagréable avec elle. Elle perd ses moyens, bredouille, éclate en sanglots, mais est finalement engagée! Horripilé, Gainsbourg lui tourne le dos! On connaît la suite, mais ce que Jane Birkin livre aujourd’hui, c’est donc le quotidien de cette une union folle et passionnée qui a duré douze ans. Et on comprend qu’au fil du temps, la jeune femme, au départ soumise, dépendante, parfois maltraitée, au point de tenter de se jeter un soir dans la Seine, a su peu à peu prendre le pouvoir sur cet homme particulier, génial certes, mais compliqué, presque invivable, en l’aidant à dominer au mieux ses démons, à croire en lui-même et à accomplir son oeuvre géniale. Elle lui donne une fille, Charlotte, qui le fait fondre d’amour et devient l’intendante de sa vie, le débarrassant de toutes les contingences quotidiennes, et quand elle l’a finalement quitté  pour un autre homme, le réalisateur  de films, Jacques Doillon, qui a dû patienter de longs mois, cela a été pour finir sa mue, sortir de sa propre chrysalide et devenir enfin une femme à part entière. Seule responsable de sa propre vie. Tout en restant l’amie et la confidente de Serge, qu’elle a continué à défendre de lui-même.

 

Jane Birkin et Jacques Doillon 

Dans « Munkey Diaries« , Jane est terriblement émouvante et passionnante. On connaissait très bien l’artiste, pas la femme, et pas ses désirs les plus tendres. Elle glisse entre les pages quelques poèmes personnels et beaucoup de dessins faits au crayon de sa vie familiale. Si la vie et les hommes ne l’ont pas toujours ménagée, elle ne paraît plus leur en vouloir. Sauf, et c’est une révélation, vis à vis de Claude François, qui l’aurait plus qu’atteinte et rabaissée en lui faisant une proposition indigne, ce qu’elle précise avec la seule rage présente dans cet ouvrage que TapageCulture recommande vivement. En attendant le second tome, à paraître en 2019.

 

 

Grégoire Colard 

 

 

Jane Birkin/ Munkey Diaries/ Editions Fayard/ 351 pages/ 22, 50 euros.

 

 

 

 

 

Dans son livre « Tu t’appelais Maria Schneider« , sa cousine germaine, Vanessa Schneider, offre un regard affectueux mais sans retouche sur la vie tumultueuse et explosive de celle qu’elle considérait comme sa soeur, jamais remise de son viol par Marlon Brando dans le film mythique « Le dernier tango à Paris ».

 

 

Le « Dernier tango à Paris », tourné par le cinéaste Bernardo Bertolucci, avec Marlon Brando, 47 ans, et Maria Schneider, 19 ans, est sorti en France en décembre 1972 et ensuite pratiquement dans le monde entier, sauf là où il a été interdit, déchaînant tous les désirs et tous les scandales. Un déchaînement  qui aurait dû porter aux nues la toute jeune actrice qui n’avait jusque là interprété grâce à Alain Delon qu’un tout petit rôle dans « Madly« . Elle a certes été consacrée star du jour au lendemain, mais surtout elle est devenue celle que les gens insultaient dans la rue, lui crachaient au visage, et même la giflaient quand ils le pouvaient, sans oublier, en ville, les rires stridents quand, à table, un convive demandait narquoisement à sa voisine « Passe moi le beurre« !  Et jusque dans les écoles où les garçons lançaient cette phrase aux petites filles ! Une horreur qui la marquera et lui fera perdre ses repères pour toujours. Pourquoi tant de déchaînements?  A cause de cette fameuse scène où Marlon Brando l’écrase par terre et la viole, s’aidant effectivement d’une motte de beurre.

 

 

Et pourtant, ce viol n’a jamais existé en vrai, seulement simulé pour les caméras, mais il en a été un quand même, dans la mesure où cette scène n’existait pas dans le scénario qu’avait lu Maria Schneider, mais que les deux hommes, Bernardo Bertolluci et Marlon Brando, se concertant secrètement, avaient prévu de lui imposer sans qu’elle puisse la refuser, et lui affirmant faussement ensuite que les images en seraient détruites. Ne les croyant plus, folle de rage, humiliée, Maria avait alors tout cassé sur le plateau. Elle ne leur a jamais pardonné et n’a plus jamais fait confiance ensuite à même de très grands réalisateurs, qui l’ont engagée, le plus souvent pour des rôles dénudés, forcément, comme Vadim, Antonioni, René Clément, Jacques Rivette, Comencini, Enki Bilal, Zefirelli , Bertrand Blier et d’autres, ni à aucun homme. Ni en personne. Jusqu’à la fin de sa vie, en 2011, à l’âge de 59 ans, Maria a dû porter cette image sexuelle comme un tatouage, au point d’errer dans les méandres de la drogue et de l’alcool, dénigrant cette gloire internationale que « Le dernier tango à Paris « , devenu cultissimene cessait de coller à sa peau à travers les décennies. A son décès, une autre star autrefois sulfureuse, Brigitte Bardot, qui l’avait hébergée chez elle avec une certaine compréhension après son burn out à la sortie du « …Tango« , a écrit un message qu’Alain Delon a lu sur la tombe, et Bernardo Bertolucci a fait part publiquement de ses excuses. Enfin! Mais trop tard…

 

Vanessa Schneider a posé une plume affectueuse sur la mémoire de sa cousine dans un livre qui décrit enfin la vraie Maria Schneider, star mondiale du sexe malgré elle, éternellement à la recherche de l’affirmation de son vrai Moi.

 

Grégoire Colard 

 

Vanessa Schneider: Tu t’appelais Maria Schneider 

Editions Grasset/ 250 pages/ 19 euros