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Le photographe Tony Frank n’a jamais été un paparazzo voleur d’images. Respecté et aimé des stars depuis les années 70, il était souvent invité par elles à s’immiscer dans leur intimité, comme chez Serge Gainsbourg,  au 5 bis rue de Verneuil. Un grand privilège…

 

Tony Frank a commencé sa carrière de photographe à 15 ans ( !) avec le magazine de jeunes  Salut les Copains, créé par Daniel Filippachi. Au fil des années, ayant le même âge que les vedettes yéyés de l’époque, il a su créer avec elles une proximité amicale grâce à sa bonhomie et sa jovialité naturelles. Impossible de résister à son sourire et de ne pas lui faire confiance. C’est ainsi qu’Eddy Mitchell, Véronique Sanson, Johnny Hallyday, Michel Berger, France Gall, Alain Souchon, Laurent Voulzy, Nathalie Baye, mais aussi les Who et Bob Dylan, pour ne citer qu’eux, ont toujours apprécié son oeil d’artiste.  C’est lui qui  créa la fameuse affiche  de Michel Polnareff avec ses fesses nues, ou, par exemple, la pochette de Melody Nelson, avec Jane Birkin, illustrant cet album écrit par Serge Gainsbourg.

Tony Frank 

Ah, rue de Verneuil, entre Serge et Tony,  là, c’est l’histoire de toute une vie partagée, avec des fêtes, des bons mots, des repas et des bonnes bouteilles, des séances de travail, et des pauses  dans la quiétude  de cet antre aux murs noirs de la rue de Verneuil,  découvert par l’artiste avec Brigitte Bardot. Un habitat baroque  aux fenêtres toujours fermées, où Maître Serge alignait avec minutie dans un ordre que nulle spontanéité ne devait déranger, pas même celles de  ses enfants, des objets, des bibelots précieux et fétiches des tableaux, des stages, des poupées anciennes collectionnées par Jane.  Sans oublier des médailles, des diplômes,  des décorations, et des trophées qu’il remportait. Sa cuisine était tout aussi ordonnée. « La spécialité de Serge, raconte Tony Frank, était de mitonner des plats marinés et de concocter des cocktails,  comme le Gibson, avec la précision et la dextérité d’un barman professionnel ! ». 

 

Photo Tony Frank 

Tony Frank a eu l’insigne honneur pendant des années de pouvoir prendre des photos de ce décor dont Serge Gainsbourg était si fier et dont il rapporte aujourd’hui les propos rieurs :  » Voilà, c’est chez moi. Je ne sais pas ce que c’est : un sitting room, une salle de musique, un bordel, un musée…Je ne sais pas ce qui est le plus précieux ici. Si ce sont les objets ou moi ! Qui est hors de prix ? Je pense que c’est moi ! « .  

 

Photo Tony Frank 

Le photographe a aussi immortalisé les innombrables graffitis d’admiration qui avaient complètement envahi le mur extérieur comme, déjà, une expression spontanée de street art et qui perdurent encore aujourd’hui, sans cesse recouverts par d’autres. Selon Tony Frank, Serge était ému et amusé de ce lien direct avec ses fans anonymes et repérait immédiatement  les nouveaux messages du jour .  » Ma maison est célèbre!… ».

 

Charlotte et Serge Gainsbourg/Photo Tony Frank

 

Aujourd’hui, la maison, devenue un monument artistique secret de Paris,  que Charlotte Gainsbourg rêve toujours d’en faire un musée, espérant être officiellement aidée pour cela, est restée telle quelle après la mort de Serge, en 1991, offrant pour les seuls murs noirs les trésors de toute une vie. Des trésors que Tony Frank a sublimé par ses clichés, que l’on peut détailler et admirer dans son livre et dans une exposition éclectique à la Galerie de l’Instant qui permet d’être virtuellement invité chez Gainsbourg

 

Grégoire Colard

 

 

 

 

 

 

 

 

Jean-Marie Périer, surtout connu pour avoir été « le » photographe des Yéyés, ne s’est pas arrêté aux années 60 et 70.

Son objectif s’est reflété dans les yeux de Johnny Hallyday, de Michel Berger, de Claude François, de Sylvie Vartan, de Sheila et de tous les rois et reines des hits -parade et notamment dans le regard amoureux de Françoise Hardy, un temps sa compagne. Jean-Marie Périer avait l’art et l’imagination de les shooter dans des cadres idylliques ou improbables, dans des tenues, voire des déguisements, qu’il était le seul à pouvoir leur faire endosser le temps d’un clic-clac merci Kodak.

 

Jean Gaul Gaultier / Photo Jean-Marie Périer 

Aujourd’hui, il expose son travail de capteur d’images prises de la Fashion Galaxy  des années 90, que ce soit auprès de Jean-Paul Gaultier, d‘Azzedine Alaïa, de Viviane Westwood, d’Issey Miyaké, d’ Yves Saint-Laurent, de Karl Lagerfeld, de Thierry Mugler mais aussi de mannequins restés cultissimes tels Carla Bruni, Jerry Hall ou Monica Bellucci.

« Dans les années 60-70, les chanteurs étaient les figures emblématiques d’une nouvelle ère, celle de la libération de la jeunesse, et, ensuite, ce sont les grands couturiers qui ont porté à leur tour la flamme de cette émancipation, de faire exploser avec leurs aiguilles les codes vestimentaires.  Cela m’a follement amusé, par exemple, de mettre Kenzo Tagada sur un éléphant, de monter un studio avec Viviane Westwood habillée en  Marie Antoinette, accompagnée à ma grande surprise d’un garçon entièrement nu ! Pour moi, cette décade a été une parenthèse glorieuse dans nos vies »

 

Viviane Westwood / photo Jean-Marie Périer  

 

C’est à la demande de sa soeur Anne-Marie Périer, alors rédactrice du magazine « Elle », que toutes ces photos de mode ont été alors réalisées et sont aujourd’hui exposées à la galerie Photo 12, magistralement tenue dans le Marais par Valérie-Anne Giscard d’Estaing,  qui nous  confie :

« Je suis heureuse  d’avoir pu mettre en valeur une autre facette de l’art de Jean-Marie Périer, tout aussi  éblouissante que celle que l’on connaît tous de son époque yéyé, mais moins connue.  Avec cette série sur la mode, il laisse une empreinte poétique très significative sur chacun de ses clichés, mêlée à une inspiration très personnelle. Son regard est à la fois artistique et sociétal »

 

Valérie-Anne Giscard d’Estaing / Photo Jean-Marie Périer 

 

Grégoire Colard

Fashion Galaxy, à découvrir en ce moment à la Galerie Photo 12, 14 rue des Jardins Saint Paul, Paris IVé.

Incisif et poétique, rock et littéraire, avec Sourire Carnivore, son tout premier album, Louis Arlette affirme d’entrée sa belle singularité.

C’est étonnant comme des premières chansons savent parfois éviter la maladresse un peu gauche des premiers pas. Comme si l’artiste, encore à l’aube de sa carrière et tout à l’ébauche de son oeuvre, avait commencé par prendre le temps. D’essayer, de s’égarer, d’explorer, d’aimer, de vivre. C’est ce qu’a dû faire Louis Arlette, qui, presque sans prévenir, vient de débouler sur nos chemins un brin trop tranquilles, bousculant sans violence mais avec élégance les lignes devenues convenues de la pop et du rock. Oui, c’est ce qu’il a dû faire, Louis. Prendre le temps d’être lui. Et puis un jour, le moment est venu, c’est d’ailleurs sur cette chanson comme un clin d’oeil, que s’ouvre son bel opus, et il est bien venu.

Sourire Carnivore, douze titres pour lever l’ancre et rêver ou danser jusqu’à l’ivresse. Pour aller se percher plus haut et y rester ou pour se sentir simplement vivant et vibrant. Douze chansons, autant de voyages, douces et symphoniques comme la pop, brûlantes et électriques comme le rock. Et la voix de Louis et les mots d’Arlette pour aimer que dure la parenthèse. En français dans le texte et sur les rivages de la poésie.

 

©Jean-Marie Marion

La poésie, c’est une autre forme de langage. Plus poussée. C’est pour ça qu’elle me fascine. On peut jouer avec les double sens, avec les émotions, avec les histoires… la langue française est d’ailleurs un outil incroyable !! Je ne comprends pas le complexe dont on souffre aujourd’hui encore. Je ne comprends pas que des groupes se mettent à chanter en anglais. Je perçois ça comme une barrière. Et je suis très heureux  quand je vois des artistes français qui s’assument et n’ont pas peur de la modernité ni d’utiliser leur langue maternelle.

La modernité, Louis Arlette s’est donné les moyens de l’apprivoiser. Déjà riche de ses années de conservatoire, où il apprit à jouer du violon et du piano, l’oreille affutée notamment à l’écoute de Kraftwerk, il s’est aussi formé au métier d’ingénieur du son. Ce qui l’a conduit à travailler avec deux fameux Versaillais, Jean-Benoît Dunckel et Nicolas Godin du groupe Air.

Les machines, j’y suis venu un petit peu plus tard. Elle ne sont pas enseignées. C’est encore une école autodidacte, c’est ce qui est intéressant. On crée sa propre personnalité avec les machines. C’est un moyen d’étendre son corps… ça ne dépend que de nous, de ce qu’ont veut améliorer. Le studio permet ça, ces possibilités infinies. C’est un peu comme le travail d’un peintre, en fait. On cherche ses couleurs, on affine ses goûts. On glane au fil des années… et on développe son styleL’acte de composer, de créer, c’est une recherche d’équilibre et c’est un travail qui n’est jamais terminé.

Une quête qu’il a pris le temps de mener à son rythme, dans le clair obscur des studios.  Presque deux ans pour livrer ce très abouti Sourire Carnivore.

J’aime les contrastes. Si jamais je devais choisir un peintre par exemple, je prendrais Le Caravage… la pleine lumière, c’est quelque chose d’écrasant, ça me rappelle ces salles de classe où j’étais baigné dans les néons à sept heures du matin, où on était tous les mêmes… non, j’aime beaucoup l’ombre, elle permet de se cacher.  Et je pense que la musique aussi doit être faite de contrastesDans cet univers que j’adore, celui, étanche, du studio, qu’on pourrait comparer à un sous-marin, on accumule une forme de tension. Et cette tension, il faut qu’elle explose à un moment et là, c’est justement le passage à la scène…  absolument nécessaire. Je me sens alors électrisé, grisé… ça peut être une vraie torture mais me retrouver en concert et sentir une vraie connexion, une vraie énergie avec le public, c’est la plus belle choses qui me soit arrivée !

Dans ses textes, Louis Arlette questionne le siècle qu’est le nôtre. Encore jeune et incertain, nourri comme nous d’élans contraires et d’absurdités. Il voudrait que ses chansons fassent danser autant que réfléchir, qu’elles soient utiles en somme. Elles sont déjà uniques et belles. Inclassables. Comme lui. Ce qui ne manquera pas de troubler les colleurs d’étiquettes mais ce n’est pas pour lui déplaire. Ça tombe bien, ça nous plaît aussi beaucoup.

O.D

Sourire Carnivore, le premier album de Louis Arlette dans les bacs et sur toutes les bonnes plateformes depuis le 9 février.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

COMIQUE , IMITATEUR , CHANTEUR, L’ARTISTE ICONOCLASTE ET POPULAIRE GÉRALD DAHAN  A LE NEZ FIN  ( MAIS ROUGE) POUR METTRE EN VALEUR LE TALENT DES AUTRES SUR SON BATEAU THEÂTRE LE NEZ ROUGE , UN NOUVEAU LIEU INCONTOURNABLE DE LA SCÈNE PARISIENNE.

 

Depuis vingt ans, Gérald Dahan, né à Cognac, a beaucoup navigué dans les eaux tumultueuses du show-business, s’amarrant  tout d’abord aux Mini Keums, jetant l’ancre ensuite aux côtés de du capitaine  Laurent Ruquier dans Rien à cirer, sur France Inter,  de rejoindre enfin le commandant Michel Drücker dans l’émission Vivement Dimanche, en tant que chroniqueur et imitateur acerbe,  et de mener son propre équipage  de drôles de flibustiers au Festival d’Avignon,  en 2009, avec la Bande à Dahan, pour Radio Star.  A part quelques débarquements forcés de quelques médias  pour avoir outrepassé le cap de la bienséance, il a gagné ses galons  de popularité avec notamment ses 500 canulars outrecuidants dont  certains devenus mémorables,  n’hésitant pas à se faire passer au téléphone pour Jacques Chirac, ou encore Jean-Pierre Raffarin, alors premier ministre, et piégeant Nicolas Sarkozy qui avait juré par Neptune qu’il ne se ferait jamais avoir. Touché, coulé!

Gérald Dahan aime innover, inventer, déranger, souvent dans l’insolence, jamais dans l’indécence. C’est sa marque de fabrique. Et son rêve de toujours a été de vivre sur un bateau. Il s’est d’ailleurs marié voici deux ans sur une  péniche et il en a découvert ensuite une autre, mise en vente par le comédien Michel Galabru, conçue autrefois comme le premier bateau-théâtre navigant parisien, avec un bandeau écarlate peint sur l’étrave, comme un nez rouge. Quelques travaux de rénovation plus tard, une nouvelle salle de spectacles parisienne d’une centaine de places archi confortables était née !

 

Quelques jeunes artistes autour de Gérald Dahan dont le groupe Lucas Gang et David Bacci 

 

Gérald Dahan a décidé d’en faire un lieu laboratoire, parrainé par le mime Julien Cottereau et la comédienne Firmine Richard, permettant à de jeunes talents de venir faire leurs armes devant un public de 100 personnes, que ce soient des humoristes, des chanteurs, des musiciens,  sans distinguo de genre particulier.  » J’ai eu la chance qu’on me fasse confiance alors que j’étais débutant, et je n’ai jamais oublié cela. Je vais à beaucoup de spectacles, je m’informe sur Internet,  j’écoute des CDs, je visionne des vidéos, et quand je repère  une perle rare, je lui propose de se produire au Nez Rouge, non seulement une fois, mais éventuellement régulièrement, en suivant l’évolution de son travail. Et il peut m’arriver de devenir le producteur de l’une de ces jeunes pousses, comme je l’ai fait pour Max Bird, aujourd’hui devenu très populaire, et actuellement pour un groupe détonant,  Lucas Gang. J’ai découvert une chanteuse  québécoise, Madmoiselle, venue pour un soir, que j’ai  immédiatement réinvitée et je suis régulièrement les performances du chanteur David Bacci. Mickael Jones, Jean-Félix Lalanne, Charlotte Valandrey, Fabienne Thibeault, Slimane et l’incroyable Victoria Petrosillo, des 3 Mousquetaires et du Roi Soleil,  

 

Victoria Petrosillo

 

sont venus enchanter le plateau,  comme Renaud Hantson, avec son « Hommage à Michel Berger », un spectacle devenu au fil des mois une institution maison. Pierre Santini va venir bientôt chanter du Paolo Conté, ainsi que Marcel Amont, prévu pour quatre soirs !  Original, non? Et je suis à la trace certaines  carrières, comme celles d’Elodie Poux, Hélène Arden , Mémé Casse Bonbons. Je ne peux pas citer tout le monde, mais le Nez Rouge est devenu une pépinière artistique familiale ! » 

 

Gérald Dahan et Renaud Hantson 

 

C’est  en effet en famille que Gérald Dahan  mène sa barque, ou plutôt sa péniche, avec sa femme Claire et sa maman Michèle, proposant aussi les après midi de vacances scolaires des spectacles pour enfants. Il se produit aussi régulièrement au Nez Rouge entre deux spectacles personnels en province avec ses imitations, ses sketches désopilants, seul ou accompagné de la délicieuse humoriste et imitatrice Sandrine Alexi. Tout ce qu’on peut souhaiter à Gérald Dahan, c’est d’être un capitaine au long cours !

 

Grégoire Colard 

 

Le Nez Rouge, 13 quai de l’Oise,  Paris 19eme

 

L’histoire de Marc Fichel est celle d’un garçon singulier aux talents pluriels, qui partage sa vie entre la pomme de terre et la belle chanson.

On l’avait croisé il y a quelques saisons. Sur d’autres ondes, sous d’autres cieux. C’est l’amie Dominique Cantien, légendaire productrice de télévision et grande dénicheuse de talents, qui nous avait soufflé son nom à l’oreille. On avait partagé son enthousiasme pour ce garçon chanteur portant le chapeau comme personne, à la simplicité presque anachronique en ces temps d’égos tapageurs et hypertrophiés. Marc Fichel nous racontait sa vie aux halles de Rungis, dont il brossait le portrait tendre et poétique, humain et fraternel.

 

Tout à la fois vendeur professionnel de pommes de terre et artisan de la chanson, il menait déjà deux vies et se distinguait des galériens habituels de la ritournelle. Chez lui, pas de poses convenues ni de colères creuses mais une douceur sans mièvrerie et l’élégance courtoise de ceux qui avancent paisibles, sûrs de leurs chemins. Le temps d’un mini concert, qui avait achevé de nous convaincre, on s’était vaguement donné rendez-vous. On n’aura finalement pas su attendre dix ans avant de se retrouver. Tant mieux. Ce jour là, Paris broyait du gris et du froid. Marc Fichel nous attendait, solaire comme un printemps précoce. L’occasion ou plutôt la chance de reprendre le fil de l’échange.

J’ai toujours fait de la chanson. Petit, avec mon père, on jouait du piano à quatre mains, voire à six avec mon frère. Tous les week-ends, on faisait des boeufs… mais jamais, je n’aurais pensé en faire un métier comme je le fais aujourd’hui. Parce qu’aujourd’hui, je considère que c’est mon second métier donc j’ai deux métiers dans la vie ! Et j’espère en n’avoir bientôt plus qu’un seul. J’ai vraiment compris que je ne voulais faire que ça. C’est mon oxygène. Faire de la musique pour plus que ma famille et moi-même, c’est juste magique ! Le problème, c’est que c’est de l’adrénaline… quand on commence, on ne peut plus arrêter. On est obligé de remonter sur scène !!

C’est donc ce qu’il a fait. Assurant, redoutable privilège, les premières parties de Renaud ou d’I Muvrini. Ou plus original encore, en donnant un concert sur ses propres terres, au carreau des halles de Rungis. Un moment incroyable dont sa manageuse, la très efficace Maguy Trojman-Perez, a eu l’idée un peu folle et tout à fait géniale.

©Jean-Marie Marion

Dans ses chansons, Marc Fichel raconte ce qu’il voit, ce qu’il entend. Simplement. Chroniqueur amusé parfois, curieux souvent et toujours sensible de l’ordinaire, il part des images que lui renvoie le théâtre de la vie. Il s’inscrit ainsi dans la belle tradition des auteurs pour qui une chanson est d’abord une histoire. Un plan séquence cinématographique de trois minutes, avec son décor, son ambiance, son intrigue et ses personnages. Viennent ensuite les mélodies qu’il compose sur son piano. Sans jamais les écrire. La musique est chez lui intuitive. D’autres se chargent d’en tracer les partitions.

Lucide sur les contours abrupts et tellement incertains du métier de chanteur, Quand on est en haut, la seule peur c’est de descendre. Quand on est en bas, c’est de ne jamais arriver en haut, il est tout aussi conscient des fragilités qui font de lui l’homme qu’il est devenu. Quand on est artiste, on est angoissé en permanence… étant juif ashkénaze, je suis un double angoissé ! (rires) On dit que c’est souvent la troisième génération qui porte sur ses épaules le poids de la Shoah… c’est pas faux, c’est même très vrai. Je suis même plus angoissé que mes parents. C’est pour ça aussi que je fais beaucoup de choses… Et une anecdote, je me suis rendu récemment en Allemagne pour le plus gros salon au monde des fruits et légumes. Va savoir pourquoi, j’achète à l’aéroport le dernier prix Renaudot, la Disparition de Josef Mengele d’Olivier Guez. Et je réalise d’un seul coup, voilà, tu es dans l’avion pour Berlin et tu lis la disparition du docteur Mengele  (rires) j’ai rigolé tout seul !!… Mais de toute façon, l’artiste très heureux qui compose, j’y crois pas. C’est quand on est torturé qu’on est au top !

Marc Fichel a ainsi la légèreté apparente des hommes complexes et profonds. Ses chansons d’un classicisme de belle facture ne sont pas forcément dans les airs du temps, elle font pourtant de lui un artiste indémodable. L’équipe artistique qui s’est réunie autour du dernier opus de Véronique Sanson vient d’ailleurs d’avoir le gros coup de coeur et lui a proposé de se pencher sur son prochain album. Mais chut, c’est tout frais, encore un peu tôt.

On en déduit seulement qu’on le reverra un jour au l’autre.

Bientôt. Sûrement. Vivement !

O.D

Les chansons de Marc Fichel, vous les découvrez ICI

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Enfin un peu de jeunesse sur France 2 !  L’animatrice Daphné Bürki a fait le buzz en présentant les Victoires de la Musique, une émission habituellement ennuyeuse à mourir,  devenue grâce à elle un moment totalement ludique, potache, insolent et déjanté, sur un faux-semblant de n’importe quoi……

 

 

REUTERS/Christian Hartmann

 

A 38 ans, Daphné Bürki pourrait être sage, posée, ne serait ce que pour donner l’exemple à ses deux petites filles.  D’autant plus qu’à la télévision, elle aligne déjà un beau palmarès en tant qu’animatrice et que sa verve naturelle et sa nature espiègle devraient avoir été limées par la lourdeur de nos chaînes institutionnelles. De nombreuses années passées sur Canal Plus lui ont en fait permis d’exercer sa liberté de parole naturelle, notamment dans le Grand Journal ( où elle n’a hésité à dévoiler un de ses seins à un Manuel Valls ébaubi)   mais aussi dans l’émission Les Maternelles et C à vous sur France 5. Actuellement, depuis août 2017, elle enflamme l’Audimat de  France 2 en menant d’une main de maîtresse l’émission « Je t’aime » chaque après midi sur France 2, à 15 heures, un horaire normalement désertique !  Et soudain, le temps d’une soirée exceptionnelle, la voici bombardée, par Delphine Ernotte, seule aux commandes de la présentation des Victoires de la Musique. Cela aurait pu être la fin de tout pour elle, mais sa prestation a été une telle réussite que sa carrière devrait exploser.

 

Sting, parrain de la soirée, et Daphné Bürki

        C’est d’une voix enjouée, avec un ton toujours empreint d’une ironie redoutable que Daphné a fait allègrement défiler tour à tous les artistes récipiendaires de ces Victoires tant désirées, jamais à court d’un bon mot, parfois même d’un gros mot, n’hésitant pas à se jeter de la scène sur les bras levés du public, telle une slammeuse déchaînée ou un Claude François débraillé. Ce n’est pas Michel Drucker qui aurait fait cela! (Michel, si tu m’entends!). Et, que ce soit avec Sting, Orelsan, Mc Solaar, Big Flo et Oli, Charlotte Gainsbourg, Gaêl Faye, Camille, etc.., elle s’est montrée totalement en phase avec eux, n’hésitant pas à improviser quand une panne technique trouble la fête durant de longues minutes et qu’elle prend sur elle d’aller chercher des sandwiches en coulisses pour les distribuer à des spectateurs pas du tout affamés, mais éberlués.

 

Orelsan et Daphné Bürki, en pyjama.

        Daphné Bürki, qui a commencé sa carrière télévisuelle en présentant les tendances de la mode et qui a une taille mannequin (1m82 ), a aussi joué de son physique avec des tenues des plus chics aux plus déconcertantes (un pyjama),  affichant une féminité épanouie qui n’a pas dépareillé aux côtés de  celle d’Iris Mittenaere,  Miss France 2016 et Miss Univers 2017. Bref, Daphné Bürki,  née sur la pelouse d’un hôpital parisien, est désormais promise à un champ de gloire médiatique. Peut être même au cinéma, qui  a déjà fait appel à elle…

 

 Iris Mittenaere et Daphné Bürki.

 

Grégoire Colard 

 

 

Dans son livre « Mes étoiles 1980 » (Editions Pygmalion), Olivier Kaefer,  que  Patrick Timsit incarne brillamment dans les films Stars 80 1 et 2, est le créateur fondateur de la fameuse tournée de nos idoles d’antan et mitonne pour nos papilles avides moult croustillants et succulents secrets comme on les aime ! Des moments heureux, des joies scéniques, mais aussi de la jalousie entre artistes,  des caprices  hallucinants, des coups de théâtre …

 

A dix ans, Olivier Kaefer, qui a grandi en se dandinant devant l’écran de la télévision familiale, fasciné par les shows des Carpentier, où apparaissaient toutes les stars de l’époque,  comme Johnny Hallyday, Sheila, Claude François, Nana Mouskouri, Joe Dassin, mais aussi par les émissions de variétés de Guy Lux, a eu son heure de gloire dans les fêtes familiales en entonnant, déguisé, la « Bonne du curé », d’Annie Cordy.  Devenir chanteur ? Non, il ne l’a jamais désiré. Mais les approcher, les connaître, leur parler, faire partie de leur monde, oui! Peu importe les études, qu’il considère comme une perte de temps alors qu’il pourrait écouter l’émission d’Europe 1  « Salut les copains » ! Encore adolescent, il commence à faire de la radio libre dans sa ville natale de Blois, où tout de suite , on lui confie des interviews de chanteurs. Très vite , il monte à Paris, travaille au sein de Radio Solidarité, qui soutient Jacques Chirac, quand on lui propose de s’occuper des intérêts artistiques de Lova Moor, issue du Crazy Horse Saloon, et d’Eric Morena ( « Oh mon bateau »), issu de la prêtrise ! S’ensuivent d’autres vedettes  de l’époque comme Patrick Juvet, particulièrement  capricieux, et Amanda Lear, particulièrement….star, avec des prétentions abracadabrantes. Il s’en souvient avec humour. Olivier Kaefer est un gentil, qui aime les artistes. A la folie.

 

Amanda Lear

 

Un jour, il  a l’idée, avec avec un ami, Hughes Gentelet, de monter une tournée de chanteurs français et internationaux  sur le déclin après avoir connu une gloire certaine. Il crée une maison de production, démarche tous les appuis possibles, qu’ils soient financiers ou médiatiques. Personne n’y croit. « J’étais le ringard qui voulait faire chanter des has been ! ». Il loue le Zénith de Paris, s’endette de 120.000 euros,  et c’est un triomphe. Il s’agit alors de la « RFM Party », qui deviendra plus tard « Stars 80« . Un succès qui perdurera jusqu’à aujourd’hui, même si Olivier est maintenant personnellement passé à autre chose, produisant notamment les New Poppys et une pièce de théâtre à succès, « Bouquet final« , à la Comédie Caumartin.

 

Lio

 

Mais les souvenirs restent, très vifs, sur toutes ces années, avec tant d’anecdotes sur Lio, au caractère dévastateur, Plastic Bertrand ( vrai chanteur ou pas ? ), Jean Schultheis  à l’humour ravageur, Jean Luc Lahaye, systématiquement en retard,  Désireless marmonnant en coulisses des onomatopées incompréhensibles, cherchant chaque soir ses chaussures que le reste de la troupe lui a cachées pendant qu’elle chante pieds nus sur scène. Au fil des pages, on retrouve gaiement Patrick Hernandez, Gilbert Montagné, Larusso, Ophélie Winter, les Worlds Apart, Cookie Dingler, Peter et Sloane, et tous ceux qui ont un jour rejoint la bande. Par contre, non sans une certaine amertume, Olivier évoque le conflit d’intérêts qui l’oppose actuellement au producteur de cinéma Thomas Langmann, à propos des deux films Stars 80.

Dans ce livre épatant se mêlent beaucoup de tendresse et  un peu de vacherie acidulée, et Olivier Kaefer y délivre au final  un beau message d’amour pour la chanson, considérée par les esthètes comme un art mineur : « Je suis un homme populaire qui a des goûts populaires. Le public me fait vivre. Il me porte. Je dois lui dire merci. C’est pour lui que je continuerai  à mettre dans la lumière ceux qui savent nous faire rêver: mes amis les artistes ».

 

Grégoire Colard

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Avec Oh Là Là !, la très enchantante Isabelle Georges nous propose un voyage musical qui ne ressemble qu’à elle. Tendre, talentueux et passablement déjanté.

Comme disait sa grand-mère, qui pour avoir traversé deux guerres en avait vécu et connu des jours où ça ne riait pas tout le temps:  « Oh Là Là! » … Une grand-mère qui avait choisi son camp. Celui de la joie malgré tout et qu’Isabelle Georges semble avoir reçue en héritage. Comme quoi, la vie a parfois le talent de bien faire les choses en distribuant les bonnes cartes.

Isabelle, vous l’avez sans doute d’abord croisée aux côtés de Jérome Savary dans la Périchole, à Chaillot. Vous avez pu la voir et l’entendre à la Bruyère, aux Mathurins ou encore à la Gaîté-Montparnasse pour Padam, Padam.  Vous l’avez retrouvée avec Broadway en Chanté ou découverte, mise en scène par Anne Bourgeois, à Déjazet dans Chante ! Elle nous revient donc au très beau bal Blomet, un cabaret vrai de vrai,  avec ce nouveau spectacle qu’elle a voulu comme une bulle de champagne. Où surtout, elle n’en fait qu’à sa tête. Et c’est pas triste. Il y a même des claquettes !

©Jean-Marie Marion

Comme il nous arrive de le ressentir nous-mêmes, elle le trouve un peu dur le monde qu’on nous infuse. Raison de plus pour nous le montrer autrement.

« Ces derniers temps, il faut dire qu’on a accumulé des trous noirs… On est un peu tirés vers le bas, à cause du terrorisme, de la politique, de ce qu’est devenu le spectacle vivant… j’avais envie de transcender tout ça, de chercher des choses qui font rire, qui donnent envie d’être heureux, de s’élever, d’être curieux, d’avoir soif de culture, de se marrer… c’est un mode de vie que je pratique et que j’avais envie de partager sur scène. Alors, il y a des gens qui me disent « mais Isabelle, c’est beaucoup trop plein de bon sentiments tout ça ! », mais je me dis que c’est plus difficile d’aller chercher la lumière que de se plaindre. » 

Une pugnacité qui l’a d’ailleurs prise dès son plus jeune âge.

« Y a un truc qui m’est arrivé toute petite et qui je pense donne un sens à ma vie un peu particulier, j’ai été pas mal malade. Et ma mère m’a appris à chanter quand j’avais mal. Et pour moi chanter, c’est de l’ordre de la transcendance. C’est aller au plus profond de soi et se dire que ça vaut le coup ! Parce que finalement, il y a plein de petits moments dans la vie, même dans les instants les plus terribles, où on peut s’élever…  et moi c’est ça qui m’intéresse. »

Oh Là Là a d’abord été présenté en 2015 et en 2016 au prestigieux Fringe Festival d’Edimbourg, dans un lieu mythique et absolument magique, la Famous Spiegeltent, où Marlène Dietrich en son temps créa l’Ange Bleu. Et ce fut pour Isabelle et ses cinq fabuleux musiciens un de ces succès qui longtemps vous tiennent chaud. Un public conquis, une presse dithyrambique. Le spectacle s’est même vu prolongé à Londres au théâtre Saint-James. C’est dire au passage notre bonne veine de pouvoir le découvrir ici à Paris.

Avec Isabelle Georges, ce sont aussi certaines des chansons de Jacques Brel, de Claude Nougaro, de Gilbert Bécaud, de la môme Piaf qu’on redécouvre. Ce sont encore les mélodies de Cole Porter et de Nino Rota qui nous font tanguer… Voir Oh Là Là, c’est au fond, couper dans le gris ambiant et voir la vie en mieux. En somme, que du chouette !!

O.D

 

Oh Là Là !

par Isabelle Georges
Et ses fabuleux musiciens

Au bal Blomet

33 rue Blomet, Paris 15é

les 24 novembre et 29 décembre