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Le photographe Tony Frank n’a jamais été un paparazzo voleur d’images. Respecté et aimé des stars depuis les années 70, il était souvent invité par elles à s’immiscer dans leur intimité, comme chez Serge Gainsbourg,  au 5 bis rue de Verneuil. Un grand privilège…

 

Tony Frank a commencé sa carrière de photographe à 15 ans ( !) avec le magazine de jeunes  Salut les Copains, créé par Daniel Filippachi. Au fil des années, ayant le même âge que les vedettes yéyés de l’époque, il a su créer avec elles une proximité amicale grâce à sa bonhomie et sa jovialité naturelles. Impossible de résister à son sourire et de ne pas lui faire confiance. C’est ainsi qu’Eddy Mitchell, Véronique Sanson, Johnny Hallyday, Michel Berger, France Gall, Alain Souchon, Laurent Voulzy, Nathalie Baye, mais aussi les Who et Bob Dylan, pour ne citer qu’eux, ont toujours apprécié son oeil d’artiste.  C’est lui qui  créa la fameuse affiche  de Michel Polnareff avec ses fesses nues, ou, par exemple, la pochette de Melody Nelson, avec Jane Birkin, illustrant cet album écrit par Serge Gainsbourg.

Tony Frank 

Ah, rue de Verneuil, entre Serge et Tony,  là, c’est l’histoire de toute une vie partagée, avec des fêtes, des bons mots, des repas et des bonnes bouteilles, des séances de travail, et des pauses  dans la quiétude  de cet antre aux murs noirs de la rue de Verneuil,  découvert par l’artiste avec Brigitte Bardot. Un habitat baroque  aux fenêtres toujours fermées, où Maître Serge alignait avec minutie dans un ordre que nulle spontanéité ne devait déranger, pas même celles de  ses enfants, des objets, des bibelots précieux et fétiches des tableaux, des stages, des poupées anciennes collectionnées par Jane.  Sans oublier des médailles, des diplômes,  des décorations, et des trophées qu’il remportait. Sa cuisine était tout aussi ordonnée. « La spécialité de Serge, raconte Tony Frank, était de mitonner des plats marinés et de concocter des cocktails,  comme le Gibson, avec la précision et la dextérité d’un barman professionnel ! ». 

 

Photo Tony Frank 

Tony Frank a eu l’insigne honneur pendant des années de pouvoir prendre des photos de ce décor dont Serge Gainsbourg était si fier et dont il rapporte aujourd’hui les propos rieurs :  » Voilà, c’est chez moi. Je ne sais pas ce que c’est : un sitting room, une salle de musique, un bordel, un musée…Je ne sais pas ce qui est le plus précieux ici. Si ce sont les objets ou moi ! Qui est hors de prix ? Je pense que c’est moi ! « .  

 

Photo Tony Frank 

Le photographe a aussi immortalisé les innombrables graffitis d’admiration qui avaient complètement envahi le mur extérieur comme, déjà, une expression spontanée de street art et qui perdurent encore aujourd’hui, sans cesse recouverts par d’autres. Selon Tony Frank, Serge était ému et amusé de ce lien direct avec ses fans anonymes et repérait immédiatement  les nouveaux messages du jour .  » Ma maison est célèbre!… ».

 

Charlotte et Serge Gainsbourg/Photo Tony Frank

 

Aujourd’hui, la maison, devenue un monument artistique secret de Paris,  que Charlotte Gainsbourg rêve toujours d’en faire un musée, espérant être officiellement aidée pour cela, est restée telle quelle après la mort de Serge, en 1991, offrant pour les seuls murs noirs les trésors de toute une vie. Des trésors que Tony Frank a sublimé par ses clichés, que l’on peut détailler et admirer dans son livre et dans une exposition éclectique à la Galerie de l’Instant qui permet d’être virtuellement invité chez Gainsbourg

 

Grégoire Colard

 

 

 

 

 

 

 

 

Jean-Marie Périer, surtout connu pour avoir été « le » photographe des Yéyés, ne s’est pas arrêté aux années 60 et 70.

Son objectif s’est reflété dans les yeux de Johnny Hallyday, de Michel Berger, de Claude François, de Sylvie Vartan, de Sheila et de tous les rois et reines des hits -parade et notamment dans le regard amoureux de Françoise Hardy, un temps sa compagne. Jean-Marie Périer avait l’art et l’imagination de les shooter dans des cadres idylliques ou improbables, dans des tenues, voire des déguisements, qu’il était le seul à pouvoir leur faire endosser le temps d’un clic-clac merci Kodak.

 

Jean Gaul Gaultier / Photo Jean-Marie Périer 

Aujourd’hui, il expose son travail de capteur d’images prises de la Fashion Galaxy  des années 90, que ce soit auprès de Jean-Paul Gaultier, d‘Azzedine Alaïa, de Viviane Westwood, d’Issey Miyaké, d’ Yves Saint-Laurent, de Karl Lagerfeld, de Thierry Mugler mais aussi de mannequins restés cultissimes tels Carla Bruni, Jerry Hall ou Monica Bellucci.

« Dans les années 60-70, les chanteurs étaient les figures emblématiques d’une nouvelle ère, celle de la libération de la jeunesse, et, ensuite, ce sont les grands couturiers qui ont porté à leur tour la flamme de cette émancipation, de faire exploser avec leurs aiguilles les codes vestimentaires.  Cela m’a follement amusé, par exemple, de mettre Kenzo Tagada sur un éléphant, de monter un studio avec Viviane Westwood habillée en  Marie Antoinette, accompagnée à ma grande surprise d’un garçon entièrement nu ! Pour moi, cette décade a été une parenthèse glorieuse dans nos vies »

 

Viviane Westwood / photo Jean-Marie Périer  

 

C’est à la demande de sa soeur Anne-Marie Périer, alors rédactrice du magazine « Elle », que toutes ces photos de mode ont été alors réalisées et sont aujourd’hui exposées à la galerie Photo 12, magistralement tenue dans le Marais par Valérie-Anne Giscard d’Estaing,  qui nous  confie :

« Je suis heureuse  d’avoir pu mettre en valeur une autre facette de l’art de Jean-Marie Périer, tout aussi  éblouissante que celle que l’on connaît tous de son époque yéyé, mais moins connue.  Avec cette série sur la mode, il laisse une empreinte poétique très significative sur chacun de ses clichés, mêlée à une inspiration très personnelle. Son regard est à la fois artistique et sociétal »

 

Valérie-Anne Giscard d’Estaing / Photo Jean-Marie Périer 

 

Grégoire Colard

Fashion Galaxy, à découvrir en ce moment à la Galerie Photo 12, 14 rue des Jardins Saint Paul, Paris IVé.

La tendance naturiste se précisait déjà depuis quelques années à Paris se mettant à nu, mais un nouvel évènement dans un lieu officiel de la République va officialiser cette libération des corps!

De fait, jusqu’ici la France, et notamment Paris, était très en retard sur le naturisme en public, alors qu’en Allemagne, aux Pays Bas, en Autriche, en Espagne et au Québec, pour ne citer que ces pays, il est parfaitement naturel de se montrer en public dans le plus simple appareil, sans déclencher le moindre scandale, ni subir une quelconque agression, qu’elle soit verbale ou physique.

Et pourtant, il existe l’Association des Naturistes de Paris, qui organise des soirées piscine sans maillot, ou encore des réservations  pour des concours de bowling à nu,  comme ce le sera le 3 avril prochain, et même des soirées restaurant sans « couvert »!  L’été dernier, Anne Hidalgo, la maire de Paris, a donné son accord pour ouvrir aux nudistes une très grande zone de liberté dans le Bois de Vincennes, mais aussi pour réserver un espace dans Paris Plages, sur les quais de la Seine, ce qui devrait être renouvelé cet été pour les deux lieux.

 

Un nouveau projet de l’Association des Naturistes de Paris, mais artistique, celui-ci,  a été accepté et soutenu par le Palais de Tokyo, un haut lieu des musées parisiens, pour ouvrir son exposition « Discorde, fille de la nuit »  le 5 mai au matin à cent soixante fesses-à-l’air. Les réservations se sont envolées en quelques minutes, dont en majorité celles de femmes de 18 à 34 ans, alors que plus de vingt-six mille demandes, dont de touristes du monde entier, n’ont pu être  satisfaites. Gageons que d’autres dates seront envisagées… La même expérience avait déjà eu lieu au Québec où une exposition du photographe sulfureux Robert Mapplethorpe avait déchaîné une foule de non-textiles !

Dans ce même esprit, un artiste français, Fred Brulé, se produira le 12 mai,  dans le 19 eme arrondissement,  sur une scène dont le nom est encore secret, afin d’y proposer  « J’ai la langue qui fourche », le 1er spectacle naturiste humoristique, où le vestiaire intégral sera exigé… et les photos  interdites! TapageCulture vous en informera en temps et heure…

 

Grégoire Colard

 

COMIQUE , IMITATEUR , CHANTEUR, L’ARTISTE ICONOCLASTE ET POPULAIRE GÉRALD DAHAN  A LE NEZ FIN  ( MAIS ROUGE) POUR METTRE EN VALEUR LE TALENT DES AUTRES SUR SON BATEAU THEÂTRE LE NEZ ROUGE , UN NOUVEAU LIEU INCONTOURNABLE DE LA SCÈNE PARISIENNE.

 

Depuis vingt ans, Gérald Dahan, né à Cognac, a beaucoup navigué dans les eaux tumultueuses du show-business, s’amarrant  tout d’abord aux Mini Keums, jetant l’ancre ensuite aux côtés de du capitaine  Laurent Ruquier dans Rien à cirer, sur France Inter,  de rejoindre enfin le commandant Michel Drücker dans l’émission Vivement Dimanche, en tant que chroniqueur et imitateur acerbe,  et de mener son propre équipage  de drôles de flibustiers au Festival d’Avignon,  en 2009, avec la Bande à Dahan, pour Radio Star.  A part quelques débarquements forcés de quelques médias  pour avoir outrepassé le cap de la bienséance, il a gagné ses galons  de popularité avec notamment ses 500 canulars outrecuidants dont  certains devenus mémorables,  n’hésitant pas à se faire passer au téléphone pour Jacques Chirac, ou encore Jean-Pierre Raffarin, alors premier ministre, et piégeant Nicolas Sarkozy qui avait juré par Neptune qu’il ne se ferait jamais avoir. Touché, coulé!

Gérald Dahan aime innover, inventer, déranger, souvent dans l’insolence, jamais dans l’indécence. C’est sa marque de fabrique. Et son rêve de toujours a été de vivre sur un bateau. Il s’est d’ailleurs marié voici deux ans sur une  péniche et il en a découvert ensuite une autre, mise en vente par le comédien Michel Galabru, conçue autrefois comme le premier bateau-théâtre navigant parisien, avec un bandeau écarlate peint sur l’étrave, comme un nez rouge. Quelques travaux de rénovation plus tard, une nouvelle salle de spectacles parisienne d’une centaine de places archi confortables était née !

 

Quelques jeunes artistes autour de Gérald Dahan dont le groupe Lucas Gang et David Bacci 

 

Gérald Dahan a décidé d’en faire un lieu laboratoire, parrainé par le mime Julien Cottereau et la comédienne Firmine Richard, permettant à de jeunes talents de venir faire leurs armes devant un public de 100 personnes, que ce soient des humoristes, des chanteurs, des musiciens,  sans distinguo de genre particulier.  » J’ai eu la chance qu’on me fasse confiance alors que j’étais débutant, et je n’ai jamais oublié cela. Je vais à beaucoup de spectacles, je m’informe sur Internet,  j’écoute des CDs, je visionne des vidéos, et quand je repère  une perle rare, je lui propose de se produire au Nez Rouge, non seulement une fois, mais éventuellement régulièrement, en suivant l’évolution de son travail. Et il peut m’arriver de devenir le producteur de l’une de ces jeunes pousses, comme je l’ai fait pour Max Bird, aujourd’hui devenu très populaire, et actuellement pour un groupe détonant,  Lucas Gang. J’ai découvert une chanteuse  québécoise, Madmoiselle, venue pour un soir, que j’ai  immédiatement réinvitée et je suis régulièrement les performances du chanteur David Bacci. Mickael Jones, Jean-Félix Lalanne, Charlotte Valandrey, Fabienne Thibeault, Slimane et l’incroyable Victoria Petrosillo, des 3 Mousquetaires et du Roi Soleil,  

 

Victoria Petrosillo

 

sont venus enchanter le plateau,  comme Renaud Hantson, avec son « Hommage à Michel Berger », un spectacle devenu au fil des mois une institution maison. Pierre Santini va venir bientôt chanter du Paolo Conté, ainsi que Marcel Amont, prévu pour quatre soirs !  Original, non? Et je suis à la trace certaines  carrières, comme celles d’Elodie Poux, Hélène Arden , Mémé Casse Bonbons. Je ne peux pas citer tout le monde, mais le Nez Rouge est devenu une pépinière artistique familiale ! » 

 

Gérald Dahan et Renaud Hantson 

 

C’est  en effet en famille que Gérald Dahan  mène sa barque, ou plutôt sa péniche, avec sa femme Claire et sa maman Michèle, proposant aussi les après midi de vacances scolaires des spectacles pour enfants. Il se produit aussi régulièrement au Nez Rouge entre deux spectacles personnels en province avec ses imitations, ses sketches désopilants, seul ou accompagné de la délicieuse humoriste et imitatrice Sandrine Alexi. Tout ce qu’on peut souhaiter à Gérald Dahan, c’est d’être un capitaine au long cours !

 

Grégoire Colard 

 

Le Nez Rouge, 13 quai de l’Oise,  Paris 19eme

 

Enfin un peu de jeunesse sur France 2 !  L’animatrice Daphné Bürki a fait le buzz en présentant les Victoires de la Musique, une émission habituellement ennuyeuse à mourir,  devenue grâce à elle un moment totalement ludique, potache, insolent et déjanté, sur un faux-semblant de n’importe quoi……

 

 

REUTERS/Christian Hartmann

 

A 38 ans, Daphné Bürki pourrait être sage, posée, ne serait ce que pour donner l’exemple à ses deux petites filles.  D’autant plus qu’à la télévision, elle aligne déjà un beau palmarès en tant qu’animatrice et que sa verve naturelle et sa nature espiègle devraient avoir été limées par la lourdeur de nos chaînes institutionnelles. De nombreuses années passées sur Canal Plus lui ont en fait permis d’exercer sa liberté de parole naturelle, notamment dans le Grand Journal ( où elle n’a hésité à dévoiler un de ses seins à un Manuel Valls ébaubi)   mais aussi dans l’émission Les Maternelles et C à vous sur France 5. Actuellement, depuis août 2017, elle enflamme l’Audimat de  France 2 en menant d’une main de maîtresse l’émission « Je t’aime » chaque après midi sur France 2, à 15 heures, un horaire normalement désertique !  Et soudain, le temps d’une soirée exceptionnelle, la voici bombardée, par Delphine Ernotte, seule aux commandes de la présentation des Victoires de la Musique. Cela aurait pu être la fin de tout pour elle, mais sa prestation a été une telle réussite que sa carrière devrait exploser.

 

Sting, parrain de la soirée, et Daphné Bürki

        C’est d’une voix enjouée, avec un ton toujours empreint d’une ironie redoutable que Daphné a fait allègrement défiler tour à tous les artistes récipiendaires de ces Victoires tant désirées, jamais à court d’un bon mot, parfois même d’un gros mot, n’hésitant pas à se jeter de la scène sur les bras levés du public, telle une slammeuse déchaînée ou un Claude François débraillé. Ce n’est pas Michel Drucker qui aurait fait cela! (Michel, si tu m’entends!). Et, que ce soit avec Sting, Orelsan, Mc Solaar, Big Flo et Oli, Charlotte Gainsbourg, Gaêl Faye, Camille, etc.., elle s’est montrée totalement en phase avec eux, n’hésitant pas à improviser quand une panne technique trouble la fête durant de longues minutes et qu’elle prend sur elle d’aller chercher des sandwiches en coulisses pour les distribuer à des spectateurs pas du tout affamés, mais éberlués.

 

Orelsan et Daphné Bürki, en pyjama.

        Daphné Bürki, qui a commencé sa carrière télévisuelle en présentant les tendances de la mode et qui a une taille mannequin (1m82 ), a aussi joué de son physique avec des tenues des plus chics aux plus déconcertantes (un pyjama),  affichant une féminité épanouie qui n’a pas dépareillé aux côtés de  celle d’Iris Mittenaere,  Miss France 2016 et Miss Univers 2017. Bref, Daphné Bürki,  née sur la pelouse d’un hôpital parisien, est désormais promise à un champ de gloire médiatique. Peut être même au cinéma, qui  a déjà fait appel à elle…

 

 Iris Mittenaere et Daphné Bürki.

 

Grégoire Colard 

 

 

Achbé est son nom d’artiste street art. Sa phrase du jour, écrite à la craie chaque matin sur le trottoir en pente d’une rue étroite de Montmartre, exulte un chant d’amour et d’humanisme soutenu par une rage contenue. Une oeuvre picturale? Une pensée philosophique?  Une phrase pamphlet? Un gag éphémère? Une nouvelle forme d’art, en tous cas.

 

 

En juin 2016, son mari est mort foudroyé, sur le trottoir, devant leur maison. Comme tombé du ciel. Alors, Achbé, a pris les initiales de son nom pour en faire son propre patronyme d’artiste, et, un matin, lui a écrit un mot, comme ça, à la craie, sur le goudron.  Et un autre le lendemain, et les autres jours. 315 en tout. C’était pour elle une forme de résilience, mais c’est devenu au fil du temps non seulement comme un dialogue avec son compagnon disparu, mais un échange avec les piétons, les touristes, les voisins, les commerçants du coin,  tous ceux qui passent par là, sans oublier maintenant les photographes et les journalistes qui viennent fouler  son chemin pavé d’amour.

Ce qui intéresse Achbé, c’est de partager comme un acte spontané son impression du jour, son indignation, sa révolte, mais aussi  ce qui la fait sourire « : « Je n’écris jamais rien de personnel, je ne ressens pas le besoin de raconter mon histoire. C’est comme un journal intime, sauf qu’il n’est pas intime et que je le partage avec qui veut.  Je « craie » sur l’actualité, la mort de Johnny, ou celle de France Gall, mais aussi sur les migrants, l’injustice sociale, la condition des femmes, la bêtise humaine, les SDF, ou sur Arthur Rimbaud, Simone Veil, même Macron !   J’adore faire des jeux de mots, des associations d’idées , en français et en anglais. J’imagine des conseils rigolos. Et cela m’amuse de « craier »sur le sol avec l’écriture appliquée d’un enfant. » 

Chaque jour, Achbé prend une photo de sa nouvelle « craiation »,  la poste sur les réseaux sociaux où elle est suivie avec un certain fanatisme dans 56 pays, et est actuellement exposée jusqu’au 23 février par la Galerie Central Dupon, au bas Montmartre. Une nouvelle grande dame de l’art graphique.

 

Grégoire Colard 

Galerie Central Dupon 74 rue Joseph de Maistre Paris ( XVIIIe)

 

 

Jamel Debbouze, sur scène, se montre toujours  aussi iconoclaste et vibrionnant. Après trois semaines de triomphe total en décembre dernier à La Cigale  affichant complet,  il se prépare à laminer toutes les plus grandes salles de France de son humour à la fois karcher et plein de générosité.

 

Le retour de Jamel sur les planches  est une bonne nouvelle! Il nous manquait pendant toutes ces dernières années où il se consacrait non seulement à sa femme et à leurs deux enfants , mais aussi à toutes sortes d’activités artistiques. Il nous manquait car on a besoin de lui, de le voir courir, que dis je, bondir, d’un côté à l’autre de la scène , où il se présente seul, comme toujours, mais qu’il habite comme s’il y était entouré de tous ses amis et de toute sa famille. « Ma mère est la personne qui me fait le plus rire au monde! ». C’est sa vie à lui qu’il nous raconte, son quotidien, ses étonnements, ses effarements, et même ses révoltes face au monde insensé qui nous entoure, avec ses bêtises, ses scandales, mais aussi ses bonheurs.

 

 

 

Jamel n’a peur de rien ni de personne. Il tchatche toujours comme une mitraillette, trop heureux d’être libre de nous faire partager sa joie de vivre, son sens du partage et son humanisme qui débordent de sa verve. Il donne l’impression d’improviser sans limite de ton ni de temps, au gré éventuel des interpellations qui fusent ça et là du public. Son spectacle sera t’il le même le lendemain ?  Pas sûr!

 

 

Il n’oublie jamais ses origines marocaines ni de préciser être né à Paris, avoir grandi à Trappes, et revendique haut et fort, tout en en riant, le composite de sa vie. Le tableau qu’il dresse de lui-même, avec une large palette de couleurs, Jamel va l’accrocher pendant tout 2018 au fronton des plus grandes salles de France.  Quelle qu’en  soit la région, gageons que chacun l’y accueillera à chaque fois comme le plus sympa de ses compatriotes !

 

 

Grégoire Colard

 

Quelques villes et quelques dates…

 

27/1  Châlons en Champagne

28/1  Saint Dizier

31/1  Beauvais

1/2   Amiens

2/2   Rouen

3/2   Le Havre

6/2.  Caen

7/2.  Rennes

8/2   Brest

9/2   Nantes

10/2  Angers

13/2  Montpellier

14/2  Marseille

15/2  Toulon

etc….

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

C’est au Théâtre, enfin réouvert, du Musée Grévin, que l’improbable Raphaël Mezrahi nous fait fondre comme de la cire devant ses facéties tellement hasardeuses, paraissant pour certaines avoir ni queues ni têtes, au point de se demander si cet homme est bien fini dans sa tête.

Découvert par le grand public en 1995 grâce à ses vraies-fausses interviews dans l’émission  » Osons » de Patrick Sébastien et ensuite dans Nulle Part ailleurs, sur Canal Plus, Raphaël Mezrahi,   » alias Hughes Delatte, journaliste aux cheveux gras et au chandail marronnasse troué, jamais avare de questions idiotes et totalement décalées », a découvert sa voie de  vrai comique-faux journaliste en visionnant  à 12 ans les shows satiriques de l’Américain Norman Gunston, mais aussi  un certain entretien devenu cultissime entre Pierre Desproges et Françoise Sagan.

 

 

Photo extraite de l’interview de Françoise Sagan par Pierre Desproges dans l’émission Le Petit Rapporteur ( 1975)

 

A l’heure où la cabale court aujourd’hui, affirmant que  tous nos plus grands humoristes français  copient largement leurs collègues américains, leur volant des idées de sketches, on pourrait très bien accuser Mezrahi  d’avoir plagié Desproges. Il en rit:  » Pierre  n’a pas inventé l’absurde, il l’a sublimé ! Cela été la révélation et la confirmation pour moi de ma vraie nature.  Dans la vie, mon entourage s’est toujours étonné que j’instaure, couché dans un pré, une sorte de dialogue nez à nez avec un hérisson !  Pour la télévision, le cinéma ou le théâtre, je mets en scène ceux qui m’inspirent, que ce soient des mamies que j’adore, ou des stars françaises ou internationales, de Nicoletta à Brad Pitt,  en passant par Nabilla, à qui je pose des questions  incongrues qui les déconcertent complètement,  et qui regardent avec stupeur le journaliste que j’incarne alors comme un zombie sorti tout droit d’un asile! « .

 

Nabilla et Raphaël Mezrahi 

 

Sa propre originalité, Mezrahi la propose actuellement , jusqu’au 13 janvier, sur la scène du Théâtre du Musée Grévin, après une tournée magistrale en province, et reprendra ce spectacle assument original au Théâtre de la  Madeleine, à partir 20 mars. Il s’agit en fait d’un show sans metteur en scène ( « On ne met pas l’absurde en scène! On le vit, au hasard « ), avec une projection choisie par le public en levant la main d’une vidéo ratée d’une personnalité, et des réflexions qui paraissent improvisées, venues comme ça au détour d’une mouche qui volette dans la lumière des projecteurs. De fait, l’heure et demie que l’on passe à suivre les (fausses) hésitations de notre artiste , et les pérégrinations ( faussement) hésitantes de son esprit moqueur et extrêmement sympathique , toujours chaleureux, jamais méchant,  nous enchantent.

 

 

Raphaël Mezrahi va aussi prochainement décaler nos esprits, 12 février prochain, en produisant pour la cinquième année consécutive, La Nuit de la Déprime, aux Folies Bergère, où nombre de comédiens, d’humoristes et de chanteurs, voire d’hommes politiques, vont monter sur cette scène mythique afin  de nous tirer des torrents des larmes…de rire !

Ne ratez pas Raphaël Mezrahi, il est irrésistible…

 

Grégoire Colard 

 

Jusqu’au 13 janvier : Théâtre du Musée Grévin. 10 boulevard Montmartre.Paris 9eme.

12 février : Nuit de la Déprime . Folies Bergère. 32 rue Richer, Paris 9eme.

 

 

 

Bluffante à la Nouvelle Ève, émouvante au Petit Saint-Martin, rien n’arrête Nicole Croisille. Surtout pas le temps qui passe. Champagne !!

On avait rendez-vous avec une légende, de celles qui vous intimident et dont on pardonnerait même qu’elles vous toisent. On a rencontré une femme à la gentillesse désarmante, traqueuse comme à son premier soir, bosseuse comme si elle avait encore tout à prouver, et puis drôle et pétillante. Irrésistible, en somme.

Une rencontre en deux temps. À la Nouvelle Ève tout d’abord, dans « Youpi ! C’est reparti », la jubilatoire revue ourdie et mise en jambes par Caroline Roëlands et sa bande de doux dingues. Au Petit Saint-Martin ensuite, dans « Jeanne » de Jean-Robert Charrier et que Jean-Luc Revol, à l’invitation de Nicole Croisille, a mise en scène. Deux rôles aux antipodes l’un de l’autre. Nicole blonde platine et féline dans ses collants noirs comme à Broadway quand elle menait la revue des Folies Bergères. Et Nicole vieillie, coiffée de gris, murée dans la solitude amère du vingt-huitième étage de sa tour anonyme. À chaque fois, un vrai bonheur. Pour nous comme pour elle.

« J’étais heureuse d’aller à la Nouvelle Ève les retrouver tous les lundis et de faire quelque chose que je faisais il y a cinquante ans qu’évidemment on ne va plus me donner la possibilité de faire aujourd’hui. Et cette autre performance, parce que c’est une performance, avec cette pièce que m’a proposée Jean-Robert Charrier, le directeur du Saint-Martin, un jeune homme délicieux de 34 ans… tiens,  je commence à parler comme une vieille conne… que je côtoyais pendant Irma la Douce avec Briançon. »

©Jean-Marie Marion

« Il y avait des tas de signes quand j’ai lu cette pièce qui me faisaient penser qu’il fallait que j’y aille. Même si ça me foutait une superbe trouille, ça correspondait à ce que je voulais faire maintenant, au stade où j’en suis de ma trajectoire. Non, je n’appelle pas ça une carrière mais une trajectoire, parce qu’une carrière c’est calculé à l’avance et ça n’existe pas ! Et j’ai envie de la finir avec des choses qui me plaisent, qui me font gagner du terrain encore en tant qu’artiste, m’épanouir dans ce que je n’ai pas eu l’occasion de tenter avant. Et je voulais tâter de la vieillesse… parce que je me bats contre cette vieillesse ! »

Ce cap parfois si redouté, quand à l’automne de sa vie on se rend compte, comme Jeanne, qu’à attendre de l’autre qu’il vous aime pour vous, on a peut-être tout simplement oublié de vivre pour soi, Charrier le raconte avec une infinie délicatesse. Jeanne qui s’égare, qui entend des bruits qu’elle seule entend. Jeanne qui ne sait plus que mordre et se méfie de ses voisins. Jeanne, une tatie Danielle que les cinq verrous posés sur sa porte protègent du monde des vivants. Acariâtre et de mauvaise foi jusqu’à l’insupportable et finalement émouvante, qu’on aurait envie de serrer dans ses bras.

En épousant le rôle, Nicole Croisille n’a donc pas hésité à jouer avec le propre reflet de son miroir. Sans fard, sans coquetterie.  « C’était pas culotté, c’était un risque. Mais qu’est-ce que je risquais ? Je ne risquais pas ma vie ! Je risquais que ce ne soit pas crédible. Or, apparemment, même des gens qui me connaissent parfaitement me disent: « Quand je t’ai vue, je ne t’ai pas reconnue ! »… C’était ça l’important. D’autant plus que les femmes de ma génération, qui restent encore sur le tarmac comme je le dis, elle font tout pour que ça ne se voie pas. Parce qu’on n’a pas le droit de vieillir ! Les gens n’aiment pas qu’on leur rappelle qu’ils sont en train de vieillir, donc il faut qu’on reste comme on était. » C’est dire si la comédienne s’est ici follement amusée à composer avec le temps qui passe.

©Jean-Marie Marion

Et puis, comme un clin d’œil à sa propre trajectoire, les hasards du métier ont fait que Nicole Croisille se soit retrouvée, en cette fin d’année 2017, dans ce qui était les sous-sols du théâtre Saint-Martin qu’avait investis, en 1978, Marcel Marceau et ses élèves venus du monde entier. Avec l’appui du maire de Paris de l’époque, Jacques Chirac, et de son conseiller culturel, Marcel Landowski, le célèbre mime à la marinière avait créé ici même une école internationale de mimodrame.

Mais Nicole intégra sa troupe bien plus tôt, à la fin des années 50. Elle suivait alors des cours de chanteuse lyrique, tout en dansant à la Comédie Française dans les ballets des comédies de Molière. « On m’avait découvert une tessiture de colorature. Techniquement, c’est infernal. On peut difficilement se laisser aller à l’émotion. Ma réflexion a été de me dire si je ne peux pas, mon corps, lui, doit pouvoir. Je vais donc aller chez Marceau et apprendre à mon corps à traduire l’émotion. Faut être tarée pour faire ça mais je suis tarée. Et au bout de deux mois, la femme de Marcel tombe malade et la troupe avait toute une série de tournées en Amérique du Sud, en Europe, partout. Il m’appelle et il me dit: « Est-ce que vous êtes libre ? »… je n’étais pas majeure… c’est comme ça que tout a commencé. »

Et on se gardera bien de dire que la boucle est bouclée. Le jazz et ses big-bands il n’y a pas longtemps. Le music-hall et le théâtre en cette fin d’année. Allez savoir ce qu’elle nous réserve pour l’année prochaine et toutes les autres à venir. Nicole Croisille reste libre. De ses choix, de ses élans. Comme de nous surprendre encore et c’est tant mieux.

O.D

 

Jeanne, de Jean-Robert Charrier, mise en scène de Jean-Luc Revol

Avec Nicole Croisille, Charles Templon, Florence Muller et Geoffrey Palisse

Pour encore quelques soirs au théâtre du Petit Saint-Martin  

Avant de partir en tournée.

 

 

 

 

 

 

César est un artiste sculpteur plasticien français, reconnu dans le monde entier . Il est magnifiquement salué par une immense exposition qui lui est consacrée à Paris, au Centre Pompidou, initiée par le commissaire Bernard Blistène.

Né à Marseille en 1921, César Baldaccini est surtout connu de tous pour sa fameuse statuette remise chaque année à la cérémonie des … »César« ! Quel acteur ne rêve de pas l’accrocher à ses rêves les plus fous?  Elle est le symbole de la réussite, de la reconnaissance de ses pairs et du public.  Il est juste que César, disparu en 1988, soit mis  à son tour sur l’autel  de l’admiration à la fois officielle et publique, grâce aux installations  des oeuvres les plus emblématiques de son talent étonnant dans un gigantesque open space qui déborde à travers les baies vitrées sur Montmartre et les toits de Paris .

 

Le César du cinéma/1975 

 

Sur le sol semblent traîner des coulées irrépressibles de chocolat, de crème, symboles pour l’artiste des débordements de la vie et de la nature. Une direction artistique, qu’il définit comme celle de l’expansion, qui lui est venue quand, jeune homme, il s’est rendu à Pompéï et a été sidéré par les corps à jamais pétrifiés  dans la lave qui avait submergé la ville. La plupart de ces oeuvres  sont réalisées à base de mousse de polyuréthane. Est-ce à dire que César est un artiste « industriel »? En tous cas, c’est un créateur témoin et visionnaire de son temps, qui utilise les matériaux générés et dégénérés par l’homme et les divinise.

 

Quelques expansions

 

Dans une autre partie de cette exposition sont proposées des compressions de carcasses de voitures cabossées, écrasées, qu’on ne cesse de regarder pour certaines non sans regret de ne pas les avoir conduites  quand elles étaient neuves, sublimes et éblouissantes ! Nos désirs les plus fous sont ainsi réduits en tas de tôles alors même qu’ils s’érigent à tout jamais en oeuvres d’art ! C’est la consécration de l’éphémère…

 

La formule 1 Ricard/1962

 

C’est en 1958, à l’âge de 37 ans, que César découvre les presses hydrauliques et compresse sa première voiture, une Dauphine, pour se jeter ensuite sur d’autres engins, comme des formules 1 ou des carrosses de luxe. Ses oeuvres font alors scandale et déclenchent une cabale, qui perdure encore aujourd’hui pour certains, qui n’acceptent pas que l’art sublime des détritus de la consommation. Ce qui est sûr, c’est l’acuité du regard de l’artiste sur notre monde contemporain consumériste.

 

César/1997. Paris, France.Photo Ulf Andersen

 

Un autre corps de cette installation du Centre Pompidou présente un aspect tout aussi connu de César, mais discutable aussi pour beaucoup, celui de son bestiaire et de ses oeuvres en fer. Quand il était encore tout jeune, issu d’une famille aux très modestes moyens, César avait déjà bricolé pour son petit frère des jouets en fer à base de boîtes de conserve. Plus tard, toujours sans le sou, incapable d’acquérir du marbre, c’est tout naturellement qu’il a conçu des oeuvres avec des déchets métalliques.  Et là, dès le départ, le  succès national et international lui a permis d’accéder au vertige de la notoriété et de l’acceptation de son imaginaire.

 

Le scorpion/1955

 

Exposition César/Centre Pompidou, jusqu’au 13 mars 2018.

 

 

Grégoire Colard