Press "Enter" to skip to content

Maria Schneider, l’actrice à jamais symbole de la femme violée.

 

Dans son livre « Tu t’appelais Maria Schneider« , sa cousine germaine, Vanessa Schneider, offre un regard affectueux mais sans retouche sur la vie tumultueuse et explosive de celle qu’elle considérait comme sa soeur, jamais remise de son viol par Marlon Brando dans le film mythique « Le dernier tango à Paris ».

 

 

Le « Dernier tango à Paris », tourné par le cinéaste Bernardo Bertolucci, avec Marlon Brando, 47 ans, et Maria Schneider, 19 ans, est sorti en France en décembre 1972 et ensuite pratiquement dans le monde entier, sauf là où il a été interdit, déchaînant tous les désirs et tous les scandales. Un déchaînement  qui aurait dû porter aux nues la toute jeune actrice qui n’avait jusque là interprété grâce à Alain Delon qu’un tout petit rôle dans « Madly« . Elle a certes été consacrée star du jour au lendemain, mais surtout elle est devenue celle que les gens insultaient dans la rue, lui crachaient au visage, et même la giflaient quand ils le pouvaient, sans oublier, en ville, les rires stridents quand, à table, un convive demandait narquoisement à sa voisine « Passe moi le beurre« !  Et jusque dans les écoles où les garçons lançaient cette phrase aux petites filles ! Une horreur qui la marquera et lui fera perdre ses repères pour toujours. Pourquoi tant de déchaînements?  A cause de cette fameuse scène où Marlon Brando l’écrase par terre et la viole, s’aidant effectivement d’une motte de beurre.

 

 

Et pourtant, ce viol n’a jamais existé en vrai, seulement simulé pour les caméras, mais il en a été un quand même, dans la mesure où cette scène n’existait pas dans le scénario qu’avait lu Maria Schneider, mais que les deux hommes, Bernardo Bertolluci et Marlon Brando, se concertant secrètement, avaient prévu de lui imposer sans qu’elle puisse la refuser, et lui affirmant faussement ensuite que les images en seraient détruites. Ne les croyant plus, folle de rage, humiliée, Maria avait alors tout cassé sur le plateau. Elle ne leur a jamais pardonné et n’a plus jamais fait confiance ensuite à même de très grands réalisateurs, qui l’ont engagée, le plus souvent pour des rôles dénudés, forcément, comme Vadim, Antonioni, René Clément, Jacques Rivette, Comencini, Enki Bilal, Zefirelli , Bertrand Blier et d’autres, ni à aucun homme. Ni en personne. Jusqu’à la fin de sa vie, en 2011, à l’âge de 59 ans, Maria a dû porter cette image sexuelle comme un tatouage, au point d’errer dans les méandres de la drogue et de l’alcool, dénigrant cette gloire internationale que « Le dernier tango à Paris « , devenu cultissimene cessait de coller à sa peau à travers les décennies. A son décès, une autre star autrefois sulfureuse, Brigitte Bardot, qui l’avait hébergée chez elle avec une certaine compréhension après son burn out à la sortie du « …Tango« , a écrit un message qu’Alain Delon a lu sur la tombe, et Bernardo Bertolucci a fait part publiquement de ses excuses. Enfin! Mais trop tard…

 

Vanessa Schneider a posé une plume affectueuse sur la mémoire de sa cousine dans un livre qui décrit enfin la vraie Maria Schneider, star mondiale du sexe malgré elle, éternellement à la recherche de l’affirmation de son vrai Moi.

 

Grégoire Colard 

 

Vanessa Schneider: Tu t’appelais Maria Schneider 

Editions Grasset/ 250 pages/ 19 euros

Partager
Share on FacebookShare on Google+Tweet about this on TwitterShare on LinkedIn