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Ces images qui nous regardent: la campagne Deezer

Les plus belles pépites du comique ne sont plus au cinéma ou au théâtre. Il y a bien plus hilarant. C’est partout. C’est la pub. Aujourd’hui, Deezer.

En matière de portnawak complet – à la fois intellectuel ET esthétique – la palme revient ce mois-ci à Deezer, qui claironne en 4×3 son made in France pour séduire nos compatriotes. Que voit-on ?

Une série de visuels avec, chaque fois : le portrait d’un musicien, d’un groupe hexagonal, posant au milieu de cercles orangés hypnotico-psychédéliques et accompagné de la mention «ça sonne anglais mais c’est français, comme Deezer ».

 

 

 

1. Déjà, comme argument de vente, c’est vaseux.

Car la grande qualité que revendique ici Deezer, ce n’est pas d’avoir un catalogue de dingue, des exclus, un son HD, etc. Non, c’est d’être français, point. Comme si, par essence, le made in France c’était 100 % top-chouette-trop-bien. Or chacun sait, même dans les rangs les plus reculés du Rassemblement National (ex-FN) que, malheureusement… C’est faux.  

Pire encore : DEEZER N’EST PLUS FRANCAIS ! 

En effet, depuis 2016, c’est Lev Blavatnik, milliardaire russo-américain, qui  détient plus de 50 % du capital, via sa société Access Industries, basée à New York (et également propriétaire de Warner Music). Ce qui fait dire à l’Autorité de la Concurrence que Blavatnik « a pris le contrôle exclusif de Deezer ». Orange restant le deuxième actionnaire. 

 

2. On n’a donc pas peur du mensonge chez Deezer.

On doit ignorer que le fact checking existe… Et l’on ne craint absolument pas le non-sens : sur tous les visuels, les artistes sont en noir et blanc. Un parti pris qui serait justifié si Deezer vantait son répertoire d’incontournables : Brel, Brassens, Piaf, etc. Le noir et blanc renvoyant au passé, aux gloires d’antan, ce serait cohérent, voire logique.

Or, Deezer met ici en avant une french touch actuelle : Her, DJ Snake… Le noir et blanc n’a donc aucun sens. Il frôle même l’absurde… sauf à vouloir ringardiser / filer un coup de vieux aux artistes en question. Et de fait, c’est un peu le cas puisque on se demande, en tombant sur l’une de ces affiches : « Il est mort ou quoi ? »

 

3. Deezer a aussi un problème avec la couleur.

Chaque visuel baigne dans une ambiance orangée psychédélique : façon seventies, trip sous LSD, affiche du musical Hair, bref culture hippie… dont on ne voit pas du tout ce qu’elle vient faire là. Et encore moins ce qu’elle veut dire : les artistes exposés n’étant pas versés dans la nostalgie du flower power. 

 

4. Dans la série «n’importe quoi», Deezer a cru bon d’indiquer : « abonnez-vous à Premium+ »

Euuuh, les gars… c’est pas un peu trop là ? « Premium » – du latin praemium –  signifie déjà : supérieur, privilégié, suprême. En toute logique, il n’y a rien au-delà. Alors pourquoi le « + », non seulement redondant mais inutile ? Hypothèse possible : à la créa chez Deezer, un type a dû dire « on s’en balec’ si ça sert à rien ». Et un second s’est écrié : « mais ouais, t’as raison, allez, on rajoute le +, ça fait riche, ça fait +».

 

5. Chez Deezer, l’artiste – et qui plus est, l’artiste français – c’est un gars tourmenté

Il pense à trop-plein-de-trucs-que-même-pas-tu-peux-imaginer. C’est un mec qu’à pas le temps, tu vois, il est trop sollicité, ça le gave. Alors normal, il fait la gueule. Et là, soit il assume (Her), soit il le cache sous ses sunglasses (DJ Snake). Sympa, non ?

 

6. Une pub pour un service inclus dans l’offre Orange… Bah, ça doit être orange.

1) Pour marquer les esprits.

2) Pour que le public associe automatiquement la couleur à l’opérateur. Existe-t-il technique promo moins sophistiquée, plus simplette ? Non. Mais c’est à elle que vous devez l’atroce fond orangé des visuels. À croire que l’équipe créa, chez Deezer, relisait chaque matin des manuels de propagande stalinienne ou maoïste.

C’est cocasse. On chantonnerait presque : « ta, da, da, j’ai du Staline dans mon streaming… Y’a du Mao dans ma sono… ».

Mais à ce niveau d’ineptie, on finit forcément par rire jaune.

Pas orange, étrangement.

 Olivier Ghis

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