Tapage Culture

Aux vannes qui s’assèchent, il préfère les mots qui se jouent de lui. Son histoire est un voyage. Michaël Hirsch est un bonheur qu’on n’attendait plus.

Il est comme un môme, ce garçon-là. Avec ses cheveux qui pointent comme des exclamations et qui ondulent comme des points d’interrogation. Ce regard clair posé sur vous dans la salle comme sur le monde qui l’entoure, d’où percent tout à la fois malice et bienveillance. Et cette question qu’il se pose sans cesse quand d’autres ont renoncé, pourquoi ?

Pourquoi la vie, pourquoi l’amour, pourquoi le temps qui passe, pourquoi la mort ? C’est vrai ça, pourquoi ? Pourquoi tout ça ? Il a l’âge pourtant de regarder loin devant, sans trop se soucier du détail qui ralentit. Mais non, il s’interroge, il prend le temps de la parenthèse, de l’aparté et de toutes les questions.

« On m’a dit souvent « mais tu es sûr de vouloir l’appeler Pourquoi ? ton spectacle ? » Mais bien-sûr que je veux ! Ce Pourquoi ?, c’est le personnage central de la pièce en fait. C’est une porte ouverte incroyable pour dénoncer l’absurdité du monde. Et puis aussi, une porte ouverte sur la fiction. Et j’ai toujours été plus intéressé par la fiction que par la réalité, je trouve qu’elle dit beaucoup plus de choses de notre quotidien et de notre humanité ».

 

©Jean-Marie Marion

C’est tendre, poétique, drôle, surréaliste. C’est nourri de mots, riche de sens, prolixe et fertile. Avec Pourquoi ?, Michaël Hirsch nous raconte une histoire, la sienne, la nôtre, du premier matin jusqu’au dernier soir d’une vie.

« C’est exactement ça ! C’était mon envie avec ce spectacle. J’ai toujours aimé qu’au théâtre, on m’emmène dans des fantaisies. Je le trouve tellement beau ce lieu, au coeur des villes, où on arrive à nous déconnecter de notre quotidien. Je trouve ça magnifique ! C’est un voyage à peu de frais finalement. Et c’est ce que j’avais envie de faire. D’être le guide d’un voyage, le temps d’une heure vingt de spectacle, de prendre les gens par la main, en leur disant: Venez, je vous emmène, on part loin, on s’évade tous ensemble… et après je vous ramène tranquillement et avec douceur dans notre monde. La poésie, la fantaisie, c’est ce qui nous manque et c’est ce que j’avais envie de ramener sur scène, parce que moi c’est ce qui me bouleverse en tant que spectateur ».

Un voyage avec des mots pour seul bagage, compagnons espiègles de sa route singulière. On le croit jongleur habile mais c’est eux qui jouent avec lui. Et parfois même, lui échappent.

« Ah, mais complètement ! Ils m’échappent déjà au moment de l’écriture, où il se passe quelque chose d’assez magique, il leur arrive de prendre le pouvoir ! J’ai une idée de ce que je veux faire et c’est eux qui décident. J’ai vraiment cette sensation… il y a un moment où ce sont les mots qui parlent. Et il y a un moment surtout où, moi-même, je deviens spectateur des mots qui commencent à jouer eux-mêmes entre eux… ce sont des moments magiques. Et oui, ils m’échappent parce qu’aujourd’hui, j’ai la chance de jouer devant du public et que ces mots on les partage. Les gens partent ensuite avec ces histoires. Et ces mots-là, que j’avais posés sur une feuille de papier, ça devient leurs mots, ça devient leur histoire ».

Et s’il y en a un d’ailleurs avec lequel il a du mal, lui qui les aime tant, c’est bien le mot « faute ».

« On dit qu’on fait des « fautes » d’orthographe. C’est rigolo quand même à quel point notre langue nous trahit. Des fautes… ce ne sont pas des fautes, ce sont des erreurs ! (rires) Le français est drôle pour ça, c’est à dire qu’on a vraiment une très haute opinion de notre langue, à tel point que lorsque on fait une erreur, ça devient une faute ! Voilà, on doit être puni sur le champ ! (rires) Et puis il y a un mot curieux, « étranger ». On appelle ça des « étrangers », comme s’ils étaient étranges. On les met déjà beaucoup à distance de nous… Vous voyez, parfois les mots se jouent de nous dans le bon sens. D’autres fois, ils nous trahissent un peu. Ils nous font faux-bond (sourire). Et c’est ce que j’essaie de faire avec ce spectacle, de transmettre ce plaisir des mots. Si on partage les mêmes mots, on partagera les mêmes nuances de pensées et il y a alors beaucoup plus de chances qu’on s’entende les uns les autres. D’ailleurs on le remarque,  dans tous les régimes autoritaires, ça a toujours commencé par un appauvrissement du langage ».

©Jean-Marie Marion
Bienveillant à l’égard des mots, même s’il arrive souvent qu’avec lui ils vivent donc leur propre vie, bienveillant pour les autres, il en serait presque anachronique, Michaël Hirsch. Comme s’il s’était trompé de siècle.

« Sur scène, je m’impose cette bienveillance. J’ai la chance de faire ce que j’aime, de jouer. La responsabilité qui en découle, telle en tout cas que la conçois, c’est de ne pas exposer mes colères. Et puis au fond, la colère, la haine, la guerre, depuis le temps… on voit bien que ça marche pas très bien, alors tentons autre chose ! (rires) Je ne sais pas mais j’ai l’impression d’être en plein dans mon siècle, justement. Il n’y pas de raison pour qu’on accorde moins de crédit à l’optimisme qu’au pessimisme. Au contraire, je pense être au bon endroit. Je me rends compte que ce discours bienveillant est partagé par tellement de gens ! On est tellement en attente de ça ! En fait, on arrive au bout de ce truc de peurs, de colères… Pour moi, c’est un acte révolutionnaire de dire: soyons bienveillants les uns envers les autres ! » 

De ce point de vue, Pourquoi ? nous remet à la bonne heure et c’en est un vrai, pour le coup, de bonheur. D’ailleurs, à bien y réfléchir, s’il avait raison l’humoriste ? S’il voyait juste, le funambule ? Pourquoi faire le pari avec lui de la bonne espérance ? Allez savoir. Mais pourquoi pas ?

O.D

Pourquoi ? Un seul en scène de Michaël Hirsch, mis en scène par Ivan Calbérac

Jusqu’au 30 juin au Studio des Champs-Élysées

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