Tapage Culture

Incisif et poétique, rock et littéraire, avec Sourire Carnivore, son tout premier album, Louis Arlette affirme d’entrée sa belle singularité.

C’est étonnant comme des premières chansons savent parfois éviter la maladresse un peu gauche des premiers pas. Comme si l’artiste, encore à l’aube de sa carrière et tout à l’ébauche de son oeuvre, avait commencé par prendre le temps. D’essayer, de s’égarer, d’explorer, d’aimer, de vivre. C’est ce qu’a dû faire Louis Arlette, qui, presque sans prévenir, vient de débouler sur nos chemins un brin trop tranquilles, bousculant sans violence mais avec élégance les lignes devenues convenues de la pop et du rock. Oui, c’est ce qu’il a dû faire, Louis. Prendre le temps d’être lui. Et puis un jour, le moment est venu, c’est d’ailleurs sur cette chanson comme un clin d’oeil, que s’ouvre son bel opus, et il est bien venu.

Sourire Carnivore, douze titres pour lever l’ancre et rêver ou danser jusqu’à l’ivresse. Pour aller se percher plus haut et y rester ou pour se sentir simplement vivant et vibrant. Douze chansons, autant de voyages, douces et symphoniques comme la pop, brûlantes et électriques comme le rock. Et la voix de Louis et les mots d’Arlette pour aimer que dure la parenthèse. En français dans le texte et sur les rivages de la poésie.

 

©Jean-Marie Marion

La poésie, c’est une autre forme de langage. Plus poussée. C’est pour ça qu’elle me fascine. On peut jouer avec les double sens, avec les émotions, avec les histoires… la langue française est d’ailleurs un outil incroyable !! Je ne comprends pas le complexe dont on souffre aujourd’hui encore. Je ne comprends pas que des groupes se mettent à chanter en anglais. Je perçois ça comme une barrière. Et je suis très heureux  quand je vois des artistes français qui s’assument et n’ont pas peur de la modernité ni d’utiliser leur langue maternelle.

La modernité, Louis Arlette s’est donné les moyens de l’apprivoiser. Déjà riche de ses années de conservatoire, où il apprit à jouer du violon et du piano, l’oreille affutée notamment à l’écoute de Kraftwerk, il s’est aussi formé au métier d’ingénieur du son. Ce qui l’a conduit à travailler avec deux fameux Versaillais, Jean-Benoît Dunckel et Nicolas Godin du groupe Air.

Les machines, j’y suis venu un petit peu plus tard. Elle ne sont pas enseignées. C’est encore une école autodidacte, c’est ce qui est intéressant. On crée sa propre personnalité avec les machines. C’est un moyen d’étendre son corps… ça ne dépend que de nous, de ce qu’ont veut améliorer. Le studio permet ça, ces possibilités infinies. C’est un peu comme le travail d’un peintre, en fait. On cherche ses couleurs, on affine ses goûts. On glane au fil des années… et on développe son styleL’acte de composer, de créer, c’est une recherche d’équilibre et c’est un travail qui n’est jamais terminé.

Une quête qu’il a pris le temps de mener à son rythme, dans le clair obscur des studios.  Presque deux ans pour livrer ce très abouti Sourire Carnivore.

J’aime les contrastes. Si jamais je devais choisir un peintre par exemple, je prendrais Le Caravage… la pleine lumière, c’est quelque chose d’écrasant, ça me rappelle ces salles de classe où j’étais baigné dans les néons à sept heures du matin, où on était tous les mêmes… non, j’aime beaucoup l’ombre, elle permet de se cacher.  Et je pense que la musique aussi doit être faite de contrastesDans cet univers que j’adore, celui, étanche, du studio, qu’on pourrait comparer à un sous-marin, on accumule une forme de tension. Et cette tension, il faut qu’elle explose à un moment et là, c’est justement le passage à la scène…  absolument nécessaire. Je me sens alors électrisé, grisé… ça peut être une vraie torture mais me retrouver en concert et sentir une vraie connexion, une vraie énergie avec le public, c’est la plus belle choses qui me soit arrivée !

Dans ses textes, Louis Arlette questionne le siècle qu’est le nôtre. Encore jeune et incertain, nourri comme nous d’élans contraires et d’absurdités. Il voudrait que ses chansons fassent danser autant que réfléchir, qu’elles soient utiles en somme. Elles sont déjà uniques et belles. Inclassables. Comme lui. Ce qui ne manquera pas de troubler les colleurs d’étiquettes mais ce n’est pas pour lui déplaire. Ça tombe bien, ça nous plaît aussi beaucoup.

O.D

Sourire Carnivore, le premier album de Louis Arlette dans les bacs et sur toutes les bonnes plateformes depuis le 9 février.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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