Tapage Culture

 

 

Achbé est son nom d’artiste street art. Sa phrase du jour, écrite à la craie chaque matin sur le trottoir en pente d’une rue étroite de Montmartre, exulte un chant d’amour et d’humanisme soutenu par une rage contenue. Une oeuvre picturale? Une pensée philosophique?  Une phrase pamphlet? Un gag éphémère? Une nouvelle forme d’art, en tous cas.

 

 

En juin 2016, son mari est mort foudroyé, sur le trottoir, devant leur maison. Comme tombé du ciel. Alors, Achbé, a pris les initiales de son nom pour en faire son propre patronyme d’artiste, et, un matin, lui a écrit un mot, comme ça, à la craie, sur le goudron.  Et un autre le lendemain, et les autres jours. 315 en tout. C’était pour elle une forme de résilience, mais c’est devenu au fil du temps non seulement comme un dialogue avec son compagnon disparu, mais un échange avec les piétons, les touristes, les voisins, les commerçants du coin,  tous ceux qui passent par là, sans oublier maintenant les photographes et les journalistes qui viennent fouler  son chemin pavé d’amour.

Ce qui intéresse Achbé, c’est de partager comme un acte spontané son impression du jour, son indignation, sa révolte, mais aussi  ce qui la fait sourire « : « Je n’écris jamais rien de personnel, je ne ressens pas le besoin de raconter mon histoire. C’est comme un journal intime, sauf qu’il n’est pas intime et que je le partage avec qui veut.  Je « craie » sur l’actualité, la mort de Johnny, ou celle de France Gall, mais aussi sur les migrants, l’injustice sociale, la condition des femmes, la bêtise humaine, les SDF, ou sur Arthur Rimbaud, Simone Veil, même Macron !   J’adore faire des jeux de mots, des associations d’idées , en français et en anglais. J’imagine des conseils rigolos. Et cela m’amuse de « craier »sur le sol avec l’écriture appliquée d’un enfant. » 

Chaque jour, Achbé prend une photo de sa nouvelle « craiation »,  la poste sur les réseaux sociaux où elle est suivie avec un certain fanatisme dans 56 pays, et est actuellement exposée jusqu’au 23 février par la Galerie Central Dupon, au bas Montmartre. Une nouvelle grande dame de l’art graphique.

 

Grégoire Colard 

Galerie Central Dupon 74 rue Joseph de Maistre Paris ( XVIIIe)

Partager
Share on FacebookShare on Google+Tweet about this on TwitterShare on LinkedIn

La baraka avec Daphné Bürki ! arrow-right
Next post

arrow-left Les Rock Héroïnes de Jean-Claude Gallotta
Previous post