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Moi non plus… la très belle histoire d’un amour sans issue

Chant d’amour au théâtre de la Madeleine où se consument chaque soir deux amants en cavale. Bardot et Gainsbourg. « Moi non plus » ?… À vous couper le souffle.

Une suite au Ritz avec vue sur la place Vendôme. Un lit comme une île. Un piano en smoking. Une cigarette qui se consume et trois volutes qui se dispersent dans le clair obscur. Quelques notes qui nous rappellent une grande chanson. La sonnerie du téléphone et un fils qui répond à son père. Il y a cette maison à aller visiter rue de Verneuil. C’est lui. C’est Serge.

 

©Jean-Marie Marion
Dans sa quarantaine encore incertaine mais ça va pas mal en ce moment. Gabin l’a appelé il y a quelque temps. Pour un petit rôle au cinéma et la musique d’un film. Ce sera un requiem. À la mémoire d’un scélerat, le requiem pour un con. Il y a aussi cette collaboration en vue d’un show à la télévision. Avec la plus belle fille du monde qui, depuis peu et une fameuse chevauchée en Harley-Davidson, n’a d’yeux que pour lui à qui pourtant on a toujours dit qu’il était laid.

Justement, elle arrive. Un soir. Blonde incandescente, insolente et conquérante, sensuelle à se perdre, belle à se damner pour au moins l’éternité. Elle a une horde de paparazzis à ses basques et le monde à ses pieds. Jusqu’au Général, le grand, le Charles, qui l’a convié un soir prochain à dîner à l’Élysée. Surtout et pire, elle est très mariée au très jet-setteur et très riche Gunter. Elle, c’est Brigitte. Elle veut qu’il lui écrive une chanson d’amour. L’histoire peut commencer. Mais il faut bien l’admettre, en quelques minutes, elle nous a déjà happé.

©Jean-Marie Marion
Il a suffi de les voir et de les entendre tous les deux pour être embarqués. Mathilde Bisson et Jérémie Lippmann. Incroyables de justesse, troublants de sincérité, simplement fascinants, ils ne jouent pas à faire comme si, ils ne s’égarent pas à imiter. Ils se tentent. Ils se prennent. Ils se déchirent. Ils s’aiment. Ils sont Serge et Brigitte.

De leur liaison dangereuse, aussi brève qu’intense, de leur amour défendu et irrésistible, physique et sans issue, on croyait, comme vous, avoir tout lu, tout compris. On était assez loin du compte. L’auteur, Bertrand Soulier, qui sait ce qu’aimer une femme et écrire une chanson veulent dire, a su nourrir admirablement les pointillés de leur parenthèse. Donnant aux deux interprètes, dirigés avec intelligence par Philippe Lellouche, les mots qui font vibrer et qui nous manquaient.

Mieux encore, en éclairant d’un autre jour le récit de leur si belle histoire. L’une des chansons que Gainsbourg va composer tout au long de la pièce, c’est Bonnie and Clyde. Et le motif comme un leitmotiv va sans cesse renvoyer les deux amants à ce qu’ils étaient aussi et peut-être même d’abord. Des hors-la-loi, des fugitifs. En cavale, comme l’étaient Parker et Barrow. Pas de FBI ici mais l’omniprésence de Gunter Sachs qui avait ses entrées à l’époque au ministère de l’Intérieur. Et le poids, surtout, de la bienséance et de la bonne moralité de la France d’avant soixante-huit.

« Moi non plus » est aussi à cet égard le récit d’un homme et d’une femme résolument attachés à leur liberté. En avance d’un temps sur leur siècle et qui chacun à leur façon ont bougé les lignes de leurs mondes.

©Jean-Marie Marion
« Quand on se penche un peu sur l’histoire de Bardot« , souligne le metteur en scène Philippe Lellouche, c’est une femme à qui on ne pouvait rien refuser. Elle se met la tête dans le four à dix-sept ans parce que ses parents ne veulent pas la laisser épouser Vadim… Et après, avec Jean-Louis Trintignant, elle appelle le général de Gaulle pour qu’il ait une permission et qu’il puisse venir la voir le week-end !… rien ne pouvait arrêter Brigitte Bardot !! Et on a le sentiment que rien ne pouvait arrêter Serge Gainsbourg. Et c’est à mon avis là dessus que l’histoire d’amour tient, sur la liberté. »

« Une pièce romantique sur une histoire d’amour » pour Lellouche. « Une pièce terrible sur le mensonge amoureux » pour Soulier… « Moi non plus », c’est tout ça à la fois. C’est l’amour qui vous sublime et vous fait accomplir des prodiges. Peu importe qu’il dure cinquante nuits, pourvu qu’au point final, il vous ait rendu plus grand et plus beau. C’est aussi pour ça qu’on aime et qu’on retourne au théâtre, pour être témoin de ces miracles.

O.D

 

Moi non plus une pièce de Bertrand Soulier, mise en scène par Philippe Lellouche

Avec Mathilde Bisson et Jérémie Lippmann

Lumières de Jacques Rouveyrollis

Costumes de Manfred Thierry Mugler

Au théâtre de la Madeleine

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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