Tapage Culture

Ils ont la plume aérienne, le riff mordant et mélodieux. C’est une bande qui s’est choisie, un band qui s’affirme. En route vers les étoiles, c’est Hãlley.

Il y a comme ça parfois des ébauches riches de promesses, des petits matins incertains qui laissent entrevoir des beaux soirs. Encore tout jeunes, encore bien lisses, ces cinq-là ont pourtant déjà trouvé leur son et tracent leur voie sans trembler. Sûrs de rien sinon que le voyage est de toute façon plus beau que sa destination finale, on se dit, dès les premiers temps de la rencontre, que prendre le temps d’un bout de route avec eux n’est pas le perdre.

©Jean-Marie Marion
Embarqués sur la même comète, il y a Clara au chant, Baptiste à la guitare électrique, Gaël aux claviers, Jules à la batterie et Loïc à la basse. Ils se sont pour la plupart rencontrés sur les bancs de l’école, pas de la communale mais plutôt ceux de l’école Atla du côté de Pigalle, et ont su nourrir leur collectif de leurs influences individuelles. Et ça s’entend. Et c’est bon de l’entendre. Parce que sans se faire des noeuds au cerveau, sans chercher à tout prix à se démarquer, ils se sont simplement trouvés, ajoutant leurs propres couleurs, et elles sont belles, à un paysage musical qui pourtant n’en manque pas.

« Chaque chanson a un climat différent », confie Clara, « on aime la lumière, on aime les ombres. On recherche les dualités, les oppositions. On tourne beaucoup autour du rêve, du voyage et de la quête de quelque chose qu’on n’atteint pas. Nos images sont simples, peut-être un peu naïves mais accessibles. Les thèmes sont très métaphoriques, très oniriques mais en même temps, on les combine avec une énergie très rock… en fait, on raconte des histoires en faisant du rock ! »

Le fait est que lorsque Clara chante et que les garçons envoient le son, le ciel tout d’un coup s’éclaire et même s’embrase. C’est l’effet que ça fait, Hãlley.

« Plus on s’approche de la comète, plus on prend conscience de sa grandeur, de son incandescence, de sa puissance », poursuit Jules, « c’est ce qu’on essaie de transmettre. Ce qui est intéressant, je trouve, c’est l’ambivalence entre les aspects mélodieux, avec des vraies cadences d’accords assez travaillées, c’est pas juste un riff qui tourne, et parfois cette puissance notamment sur la partie rythmique basse-batterie. Ce que composent Clara et Baptiste et la partie de Gaël me fait penser à quelque chose de très cosmique. Avec Loïc à la basse et moi à la batterie on essaie d’être davantage dans l’énergie, d’apporter une sorte de puissance, plus directe, qui va équilibrer le tout ».

Et puisque c’est sur scène que tout se donne vraiment, que tout se vit enfin, Hãlley en concert se joue de la gravité, décolle et s’envoie alors au ciel. Peut-être bien même le 7é et sans passer par l’entresol.

« Derrière mes claviers, ce tableau de bord géant,  j’ai l’impression de piloter un vaisseau spatial », explique Gaël, « je ne peux pas vraiment bouger, alors je suis un peu dans ma bulle. Je suis connecté aux autres mais je me sens comme un sorcier avec ses bâtons d’encens… (rires) ». « On est dans une trans consciente générale », raconte Loïc, « même si on a beaucoup travaillé avant pour être très pros sur scène, on est tous un peu dépassés, aspirés par la musique qu’on envoie ». « Moi, je regarde Loïc bouger, il est bestial (rires), ça me donne envie de bouger aussi », témoigne Baptiste, « cette adrénaline, ça me met dans un état que je n’arrive jamais à retrouver ailleurs… et avoir Loïc et Clara à mes côtés et Jules qui tamponne derrière, toute cette énergie qu’ils dégagent, moi ça me met vraiment… sur une autre planète ». Et Clara ? « Moi, j’essaie d’éviter les coups !! (rires) J’ai de plus en plus de mal à rester statique, ce que je faisais plus avant. Maintenant quand je sors de scène, je suis vidée ! » « J’essaie d’être le plus énergique possible », ajoute Jules, « pas tout le temps non plus. Il faut suivre les dynamiques à fond mais clairement je le fais cent fois plus, je suis beaucoup plus alerte à ça, en concert que lorsque on est en répètes… en concert, tout prend une dimension multipliée ».

©Jean-Marie Marion
À fond, à bloc. Sincères, impliqués. Et connectés entre eux autant qu’avec leur public, ils avancent ainsi les cinq d’Hãlley. Jules le résume bien :

« Je ne me vois pas faire autre chose à ce point là, avec autant de temps et d’intentions, autant d’interêt… Il n’y a pas une autre chose sur terre qui me plaise à ce point là. Ce n’est pas un choix, ça m’est tombé dessus… Comment, pourquoi on tombe amoureux d’une personne plus que d’une autre ? Ça ne s’explique pas. C’est la vie. Moi je suis tombé amoureux de la musique ! Et je ne me vois pas faire autre chose ». 

Il y a des chemins de vie moins excitants. Celui de Clara, Baptiste, Gaël, Jules et Loïc nous donne comme une envie irrésistible de faire confiance à la lune et de tirer des plans sur la comète. Enfin !

O.D

Hãlley sera en concert ce samedi 28 avril à 23 heures au Bus Palladium

Avant comme après vous découvrez In Moon We Trust, leur premier double EP, Ici !!

Et parce que c’est vous et que Tapage Culture vous aime :

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C’est un fou de musique qui se fout des formats. Un contrebandier en liberté et toujours en avance d’un mix. C’est un bonheur de Dj. C’est Zébra.

Depuis le temps qu’on nous le dit, de se méfier des apparences. Avec sa bonne mine de garçon sage, on lui donnerait les clés du top 50 sans confession ou la playlist d’une radio sans faire attention, confiant dans le soin qu’il mettrait à ne surtout rien toucher, ni déplacer. On aurait gravement tort. Le laisser seul avec des disques peut bien au contraire vous causer d’importantes surprises. Comme par exemple l’entendre lui-même donner la réplique à Julio Iglesias sur Vous les Femmes… si, si, il a osé ça. Ou découvrir Joey Starr passer du côté obscur de la force sur la Marche de l’Empire de Star Wars. Forcément, ça intrigue.

C’est qui ce mytho qui tape l’incruste chez Jacques Dutronc dans l’Aventurier ? C’est quoi cette manie de marier les rythmes des uns aux accords des autres et sans leur consentement évidemment ? Notez que s’ils disaient oui, ça pourrait le vexer. Il aime trop la musique, toutes les musiques, pour ne pas avoir envie tout de suite de jouer avec. La permission, ce sera ensuite. Ou pas. On se dit qu’à la récré, on aurait bien aimé le croiser, qu’il devait avoir le sens des chemins de traverse et des sentiers buissonniers. Lui, c’est Antoine Minne mais ceux qui l’aiment l’appellent surtout Zébra, Dj Zébra.

©Jean-Marie Marion
La dernière fois qu’on l’a croisé, on s’en souvient bien. Comment l’oublier. Il était cerné par les binious et les bombardes ! Il y avait même des cornemuses. Zébra avec le Bagad Karaez. Un zèbre chez les Bretons, imaginez ça. Fallait pas le laisser traîner aux Vieilles Charrues !! Une aventure, encore une, qui s’ajoute au tableau jamais fini d’un artiste toujours à l’affût du bon son et qui ne sait pas juste tourner en rond. On évoquait le Top 50, il l’a bien connu. Sauf qu’avec lui, il était question de champignons rigolos, « mangez-moi, mangez moi » qu’ils disaient, et de papier OCB dont chacun sait qu’il ne sert pas tout à fait à dessiner. C’était à l’époque de Billy ze Kick dont il était le bassiste.

« C’est la meilleure école, j’aurais pas pu tomber mieux. En arrivant dans une bande pareille, qui fabrique son disque avec un magnétocassette, un sampler et trois micros… cent balles et encore, cent balles prêtés par le dealer !! (rires) Ensuite, c’est le talent des chansons qui a permis que ça fonctionne mais comme quoi, avec l’équivalent de 15 euros d’aujourd’hui, tu peux te retrouver deuxième du Top 50 ! Alors le grand discours du « faut aller en studio, je veux signer sur un label », pfff… et quand dix ans plus tard j’ai commencé à faire des bootlegs, je n’imaginais pas que ça marcherait comme ça. Et d’ailleurs, j’ai pas cherché à en faire des disques.  Je me suis dit, à partir du moment où il faut rentrer dans le système des ayants-droit, on va tout perdre. » 

La petite musique de l’industrie du disque, il la connaît bien mais il préfère la sienne. Au gré de ses envies, au rythme de ses idées, celle qu’il peut créer dans l’instant. Sans filtres ni intermédiaires.

« Ce qui me plaît dans l’exercice du bootleg, c’est que j’ai l’idée le matin, j’enregistre l’après-midi et le soir, c’est en ligne. Le bootleg, c’est un fantasme de rencontres. Et j’ai la prétention de croire que l’industrie de la musique n’a pas assez d’idées pour réaliser ces fantasmes là. Elle est lourde. Il faut demander des autorisations, moi je ne demande rien à personne. C’est un truc de batard. Je suis un batard de la musique complètement assumé. Je parle au nom de tous les bootleggers, c’est à dire des pirates qui décident de faire quelque chose qui n’existe pas, on écoute beaucoup plus la musique, plus profondément que beaucoup d’autres. Pour faire ce qu’on en fait, il faut la comprendre entièrement, même dans son histoire. On développe une expertise qui, d’ailleurs, n’est plus tellement valorisée par l’industrie qui, elle, cherche juste quelque chose de facile à vendre. Nous, c’est pas du tout facile à vendre, il n’y pas de style, pas d’intention commerciale ni de prétention artistique, on prétend rien, on fait. »

Et puisque il faut bien commencer un jour, c’est au Pulp, club fameux du boulevard Poissonnière aujourd’hui fermé, que Zébra a signé ses premiers bootlegs.

« C’était une boîte de lesbiennes. Il n’y avait que des filles qui avaient envie de rigoler. Des excellentes clientes. De toute façon, tout le monde te le dit. Même Laurent Garnier !..  Il dit « une boîte de lesbiennes, c’est plus ouvert qu’une boîte de pédés ». Parce que les filles, elles ont envie de s’amuser ! Alors, je leur mettais des mélanges, elles rigolaient avec ça. Donc finalement, elles m’ont encouragé à le faire. »

Encore un peu et bientôt il nous ferait croire que c’est pas de sa faute à lui mais à cause d’elles qu’il bidouille de génie des chansons qu’on n’écoutera jamais ailleurs que chez lui. Parce qu’à la télé comme à la radio, le garçon fait comme à la maison. Chez Nagui, il débauche Cali qui n’attendait que ça et le fait chanter sur ses relectures de U2 ou des White Stripes. Les bonnes oreilles se souviennent de ses mix aussi jubilatoires qu’incandescents sur les ondes de Ouï FM, Virgin Radio ou RTL 2. Ceux qui étaient à la Rochelle, un soir de l’été 2010 n’ont pas non plus oublié son tir au but d’ouverture de concert, offrant la victoire au stade Rennais. Du foot aux Francofolies, il n’y avait qu’un zèbre aussi rayé que perché pour tenter. Comme l’autre soir, à l’Aérosol, spot de nuit éphémère dans le 18é, où avec Dj Prosper, ils ont bataillé tous deux de concert sous les couleurs du Bootleggers United, auxquelles on ne peut que se rallier.

©Jean-Marie Marion
Et c’est sans doute là que se trouve sa vraie signature à Antoine Minne, l’enfant de Ham (pas le bled de Rahan fils de Crao, non, Ham dans le trou de la Picardie mais son trou à lui et c’est lui qui le dit) il ose, il tente. Parfois, il se plante mais il ne regrette rien. Surtout pas d’avoir envoyé le son comme d’autres le bois. Ingérable, il a usé autant de responsables des programmes que d’attachées de presse, imprévisible, fantasque, il a plus de cordes à son arc qu’à sa guitare, son vrai nom il le signe d’un Z qui veut dire Zébra. Et aujourd’hui plus qu’hier, rien, plus rien ne l’arrête.

O.D

Et maintenant que vous avez lu, écoutez donc Antoine Zébra Minne Ici

 

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Le photographe Tony Frank n’a jamais été un paparazzo voleur d’images. Respecté et aimé des stars depuis les années 70, il était souvent invité par elles à s’immiscer dans leur intimité, comme chez Serge Gainsbourg,  au 5 bis rue de Verneuil. Un grand privilège…

 

Tony Frank a commencé sa carrière de photographe à 15 ans ( !) avec le magazine de jeunes  Salut les Copains, créé par Daniel Filippachi. Au fil des années, ayant le même âge que les vedettes yéyés de l’époque, il a su créer avec elles une proximité amicale grâce à sa bonhomie et sa jovialité naturelles. Impossible de résister à son sourire et de ne pas lui faire confiance. C’est ainsi qu’Eddy Mitchell, Véronique Sanson, Johnny Hallyday, Michel Berger, France Gall, Alain Souchon, Laurent Voulzy, Nathalie Baye, mais aussi les Who et Bob Dylan, pour ne citer qu’eux, ont toujours apprécié son oeil d’artiste.  C’est lui qui  créa la fameuse affiche  de Michel Polnareff avec ses fesses nues, ou, par exemple, la pochette de Melody Nelson, avec Jane Birkin, illustrant cet album écrit par Serge Gainsbourg.

Tony Frank 

Ah, rue de Verneuil, entre Serge et Tony,  là, c’est l’histoire de toute une vie partagée, avec des fêtes, des bons mots, des repas et des bonnes bouteilles, des séances de travail, et des pauses  dans la quiétude  de cet antre aux murs noirs de la rue de Verneuil,  découvert par l’artiste avec Brigitte Bardot. Un habitat baroque  aux fenêtres toujours fermées, où Maître Serge alignait avec minutie dans un ordre que nulle spontanéité ne devait déranger, pas même celles de  ses enfants, des objets, des bibelots précieux et fétiches des tableaux, des stages, des poupées anciennes collectionnées par Jane.  Sans oublier des médailles, des diplômes,  des décorations, et des trophées qu’il remportait. Sa cuisine était tout aussi ordonnée. « La spécialité de Serge, raconte Tony Frank, était de mitonner des plats marinés et de concocter des cocktails,  comme le Gibson, avec la précision et la dextérité d’un barman professionnel ! ». 

 

Photo Tony Frank 

Tony Frank a eu l’insigne honneur pendant des années de pouvoir prendre des photos de ce décor dont Serge Gainsbourg était si fier et dont il rapporte aujourd’hui les propos rieurs :  » Voilà, c’est chez moi. Je ne sais pas ce que c’est : un sitting room, une salle de musique, un bordel, un musée…Je ne sais pas ce qui est le plus précieux ici. Si ce sont les objets ou moi ! Qui est hors de prix ? Je pense que c’est moi ! « .  

 

Photo Tony Frank 

Le photographe a aussi immortalisé les innombrables graffitis d’admiration qui avaient complètement envahi le mur extérieur comme, déjà, une expression spontanée de street art et qui perdurent encore aujourd’hui, sans cesse recouverts par d’autres. Selon Tony Frank, Serge était ému et amusé de ce lien direct avec ses fans anonymes et repérait immédiatement  les nouveaux messages du jour .  » Ma maison est célèbre!… ».

 

Charlotte et Serge Gainsbourg/Photo Tony Frank

 

Aujourd’hui, la maison, devenue un monument artistique secret de Paris,  que Charlotte Gainsbourg rêve toujours d’en faire un musée, espérant être officiellement aidée pour cela, est restée telle quelle après la mort de Serge, en 1991, offrant pour les seuls murs noirs les trésors de toute une vie. Des trésors que Tony Frank a sublimé par ses clichés, que l’on peut détailler et admirer dans son livre et dans une exposition éclectique à la Galerie de l’Instant qui permet d’être virtuellement invité chez Gainsbourg

 

Grégoire Colard

 

 

 

 

 

 

 

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Une fille et beaucoup de garçons… Sylvie Grumbach a fait partie du premier cercle que Fabrice Emaer a réuni et embarqué dans la folle aventure du Palace.

C’était avant qu’on s’interdise. De boire, de fumer, de penser de travers, de s’aimer à l’envers. C’était avant le virtuel et l’obsession de marcher dans les clous du politiquement correct, quand la chair était vivante et les nuits vibrantes. C’était il y a quarante ans. C’était le Palace. Et ça pouvait commencer comme ça…

« Comme c’était un théâtre, les gens étaient aussi spectateurs qu’acteurs. Il y avait beaucoup de monde à la porte. Ça venait en métro ou en limousines. Il y avait un couloir  de deux cent cinquante mètres à parcourir (rires)… déjà on défilait. Et puis les portes s’ouvraient et là, il fallait faire une entrée pour qu’on vous remarque un peu. On descendait quatre marches et soit on s’arrêtait au bar à gauche soit on allait directement dans la fosse pour danser. Et là, en dansant, on regardait ce qui se passait au balcon… tiens, il y a untel dans la loge droite, untel dans la loge gauche… on était comme à l’Opéra. »

©Jean-Marie Marion
C’était il y a quarante ans mais, à écouter Sylvie Grumbach, on a l’impression que c’était l’autre soir. Et avant le tout premier au 8 rue du Faubourg Montmartre, il y eut d’abord tous les autres au Sept de la rue Sainte-Anne où elle allait danser. Elle était jeune attachée de presse. Le maître des lieux s’appelait Fabrice Emaer. Chez lui, se mélangeaient déjà les mondes de la mode et du théâtre. Il portait ce rêve d’une boite de nuit à la démesure de ses envies. Il lui a alors proposé de se joindre à la première bande des cinq, celle des fondateurs. Si Dominique Segall, autre grand attaché de presse, est venu avec sa famille du cinéma et du théâtre, Sylvie a pour sa part fait entrer sa tribu à elle. Celle de la mode. Thierry Mugler, qui a signé les incroyables uniformes des barmen, Kenzo, Claude Montana, Jean-Paul Gaultier… Ils n’étaient pas encore des marques mondialement connues, juste des jeunes créateurs.

« C’est Claude Aurensan qui nous avait rapprochés. J’ai eu ainsi l’occasion de rencontrer Fabrice pendant des vacances à Tanger, où il louait une maison tous les ans et j’ai fait partie de ces joyeux étés. Plus tard, avec Claude, ils ont découvert le Palace et ils m’ont demandé de faire partie de cette aventure, ce que j’ai accepté avec plaisir… mais sans savoir ce que c’était que de travailler la nuit (rires). Ce qui était fabuleux, c’est qu’il ait fait d’un très joli théâtre, un lieu de nuit avec une programmation de cinéma, de concerts, de ballets puisque on était liés au festival d’Automne… Il avait aussi demandé au peintre Gérard Garouste de faire des décors et comme les cintres étaient restés intacts et qu’il y avait des régisseurs, on pouvait changer ou mélanger les décors… ajouté aux lumières, à la musique de Guy Cuevas,  on était dans un lieu féérique tout le temps !! » 

Le Palace était comme un enfant monstre à qui Emaer n’aurait jamais su dire non. Sylvie, elle aussi, se souvient de l’engagement total de Fabrice pour le lieu qu’il avait tellement désiré. Parce qu’il aimait la beauté et s’amuser, parce qu’il aimait aussi faire plaisir et que les gens s’amusent, tout ce qu’il gagnait était systématiquement réinvesti dans le décor, dans la lumière, dans la programmation. L’homme buvait peu, se droguait encore moins et ne dansait pas davantage mais il savourait soir après soir, sans omettre un détail, le spectacle dont il était le grand metteur en scène.

« Il avait remis les calendriers à l’heure du calendrier. C’est à dire qu’on fêtait le Printemps et l’Hiver avec la mode, on fêtait mardi gras, on fêtait les dimanches après-midis et là, les filles étaient interdites… Alors tout le monde peut bien-sûr parler de la fête de Karl Lagerfeld ou du mariage de Loulou de la Falaise mais moi, je me souviens surtout des fêtes grand public. Comme le bal de Sissi Impératrice où je voyais tous ces garçons moustachus habillés avec des crinolines en train de danser la valse, ça pour moi, c’est un souvenir merveilleux ! (rires) »

 

La disparition de Fabrice Emaer, en 1983, a sonné la fin du bal. Celle aussi d’une époque. Le clan des 5 n’y a pas survécu non plus. Sylvie se souvient mais sans amertume que certains lui ont alors tourné le dos. Elle a poursuivi sa route en fondant, en 1984, l’agence de presse 2é Bureau. On lui doit notamment d’avoir popularisé des grands évènements autour de la photographie comme Visa pour l’image à Perpignan, le Salon de la Photo de Paris ou encore le World Press Photo.

Elle a continué un temps à sillonner la nuit mais n’a jamais retrouvé aux Bains-Douches, à l’Elysée-Matignon, chez Castel ou Régine ce sens incroyable de la mixité et du mélange, de tous les mélanges, qui aujourd’hui encore reste au fond la signature du Palace. Pour Sylvie, Fabrice Emaer était un personnage de roman. Même une fois tournée la dernière page, il y a comme ça des romans qu’on n’oublie jamais.

O.D

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Jean-Marie Périer, surtout connu pour avoir été « le » photographe des Yéyés, ne s’est pas arrêté aux années 60 et 70.

Son objectif s’est reflété dans les yeux de Johnny Hallyday, de Michel Berger, de Claude François, de Sylvie Vartan, de Sheila et de tous les rois et reines des hits -parade et notamment dans le regard amoureux de Françoise Hardy, un temps sa compagne. Jean-Marie Périer avait l’art et l’imagination de les shooter dans des cadres idylliques ou improbables, dans des tenues, voire des déguisements, qu’il était le seul à pouvoir leur faire endosser le temps d’un clic-clac merci Kodak.

 

Jean Gaul Gaultier / Photo Jean-Marie Périer 

Aujourd’hui, il expose son travail de capteur d’images prises de la Fashion Galaxy  des années 90, que ce soit auprès de Jean-Paul Gaultier, d‘Azzedine Alaïa, de Viviane Westwood, d’Issey Miyaké, d’ Yves Saint-Laurent, de Karl Lagerfeld, de Thierry Mugler mais aussi de mannequins restés cultissimes tels Carla Bruni, Jerry Hall ou Monica Bellucci.

« Dans les années 60-70, les chanteurs étaient les figures emblématiques d’une nouvelle ère, celle de la libération de la jeunesse, et, ensuite, ce sont les grands couturiers qui ont porté à leur tour la flamme de cette émancipation, de faire exploser avec leurs aiguilles les codes vestimentaires.  Cela m’a follement amusé, par exemple, de mettre Kenzo Tagada sur un éléphant, de monter un studio avec Viviane Westwood habillée en  Marie Antoinette, accompagnée à ma grande surprise d’un garçon entièrement nu ! Pour moi, cette décade a été une parenthèse glorieuse dans nos vies »

 

Viviane Westwood / photo Jean-Marie Périer  

 

C’est à la demande de sa soeur Anne-Marie Périer, alors rédactrice du magazine « Elle », que toutes ces photos de mode ont été alors réalisées et sont aujourd’hui exposées à la galerie Photo 12, magistralement tenue dans le Marais par Valérie-Anne Giscard d’Estaing,  qui nous  confie :

« Je suis heureuse  d’avoir pu mettre en valeur une autre facette de l’art de Jean-Marie Périer, tout aussi  éblouissante que celle que l’on connaît tous de son époque yéyé, mais moins connue.  Avec cette série sur la mode, il laisse une empreinte poétique très significative sur chacun de ses clichés, mêlée à une inspiration très personnelle. Son regard est à la fois artistique et sociétal »

 

Valérie-Anne Giscard d’Estaing / Photo Jean-Marie Périer 

 

Grégoire Colard

Fashion Galaxy, à découvrir en ce moment à la Galerie Photo 12, 14 rue des Jardins Saint Paul, Paris IVé.

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Après Tartuffe de Molière, la comédie Douce Amère de Poiret. Et encore un beau succès pour Michel Fau, dont la liberté ne manque décidément pas d’esprit.

L’oiseau est aussi beau qu’étrange, aussi rare que singulier, ce qui ajoute à son indéfinissable charme et rend précieuse chaque occasion de le voir sur scène et de le rencontrer. L’impression à chaque fois de vivre un moment entre parenthèses. C’est d’ailleurs dans la loge si chargée d’histoires et de souvenirs de Jean-Claude Brialy aux Bouffes-Parisiens, que Michel Fau nous a reçus ce jour-là. À une heure du lever de rideau, comment le dire mieux, on était déjà au théâtre.

Après ce faux dévot de Tartuffe avec Michel Bouquet qui, en début de saison, fit jubiler le public du théâtre de la Porte Saint-Martin, c’est donc à Elizabeth et Philippe que Michel Fau s’est intéressé, passant du 17é siècle aux années 70 avec une aisance presque insolente et une totale insouciance du qu’en pensera-t-on. Douce Amère que Jean Poiret écrivit à l’âge de quarante ans, trois ans avant la Cage aux Folles, nous raconte l’histoire d’un couple que le temps a usé et va bientôt désunir. Elle s’apprête à voler vers sa liberté et ses fantasmes. Tandis que lui se tient encore sur le pas de la porte et tente, avec l’élégance et l’humour sublimes des perdants magnifiques, de la guider au mieux sans totalement renoncer à mettre en scène, une dernière fois, ses joutes amoureuses.

« C’est une analyse clinique des comportements humains et vous savez, c’est comme Jean Racine qui écrit Phèdre, c’est l’un des plus beau rôles de femme et c’est écrit par un mec. Là c’est pareil, c’est un homme qui écrit un rôle de femme magnifique, face à ses fantasmes. C’est comme si elle avait besoin de trois hommes différents pour remplacer son mari. Et elle n’arrive pas à le remplacer, en fait. Je pense qu’elle s’interdit certaines choses. Elle s’autocensure avec cette recherche de liberté. Et c’est pour ça que c’est un sujet qui me semble important. Depuis les années 70, où on était beaucoup plus libre et beaucoup plus ouvert, je trouve qu’on s’est renfermé, on est devenu plus raisonnable. On essaie de tout justifier, de tout baliser alors que le fantasme, la passion, l’amour, le désir, tout ça reste absurde, inexplicable, mystérieux. Et c’est bien que ça le reste. »

 

©Jean-Marie Marion
Avec Douce Amère, on redécouvre peut-être ce qu’aimer vraiment l’autre veut dire. Les mots de Philippe, souvent d’une irrésistible drôlerie, soulignent l’esprit brillant qu’il est. Ils racontent aussi sa peine et en disent long sur l’amour qu’il porte à son épouse. Un amour pour elle, pas un amour pour lui-même. Il est malheureux mais il n’est pas jaloux. Comme Michel Fau sait l’être lui-même, qui s’avoue sans fard incapable de jalousie, dans sa vie sentimentale comme dans son travail. On découvre aussi et surtout la belle langue de théâtre dans laquelle écrivait Jean Poiret.

« Ah, je trouve ça très important. Et le fond et la forme. C’est à dire, j’aime bien quand les pièces disent des choses subversives et insolentes, qui dérangent, qui décalent les repères et j’aime aussi quand il y a un style. Et là, il y a vraiment un style. Assez littéraire d’ailleurs. Mais qu’on lui reprochait en 70 et que certains théâtreux lui reprochent encore aujourd’hui (sourire). Mais en effet, la langue est très très belle… Je lis beaucoup de pièces et c’est vrai que je suis attaché à la poésie. La poésie, c’est la réalité sublimée, chantée ou rêvée… je suis sensible à ça. »

C’est avec cette même poésie que Fau, en s’inspirant des films de Lautner et de Kubrick ou en empruntant au designer Pierre Paulin, a revisité les années 70 qu’il nous livre telles qu’il s’en souvient ou mieux, comme il les a fantasmées. Et des décors aux costumes, les tableaux qu’il a su composer sont absolument jubilatoires.

« Les costumes sont des copies des costumes de l’époque, qui était assez audacieuse même pour les hommes. Mais c’est vrai qu’ici on a rêvé. Moi ce que j’aime, c’est aussi ce que j’ai fait sur le Tartuffe ou sur le Montherlant (Demain, il fera jour), c’est rêver sur une époque… donc je la réinterprète. Mes modèles, c’est Kubrick, c’est Fellini ou Scorcese et c’est vrai qu’ils délirent sur une époque. C’est pas vraiment de la reconstitution historique mais c’est pas de la modernisation… c’est une vie de fantasmes. »

Dans ces mêmes années 70, Michel Fau était un enfant mais il se souvient d’années incroyablement foisonnantes, où pouvaient sortir la même semaine la Grande Bouffe de Marco Ferreri, la Maman et la Putain de Jean Eustache et la Maison de Poupée de Joseph Losey. Ces mêmes années où lui et ses parents montaient une fois par an à Paris et passaient, tout à leur gourmandise, des grands classiques de la Comédie Française aux comédies des Grands Boulevards. Ce qui explique sans doute qu’aujourd’hui, le comédien, comme le metteur en scène qu’il est devenu, voyage sans entraves d’un monde à l’autre, sans se soucier des étiquettes, des frontières invisibles du métier et des afféteries du moment.

« J’avais perdu ça… J’aimais autant Maria Casarès que Maria Pacôme, j’avais pas de filtre en fait. J’allais voir toutes les pièces d’Antoine Vitez, j’allais voir aussi toutes les pièces de Jacqueline Maillan, je n’avais vraiment pas d’oeillères et après j’ai perdu ça. Parce qu’après on est pris dans un système, on nous dit c’est ça qu’il faut aimer, pas ça... Mais depuis, je suis redevenu fidèle à mes délires et ça va beaucoup mieux. Et d’ailleurs avec le Poiret, il y a toute une jeune génération qui découvre, qui trouve ça merveilleusement écrit, qui aime… parce qu’il n’y a pas d’a-priori. Mais je la paye cette liberté. C’est dur. Il y a des jours où je me sens seul. Parfois je parle de projets à des acteurs, ils ne comprennent pas où je vais… Mais je pense qu’être artiste, c’est ça. C’est être fidèle à ses rêveries… Un artiste, c’est un punk, un rocker, c’est un ringard, un décadent, un fou-furieux. »

 

©Jean-Marie Marion
Un artiste, c’est au fond, quelqu’un qui pourrait bien ressembler à un zigue dans son genre, à un oiseau de ce plumage. Un peu comme ce drôle de mec que chantait Vassiliu dans ces mêmes années 70. Avec sa drôle de tête qui ne plaisait pas à tout le monde mais beaucoup aux filles, qui ne vivait pas comme les gens même que ça les emmerdait qu’on ne vive pas comme eux. Et qui à la fin de la chanson remontait dans son engin interplanétaire pour ne plus jamais remettre les pieds sur la terre.

Même s’il n’est pas comme les autres, Michel Fau, lui, reste des nôtres. En ce moment aux Bouffes-Parisiens. Et bientôt aux Bouffes du Nord. Bonne nouvelle, on n’a pas fini d’être étonnés.

O.D

 

Douce Amère de Jean Poiret, mise en scène de Michel Fau

Avec Mélanie Doutey, Michel Fau, David Kammenos, Christophe Paou et Rémy Laquittant.

En ce moment au théâtre des Bouffes-Parisiens

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La tendance naturiste se précisait déjà depuis quelques années à Paris se mettant à nu, mais un nouvel évènement dans un lieu officiel de la République va officialiser cette libération des corps!

De fait, jusqu’ici la France, et notamment Paris, était très en retard sur le naturisme en public, alors qu’en Allemagne, aux Pays Bas, en Autriche, en Espagne et au Québec, pour ne citer que ces pays, il est parfaitement naturel de se montrer en public dans le plus simple appareil, sans déclencher le moindre scandale, ni subir une quelconque agression, qu’elle soit verbale ou physique.

Et pourtant, il existe l’Association des Naturistes de Paris, qui organise des soirées piscine sans maillot, ou encore des réservations  pour des concours de bowling à nu,  comme ce le sera le 3 avril prochain, et même des soirées restaurant sans « couvert »!  L’été dernier, Anne Hidalgo, la maire de Paris, a donné son accord pour ouvrir aux nudistes une très grande zone de liberté dans le Bois de Vincennes, mais aussi pour réserver un espace dans Paris Plages, sur les quais de la Seine, ce qui devrait être renouvelé cet été pour les deux lieux.

 

Un nouveau projet de l’Association des Naturistes de Paris, mais artistique, celui-ci,  a été accepté et soutenu par le Palais de Tokyo, un haut lieu des musées parisiens, pour ouvrir son exposition « Discorde, fille de la nuit »  le 5 mai au matin à cent soixante fesses-à-l’air. Les réservations se sont envolées en quelques minutes, dont en majorité celles de femmes de 18 à 34 ans, alors que plus de vingt-six mille demandes, dont de touristes du monde entier, n’ont pu être  satisfaites. Gageons que d’autres dates seront envisagées… La même expérience avait déjà eu lieu au Québec où une exposition du photographe sulfureux Robert Mapplethorpe avait déchaîné une foule de non-textiles !

Dans ce même esprit, un artiste français, Fred Brulé, se produira le 12 mai,  dans le 19 eme arrondissement,  sur une scène dont le nom est encore secret, afin d’y proposer  « J’ai la langue qui fourche », le 1er spectacle naturiste humoristique, où le vestiaire intégral sera exigé… et les photos  interdites! TapageCulture vous en informera en temps et heure…

 

Grégoire Colard

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Il a signé de ses doigts de platine la fabuleuse bande son du plus incroyable night-club de Paris. Au Palace, le maître de cérémonie s’appelait Guy Cuevas.

Voilà qui va sans doute en rider quelques uns ou en rajeunir quelques autres, il y a quarante ans à Paris, au 8 rue du Faubourg-Montmartre, le Palace ouvrait ses portes. La fête allait durer cinq ans. Et l’histoire des nuits parisiennes ne serait plus jamais la même. Pour Tapage Culture, les héros à cause ou malgré eux de cette folle aventure ont bien voulu se souvenir.

Aux platines, il y avait donc ce Cubain fantasque et fantastique disquaire qui aurait fait se trémousser un piquet, danser un cul-de-jatte et décapsulé le plus amidonné des collets montés, Guillermo Cuevas Carriòn, alias Guy Cuevas. Un nom comme un personnage de roman, même si l’homme serait encore trop à l’étroit dans les pages d’un livre.

©Jean-Marie Marion

Arrivé de sa Havane natale en 1964, Guy va très vite faire parler de lui. Le garçon est comme un soleil dans le ciel de Paris. Il embrasse tout le monde comme si tout le monde était de sa famille. Au Nuage notamment, du côté de Saint-Germain des Près, simple client, il met déjà ses disques et impose tout à la fois son tempo et son sens du bonheur. Il met en joie, il met en fête. L’actrice Bernadette Laffont, devenue sa grande amie, va souffler son nom à un autre garçon qui de son côté, sur l’autre rive de la Seine, fait les belles heures nocturnes de la rue Sainte-Anne. Il s’appelle Fabrice Emaer.

Après avoir créé le Pimm’s Bar, clin d’oeil à la boisson favorite de son ancien amant, un certain Lord Peter, il a ouvert à quelques pas de là, le Sept. Le Sept, en 1968, c’est le prélude des années Palace. Peu importe qu’on soit hétéro, homo, bi, blindé ou dans la dèche, pourvu qu’on soit beau et glamour. Emaer a besoin de changer son disquaire dont les doigts collent sur les galettes de vinyle. Il charge son ami Claude Aurensan, autre figure historique de ce qui deviendra le Palace, d’aller au Nuage débaucher ce Cubain au rire d’enfant dont on lui parle avec insistance. Cuevas passe chez Emaer. Chez Fabrice, Guy va inventer quelque chose de nouveau.

« C’est ce qu’on me dit depuis quarante ans, j’ai créé le métier de disc jockey. À l’époque, on disait passeur de disques mais on ne parlait pas de DJ. Surtout, j’ai créé un style. Je suis arrivé au Sept avec peu d’expérience mais avec les idées folles que j’avais dans la tête. Parce que j’ai été toute ma vie curieux de tout ! De cinéma, de théâtre, de ballet, de musiques symphoniques, de bossa nova, de rock’n’roll, de belles musiques noires, de jazz… de tout… Et la clientèle du Sept, il y avait un gros noyau homosexuel bien-sûr, mais ce n’était pas l’ambiance sale des backrooms, c’était des Américains, des mannequins, des chanteurs, des journalistes, des écrivains, des gens dans la culture. Et ils partageaient mon approche du bien-vivre, du bien-être… donc, tout ce que je mettais comme musique, tous mes mélanges même invraisemblables, tout fonctionnait !! » 

Pour les bousculer, il les a même drôlement chahutés ses clients. Passant par exemple de Véronique Sanson à Quincy Jones en s’arrêtant chez Les Mac Cannn fameux jazzman, saupoudrant son set d’un zeste de kitsch, pourquoi pas Marylin Monroe, parce qu’il ne fallait pas pas que tout soit trop lisse, trop chic. Aux playlists de métronomes, Guy préférait déjà le sur-mesure. Créateur fabuleux d’instants éphémères, il composait chaque soir des symphonies d’un nouveau genre, mélangeant les succès du moment aux sons de la rue ou à des chants d’oiseaux, s’inspirant de ce que lui renvoyait la piste de danse, s’imprégnant de l’ambiance ce soir-là du club pour la porter plus loin, plus haut, ailleurs. Un geste d’esthète. Un pur bonheur de clubber.

©Jean-Marie Marion

Si bien que, lorsque au mois de mars 1978, après des mois de réflexion et un repérage de l’autre côté de l’océan au Studio 54 à New-York, Fabrice Emaer, sur les bons conseils de son ami Michel Guy, à l’époque ministre de la Culture, décide d’ouvrir une nouvelle boîte de nuit dans les vestiges d’un ancien music-hall à l’ombre des Grands Boulevards, la bande son est déjà prête. Emaer, que tout intéresse tellement qu’il ne dort que quatre heures par nuit, a déjà trouvé ses oiseaux rares. Son premier cercle. Et on prendra le temps ici-même d’évoquer les autres mais à la musique, à toutes les musiques, ce sera Cuevas.

« On avait décidé de créer !! De créer des spectacles, d’élever le débat, d’élever la clientèle, tout en disant dès le départ qu’il fallait mélanger, c’est ça qui était amusant, qu’il fallait mélanger tout le monde ! Mélanger la célébrité et l’anonyme, le bourgeois et le populo, le chiquissime et le glauquissime ! Le travelo avec ses obus et des pinces à linge au bout des seins à poil sur la piste à côté de Maurice Béjart, ou le roi de Suède à côté d’un petit noir qui n’avait pas de sous mais qui dansait divinement bien, donc au contraire on lui offrait des verres pour qu’il  mette de l’ambiance ! … À la base de tout, comme Fabrice le disait si bien lors de ces déjeuners qu’on avait dans la journée, c’était un brainstorming, il y avait une réflexion ! Tout était pensé, tout était réfléchi. Jusqu’aux tenues des barmen. Chaque jour, chaque soir. Et Fabrice ne voulait personne qui fasse la gueule. Il disait: si vous êtes fatigués, prenez des vacances tant que vous voulez… ou une petite ligne (rires). »

Des souvenirs de ses années Palace, il en a tellement Guy Cuevas. Des images lui reviennent encore en mémoire. Comme celle, belle à pleurer, de Tom Waits, sublime en clochard céleste, dont la silhouette se découpait en clair obscur à la lueur d’un réverbère, seul accessoire de mise en scène d’un concert entré dans la légende. Comme celui de Prince, son tout premier en France. Il se souvient aussi de la fâcherie qui décida de son départ dans l’heure. Une remontrance de Fabrice. Guy partit alors de son côté, ne se laissant d’autre alternative que d’aller exercer ailleurs son talent immense. Aux Bains Douches d’abord. Au Barrio Latino ensuite, où le patron était plus obsédé par la petite musique du tiroir caisse que par les accents célestes de ses géniales fulgurances.

Il y a quelques années, les yeux de Guy sont entrés dans la nuit. Mais il reste curieux comme au premier jour. Et il se souvient de tout. L’ami de toujours, Thierry Ardisson, s’est d’ailleurs assuré ses lumières pour un film dont le Palace sera la toile de fond.

Nouveau projet, nouvelle aventure. Preuve sans doute qu’on ne tourne jamais en rond à ne pas tourner le dos à ses souvenirs. Et qu’elle peut laisser de belles traces, une vie de Palace.

O.D

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Incisif et poétique, rock et littéraire, avec Sourire Carnivore, son tout premier album, Louis Arlette affirme d’entrée sa belle singularité.

C’est étonnant comme des premières chansons savent parfois éviter la maladresse un peu gauche des premiers pas. Comme si l’artiste, encore à l’aube de sa carrière et tout à l’ébauche de son oeuvre, avait commencé par prendre le temps. D’essayer, de s’égarer, d’explorer, d’aimer, de vivre. C’est ce qu’a dû faire Louis Arlette, qui, presque sans prévenir, vient de débouler sur nos chemins un brin trop tranquilles, bousculant sans violence mais avec élégance les lignes devenues convenues de la pop et du rock. Oui, c’est ce qu’il a dû faire, Louis. Prendre le temps d’être lui. Et puis un jour, le moment est venu, c’est d’ailleurs sur cette chanson comme un clin d’oeil, que s’ouvre son bel opus, et il est bien venu.

Sourire Carnivore, douze titres pour lever l’ancre et rêver ou danser jusqu’à l’ivresse. Pour aller se percher plus haut et y rester ou pour se sentir simplement vivant et vibrant. Douze chansons, autant de voyages, douces et symphoniques comme la pop, brûlantes et électriques comme le rock. Et la voix de Louis et les mots d’Arlette pour aimer que dure la parenthèse. En français dans le texte et sur les rivages de la poésie.

 

©Jean-Marie Marion

La poésie, c’est une autre forme de langage. Plus poussée. C’est pour ça qu’elle me fascine. On peut jouer avec les double sens, avec les émotions, avec les histoires… la langue française est d’ailleurs un outil incroyable !! Je ne comprends pas le complexe dont on souffre aujourd’hui encore. Je ne comprends pas que des groupes se mettent à chanter en anglais. Je perçois ça comme une barrière. Et je suis très heureux  quand je vois des artistes français qui s’assument et n’ont pas peur de la modernité ni d’utiliser leur langue maternelle.

La modernité, Louis Arlette s’est donné les moyens de l’apprivoiser. Déjà riche de ses années de conservatoire, où il apprit à jouer du violon et du piano, l’oreille affutée notamment à l’écoute de Kraftwerk, il s’est aussi formé au métier d’ingénieur du son. Ce qui l’a conduit à travailler avec deux fameux Versaillais, Jean-Benoît Dunckel et Nicolas Godin du groupe Air.

Les machines, j’y suis venu un petit peu plus tard. Elle ne sont pas enseignées. C’est encore une école autodidacte, c’est ce qui est intéressant. On crée sa propre personnalité avec les machines. C’est un moyen d’étendre son corps… ça ne dépend que de nous, de ce qu’ont veut améliorer. Le studio permet ça, ces possibilités infinies. C’est un peu comme le travail d’un peintre, en fait. On cherche ses couleurs, on affine ses goûts. On glane au fil des années… et on développe son styleL’acte de composer, de créer, c’est une recherche d’équilibre et c’est un travail qui n’est jamais terminé.

Une quête qu’il a pris le temps de mener à son rythme, dans le clair obscur des studios.  Presque deux ans pour livrer ce très abouti Sourire Carnivore.

J’aime les contrastes. Si jamais je devais choisir un peintre par exemple, je prendrais Le Caravage… la pleine lumière, c’est quelque chose d’écrasant, ça me rappelle ces salles de classe où j’étais baigné dans les néons à sept heures du matin, où on était tous les mêmes… non, j’aime beaucoup l’ombre, elle permet de se cacher.  Et je pense que la musique aussi doit être faite de contrastesDans cet univers que j’adore, celui, étanche, du studio, qu’on pourrait comparer à un sous-marin, on accumule une forme de tension. Et cette tension, il faut qu’elle explose à un moment et là, c’est justement le passage à la scène…  absolument nécessaire. Je me sens alors électrisé, grisé… ça peut être une vraie torture mais me retrouver en concert et sentir une vraie connexion, une vraie énergie avec le public, c’est la plus belle choses qui me soit arrivée !

Dans ses textes, Louis Arlette questionne le siècle qu’est le nôtre. Encore jeune et incertain, nourri comme nous d’élans contraires et d’absurdités. Il voudrait que ses chansons fassent danser autant que réfléchir, qu’elles soient utiles en somme. Elles sont déjà uniques et belles. Inclassables. Comme lui. Ce qui ne manquera pas de troubler les colleurs d’étiquettes mais ce n’est pas pour lui déplaire. Ça tombe bien, ça nous plaît aussi beaucoup.

O.D

Sourire Carnivore, le premier album de Louis Arlette dans les bacs et sur toutes les bonnes plateformes depuis le 9 février.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Adaptée du best seller d’Olivier Bourdeaut et portée sur les planches de la Pépinière Théâtre, En attendant Bojangles nous a chamboulés. Du rire aux larmes.

Il est des pièces de théâtre qui vous remuent. Elles vous prennent et vous retournent, elles vous chamboulent. Ces pièces là, elles sont autant remplies de joie, comme celle qui donne envie de tendre son bras par la fenêtre de la voiture alors qu’on va à la mer, que d’infinie tristesse. Vous savez, celle qui fait remonter les sanglots même bien après la fin du désastre. Ces pièces là, elles sont comme les montagnes russes, des ascenseurs émotionnels. Elles sont comme la vie finalement. C’est pas de tout repos, mais qui voudrait le calme quand on peut avoir l’ivresse ? En attendant Bojangles est de cette trempe là.

Plus qu’une adaptation sur les planches du premier roman éponyme d’Olivier Bourdeaut, Bojangles est une formidable ode à la vie et à l’amour. On plonge tête la première dans le récit d’un petit garçon, campé par le très juste Victor Boulenger, ébahi devant l’amour fou qui unit ses parents. Un dandy de grande classe, l’impeccable Didier Brice, et une douce dingue irrésistible. Leur vie est une fête perpétuelle faite de plaisir, fantaisie et d’amis sur fond de Nina Simone dont l’envoûtant Mr. Bojangles n’en finit pas de tourner sur la platine familiale.

Mais c’est la mère, Anne Charrier, époustouflante et solaire, feu follet imprévisible et extravagant, qui donne le ton et les entraîne dans un tourbillon de poésie et de chimères… Jusqu’à ce qu’elle se fasse elle même emporter par sa fuite en avant tragique. Si l’on rit des excentricités de cette famille haute en couleurs tout en crevant d’envie d’être à leur place, eux qui mènent la vie rêvée des anges, on ne tarde pas à se raviser.

Parce qu’il faut être sacrément armé pour ne pas chialer tout son soûl devant la folie qui s’empare de cette femme extraordinaire et qui l’écrase. Elle lutte comme une diablesse, entourée de ses deux amours, mais la souffrance est tellement forte…. Qu’elle finit par lâcher. Et sans elle, plus rien n’est jamais pareil.

Et nous, spectateurs fascinés, assistons impuissants à cette magnifique catastrophe. Et on pleure, et on applaudit, et puis on se tait.

Adeline Anfray

 

En attendant Bojangles, d’après le roman d’Olivier Bourdeaut, adapté et mis en scène par Victoire Berger-Perrin.

Avec Anne Charrier, Didier Brice, Victor Boulenger.

Au Théâtre de la Pépinière jusqu’au 5 mai 2018.

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