Tapage Culture

Les plus belles pépites du comique ne sont plus au cinéma ou au théâtre. Il y a bien plus hilarant. C’est partout. C’est la pub. Aujourd’hui, Deezer.

En matière de portnawak complet – à la fois intellectuel ET esthétique – la palme revient ce mois-ci à Deezer, qui claironne en 4×3 son made in France pour séduire nos compatriotes. Que voit-on ?

Une série de visuels avec, chaque fois : le portrait d’un musicien, d’un groupe hexagonal, posant au milieu de cercles orangés hypnotico-psychédéliques et accompagné de la mention «ça sonne anglais mais c’est français, comme Deezer ».

 

 

 

1. Déjà, comme argument de vente, c’est vaseux.

Car la grande qualité que revendique ici Deezer, ce n’est pas d’avoir un catalogue de dingue, des exclus, un son HD, etc. Non, c’est d’être français, point. Comme si, par essence, le made in France c’était 100 % top-chouette-trop-bien. Or chacun sait, même dans les rangs les plus reculés du Rassemblement National (ex-FN) que, malheureusement… C’est faux.  

Pire encore : DEEZER N’EST PLUS FRANCAIS ! 

En effet, depuis 2016, c’est Lev Blavatnik, milliardaire russo-américain, qui  détient plus de 50 % du capital, via sa société Access Industries, basée à New York (et également propriétaire de Warner Music). Ce qui fait dire à l’Autorité de la Concurrence que Blavatnik « a pris le contrôle exclusif de Deezer ». Orange restant le deuxième actionnaire. 

 

2. On n’a donc pas peur du mensonge chez Deezer.

On doit ignorer que le fact checking existe… Et l’on ne craint absolument pas le non-sens : sur tous les visuels, les artistes sont en noir et blanc. Un parti pris qui serait justifié si Deezer vantait son répertoire d’incontournables : Brel, Brassens, Piaf, etc. Le noir et blanc renvoyant au passé, aux gloires d’antan, ce serait cohérent, voire logique.

Or, Deezer met ici en avant une french touch actuelle : Her, DJ Snake… Le noir et blanc n’a donc aucun sens. Il frôle même l’absurde… sauf à vouloir ringardiser / filer un coup de vieux aux artistes en question. Et de fait, c’est un peu le cas puisque on se demande, en tombant sur l’une de ces affiches : « Il est mort ou quoi ? »

 

3. Deezer a aussi un problème avec la couleur.

Chaque visuel baigne dans une ambiance orangée psychédélique : façon seventies, trip sous LSD, affiche du musical Hair, bref culture hippie… dont on ne voit pas du tout ce qu’elle vient faire là. Et encore moins ce qu’elle veut dire : les artistes exposés n’étant pas versés dans la nostalgie du flower power. 

 

4. Dans la série «n’importe quoi», Deezer a cru bon d’indiquer : « abonnez-vous à Premium+ »

Euuuh, les gars… c’est pas un peu trop là ? « Premium » – du latin praemium –  signifie déjà : supérieur, privilégié, suprême. En toute logique, il n’y a rien au-delà. Alors pourquoi le « + », non seulement redondant mais inutile ? Hypothèse possible : à la créa chez Deezer, un type a dû dire « on s’en balec’ si ça sert à rien ». Et un second s’est écrié : « mais ouais, t’as raison, allez, on rajoute le +, ça fait riche, ça fait +».

 

5. Chez Deezer, l’artiste – et qui plus est, l’artiste français – c’est un gars tourmenté

Il pense à trop-plein-de-trucs-que-même-pas-tu-peux-imaginer. C’est un mec qu’à pas le temps, tu vois, il est trop sollicité, ça le gave. Alors normal, il fait la gueule. Et là, soit il assume (Her), soit il le cache sous ses sunglasses (DJ Snake). Sympa, non ?

 

6. Une pub pour un service inclus dans l’offre Orange… Bah, ça doit être orange.

1) Pour marquer les esprits.

2) Pour que le public associe automatiquement la couleur à l’opérateur. Existe-t-il technique promo moins sophistiquée, plus simplette ? Non. Mais c’est à elle que vous devez l’atroce fond orangé des visuels. A croire que l’équipe créa, chez Deezer, relisait chaque matin des manuels de propagande stalinienne ou maoïste.

C’est cocasse. On chantonnerait presque : « ta, da, da, j’ai du Staline dans mon streaming… Y’a du Mao dans ma sono… ».

Mais à ce niveau d’ineptie, on finit forcément par rire jaune.

Pas orange, étrangement.

 Olivier Ghis

Partager
Share on FacebookShare on Google+Tweet about this on TwitterShare on LinkedIn

Danseuse, actrice, comédienne, auteure, metteure en scène, Mathilda May prend le temps de l’inventaire et de la mise au point dans V.O. Le récit de sa vie.

Chacun ses souvenirs et ses premières fois. La nôtre avec elle nous renvoie à ce beau film de Jean-Claude Sussfeld, sorti en 1988. La Passerelle. Elle y tenait le rôle de Cora Elbaz. Une mère seule, dont le petit garçon à la suite d’une chute accidentelle était entre la vie et la mort. Pierre Arditi interprétait son voisin, un vieux garçon empêtré dans ses pudeurs, sa culpabilité et ses désirs. Il allait en tomber fou d’amour. Et nous avec. Parce qu’elle était monumentale de sensualité et de force, parce qu’elle était émouvante de tendresse. Parce que tout d’un coup, on ne voyait qu’elle. Cette actrice au magnétisme fou s’appelait déjà Mathilda May.

On apprit ensuite qu’elle avait déjà tourné cinq films. Avec Claude Zidi, Tobe Hooper, Georges Lautner, Claude Chabrol. Et celui qui, avant tous les autres, lui fit confiance, Arnaud Sélignac. Pour Nemo, qui fut d’ailleurs pour tous les deux le tout premier film, et qui, au générique, lui fit côtoyer Harvey Keitel, Carole Bouquet, Michel Blanc ou encore Dominique Pinon. Pas mal pour un début. Des films, il y en eut beaucoup d’autres. Des partenaires prestigieux aussi. Comme Yves Montand, Richard Gere, Bruce Willis, Patrick Bruel ou Jacques Dutronc. Des prix et des honneurs, comme le César du Meilleur Espoir Féminin ou le prix Romy Schneider. Il y eut encore cette photographie signée par la grande portraitiste Bettina Rheims, qui acheva de faire d’elle l’une des icônes absolues des années 80.

Et puis, le temps passant, la lumière autour d’elle lentement s’est tamisée. Celles comme ceux, à croire que seule la médiocrité connait la parité, qui hier encore se la disputaient, s’en réclamaient, lui ont tourné le dos. On ne dira jamais sans doute assez la cruauté de ce métier et les faux-semblants de la célébrité. Elle n’a été ni la première ni la dernière à en payer le prix amer. Quand l’homme qui prend de l’âge est comme le bon vin qui gagne à vieillir, la femme qui avance dans la vie est juste une étoile qui pâlit, une fleur qui s’étiole. Le refrain est connu et l’air toujours aussi aigre. Ce qu’il faut être aveugle et sourd pour ne pas saisir cette évidence qu’une femme arrivée à l’entre-deux rives de son parcours est infiniment plus désirable d’avoir justement vécu et aimé depuis tout ce temps.

 

©Jean-Marie Marion

 

Pour Mathilda May, celui est finalement venu de dire sa vérité. Sans fard, elle qui s’est si longtemps cachée derrière le paravent de ses rouges à lèvres. Sans amertume aucune, la vie est trop prenante. C’est avec lucidité, et il faut bien le dire un certain courage, qu’elle vient donc de prendre le temps de l’inventaire et du grand ménage. V.O. est ce récit. L’histoire de cette danseuse classique devenue actrice, de cette petite fille devenue femme et sex-symbol qui a longtemps fait exactement comme on lui disait et ce qu’on lui disait de faire. Docile et passive comme on ne s’imaginait pas qu’elle pût l’être. Toujours ces apparences qui trompent l’oeil.

Au fil des pages, les anecdotes se succèdent, drôles, inattendues, émouvantes. Les rencontres et les tournages s’enchaînent mais s’installe comme un malaise. Le sien. De ne pas être regardée ni écoutée comme elle l’aurait souhaité. Comme un malentendu, un contresens. Ce ne sont pas seulement les déceptions, les coups de blues, les désillusions, la vie ne se résume pas, on le sait bien, aux seuls cadeaux de la chance et du hasard.

C’est plus profondément comme un enfermement sur lequel Mathilda May mettrait enfin ses mots à elle. Le lent travail de sape de ce qu’elle appelle aujourd’hui ses monstres censeurs. Ses freins, les vôtres, les nôtres, que nous mettons à nos rêves, à nos désirs. Qui nous empêchent de grandir et nous interdisent de vivre nos vies. Elle aussi ne s’est pas jugée parfois, souvent, assez digne, assez forte, assez légitime. À quoi bon dire non quand dire oui est tellement plus facile ? Pourquoi se risquer au défi, au combat, quand on se sent intiment désarmée ?

V.O. raconte cette histoire. Celle d’une artiste qui s’est confrontée au vide et à ses silences, et a pris le risque enfin de ses propres choix. Celui d’être drôle, très drôle, alors qu’on la croyait hermétique à l’humour, beauté couchée sur papier qui glace, partageant la scène avec Pascal Légitimus dans Et plus, si affinités. Celui surtout d’écrire et mettre en scène son premier spectacle, un conte d’aujourd’hui, une chorégraphie poétique et burlesque du quotidien, Open Space. Pièce sans paroles, juste celles des corps en mouvement. Un ovni. Un bijou. Une révélation pour elle comme pour le public. Mathilda May avait donc beaucoup à dire et autant à montrer sans jamais paraître, s’effaçant presque devant sa création.

Elle vient donc ces derniers jours de prendre le temps du redoutable rendez-vous avec soi, le temps aussi de dire aux autres et sans doute d’abord à elle-même qui elle est. Elle laisse à d’autres le soin, c’est pourtant la loi du genre, de donner leur recette surfaite du bonheur assuré ou leur leçon à deux balles de vie réussie. On retient de la sienne qu’elle est aujourd’hui plus libre qu’elle ne l’a jamais été. De ses choix, de ses élans.

Comme de dire oui à Ahmed Sylla, qui a pensé à elle pour Access, série diffusée sur C8, et il a eu mille fois raison. Elle aussi, qui en jubile encore et travaille en ce moment sur le Banquet, sa prochaine création, ce sera encore plus barré !!, d’ores et déjà programmé pour la rentrée au théâtre du Rond-Point. Voilà qui devrait nous faire aimer l’automne, le mariage c’est moins sûr.

Aphone au moment de la parution de son récit, parce qu’elle avait sans doute tout dit, elle a depuis retrouvé sa voix. Arrivée au point final de son récit, elle confie s’être réconciliée avec celle qu’elle était et avoir appris à aimer celle qu’elle est devenue. On la voyait moins, on ne la voyait plus. Ce livre nous offre de la regarder mieux. De la regarder vraiment. À vous le second pas. À vous de faire enfin connaissance.

O.D

 

V.O. Un récit de Mathilda May, paru chez Plon.

 

Partager
Share on FacebookShare on Google+Tweet about this on TwitterShare on LinkedIn

Aux vannes qui s’assèchent, il préfère les mots qui se jouent de lui. Son histoire est un voyage. Michaël Hirsch est un bonheur qu’on n’attendait plus.

Il est comme un môme, ce garçon-là. Avec ses cheveux qui pointent comme des exclamations et qui ondulent comme des points d’interrogation. Ce regard clair posé sur vous dans la salle comme sur le monde qui l’entoure, d’où percent tout à la fois malice et bienveillance. Et cette question qu’il se pose sans cesse quand d’autres ont renoncé, pourquoi ?

Pourquoi la vie, pourquoi l’amour, pourquoi le temps qui passe, pourquoi la mort ? C’est vrai ça, pourquoi ? Pourquoi tout ça ? Il a l’âge pourtant de regarder loin devant, sans trop se soucier du détail qui ralentit. Mais non, il s’interroge, il prend le temps de la parenthèse, de l’aparté et de toutes les questions.

« On m’a dit souvent « mais tu es sûr de vouloir l’appeler Pourquoi ? ton spectacle ? » Mais bien-sûr que je veux ! Ce Pourquoi ?, c’est le personnage central de la pièce en fait. C’est une porte ouverte incroyable pour dénoncer l’absurdité du monde. Et puis aussi, une porte ouverte sur la fiction. Et j’ai toujours été plus intéressé par la fiction que par la réalité, je trouve qu’elle dit beaucoup plus de choses de notre quotidien et de notre humanité ».

 

©Jean-Marie Marion

C’est tendre, poétique, drôle, surréaliste. C’est nourri de mots, riche de sens, prolixe et fertile. Avec Pourquoi ?, Michaël Hirsch nous raconte une histoire, la sienne, la nôtre, du premier matin jusqu’au dernier soir d’une vie.

« C’est exactement ça ! C’était mon envie avec ce spectacle. J’ai toujours aimé qu’au théâtre, on m’emmène dans des fantaisies. Je le trouve tellement beau ce lieu, au coeur des villes, où on arrive à nous déconnecter de notre quotidien. Je trouve ça magnifique ! C’est un voyage à peu de frais finalement. Et c’est ce que j’avais envie de faire. D’être le guide d’un voyage, le temps d’une heure vingt de spectacle, de prendre les gens par la main, en leur disant: Venez, je vous emmène, on part loin, on s’évade tous ensemble… et après je vous ramène tranquillement et avec douceur dans notre monde. La poésie, la fantaisie, c’est ce qui nous manque et c’est ce que j’avais envie de ramener sur scène, parce que moi c’est ce qui me bouleverse en tant que spectateur ».

Un voyage avec des mots pour seul bagage, compagnons espiègles de sa route singulière. On le croit jongleur habile mais c’est eux qui jouent avec lui. Et parfois même, lui échappent.

« Ah, mais complètement ! Ils m’échappent déjà au moment de l’écriture, où il se passe quelque chose d’assez magique, il leur arrive de prendre le pouvoir ! J’ai une idée de ce que je veux faire et c’est eux qui décident. J’ai vraiment cette sensation… il y a un moment où ce sont les mots qui parlent. Et il y a un moment surtout où, moi-même, je deviens spectateur des mots qui commencent à jouer eux-mêmes entre eux… ce sont des moments magiques. Et oui, ils m’échappent parce qu’aujourd’hui, j’ai la chance de jouer devant du public et que ces mots on les partage. Les gens partent ensuite avec ces histoires. Et ces mots-là, que j’avais posés sur une feuille de papier, ça devient leurs mots, ça devient leur histoire ».

Et s’il y en a un d’ailleurs avec lequel il a du mal, lui qui les aime tant, c’est bien le mot « faute ».

« On dit qu’on fait des « fautes » d’orthographe. C’est rigolo quand même à quel point notre langue nous trahit. Des fautes… ce ne sont pas des fautes, ce sont des erreurs ! (rires) Le français est drôle pour ça, c’est à dire qu’on a vraiment une très haute opinion de notre langue, à tel point que lorsque on fait une erreur, ça devient une faute ! Voilà, on doit être puni sur le champ ! (rires) Et puis il y a un mot curieux, « étranger ». On appelle ça des « étrangers », comme s’ils étaient étranges. On les met déjà beaucoup à distance de nous… Vous voyez, parfois les mots se jouent de nous dans le bon sens. D’autres fois, ils nous trahissent un peu. Ils nous font faux-bond (sourire). Et c’est ce que j’essaie de faire avec ce spectacle, de transmettre ce plaisir des mots. Si on partage les mêmes mots, on partagera les mêmes nuances de pensées et il y a alors beaucoup plus de chances qu’on s’entende les uns les autres. D’ailleurs on le remarque,  dans tous les régimes autoritaires, ça a toujours commencé par un appauvrissement du langage ».

©Jean-Marie Marion
Bienveillant à l’égard des mots, même s’il arrive souvent qu’avec lui ils vivent donc leur propre vie, bienveillant pour les autres, il en serait presque anachronique, Michaël Hirsch. Comme s’il s’était trompé de siècle.

« Sur scène, je m’impose cette bienveillance. J’ai la chance de faire ce que j’aime, de jouer. La responsabilité qui en découle, telle en tout cas que la conçois, c’est de ne pas exposer mes colères. Et puis au fond, la colère, la haine, la guerre, depuis le temps… on voit bien que ça marche pas très bien, alors tentons autre chose ! (rires) Je ne sais pas mais j’ai l’impression d’être en plein dans mon siècle, justement. Il n’y pas de raison pour qu’on accorde moins de crédit à l’optimisme qu’au pessimisme. Au contraire, je pense être au bon endroit. Je me rends compte que ce discours bienveillant est partagé par tellement de gens ! On est tellement en attente de ça ! En fait, on arrive au bout de ce truc de peurs, de colères… Pour moi, c’est un acte révolutionnaire de dire: soyons bienveillants les uns envers les autres ! » 

De ce point de vue, Pourquoi ? nous remet à la bonne heure et c’en est un vrai, pour le coup, de bonheur. D’ailleurs, à bien y réfléchir, s’il avait raison l’humoriste ? S’il voyait juste, le funambule ? Pourquoi faire le pari avec lui de la bonne espérance ? Allez savoir. Mais pourquoi pas ?

O.D

Pourquoi ? Un seul en scène de Michaël Hirsch, mis en scène par Ivan Calbérac

Jusqu’au 30 juin au Studio des Champs-Élysées

Partager
Share on FacebookShare on Google+Tweet about this on TwitterShare on LinkedIn

Lassaàd Metoui est un artiste peintre calligraphiste dont l’art et la manière s’inscrivent aujourd’hui sur les murs du Prado, du British Museum, de Beaubourg et aujourd’hui sur trois étages de l’Institut du Monde Arabe, avec notamment 135 oeuvres, dont certaines monumentales. Une reconnaissance qui invite à faire sa connaissance …

Initié dès sa prime jeunesse passée à Gabès, en Tunisie, à la calligraphie coranique ancestrale, Lassâd Metoui  a découvert en France, durant son adolescence, la peinture occidentale à travers les oeuvres de Picasso, de Matisse, de Delacroix, de Soulages, de Kandinsky et de Paul Klee.  Il y a retrouvé sa propre générosité naturelle et sa recherche de transmission d’un optimisme  universel. L’écrivain algérien Yasmina Khadra souligne son âme:

« Lassaàd est un généreux, un ermite fraternel, un trappeur de lumières, qui puise dans la pénombre de son atelier les prières d’un monde meilleur, c’est à dire un monde de partage et d’éblouissement. Enfant du Sahara, il porte en lui l’empreinte de l’éternité, le sceau de la sagesse et l’éloge de la charité humaine »

 

Lassaàd Metoui dans son atelier, à Nantes.

En tant que peintre, Lassaàd s’est beaucoup imprégné  des formes géométriques à la fois de Picasso mais aussi des anciens grands mathématiciens anciens, avec leurs dessins proches de la calligraphie, issus de leur culture arabe. Il y ajoute souvent des graphismes floraux avec des ronds de couleurs  le tout suggérant une notion poétique de parfums enivrants.

 

 

Travaillant sur du papier japonais et utilisant des encres asiatiques traditionnelles rares, Lassaàd aime aussi intégrer dans ses tableaux des collages ou des dessins aux motifs coraniques  anciens, tels qu’on peut les trouver sur des céramiques ou dans des tissus arabes traditionnels.

« Amour »: calligraphie classique et collage 

 

Lassaàd Metoui, dont l’écrivain David Foenkinos affirme que « son existence entière semble être une conversation entre le céleste et le terrestre« , et dont Jack Lang salue le talent fougueux, a participé aussi à l’illustration d’une quarantaine d’ouvrages, de Kkalil Gibran, Amélie Nothomb, Alain Rey, etc…  Il se livrera le 19 mai prochain, pendant la Nuit des Musées  à une performance publique au sein de l’Institut du Monde Arabe.

Grégoire Colard 

 

Le pinceau ivre: Lassaàd Metoui, jusqu’au 30 septembre 2018

À l’Institut du Monde Arabe

Partager
Share on FacebookShare on Google+Tweet about this on TwitterShare on LinkedIn

Les plus belles pépites du comique ne sont plus au cinéma ou au théâtre. Il y a bien plus hilarant. C’est partout. C’est la pub. Aujourd’hui, Tom Ford.

Oui, tenez, au hasard, prenons la dernière campagne de Tom Ford pour ses lunettes de soleil. Que voit-on ?

 

 

 

 

 

  1. Pour faire court : une pin-up (c’est elle qui porte les lunettes), un beau gosse, en mode « étreinte torride d’ici 47 secondes ». Le tout dans un coffre de bagnole. De nuit. Là, déjà, même lu vite fait, l’énoncé est si improbable qu’il active un sourire lumineux.
  2.  Franchement, qui met des sunglasses la nuit ? Personne ! Hormis quelques rappeurs juniors ou débutants du showbiz, niveau NRJ12 première année, auxquels leur agent n’a pas eu le temps de dire : « range ça, t’as l’air con…». Pire encore : qui se jette dans son coffre de voiture ? Et surtout : qui se jette dans le coffre de sa voiture AVEC ses lunettes de soleil ? Là, l’invraisemblance atteint à un niveau olympique, qui relève de l’abus de substances périmés ou d’une démence collective… Peut-être conjugués à de fortes chaleurs, la perte d’un être cher, un double burn out… Les pistes sont nombreuses.
  3. A ce stade, on réalise, mi-hilare, mi-hébété, que oui : chez Tom Ford, IL EXISTE BEL ET BIEN, une équipe de  « créas » qui s’est dit : « mais pu****, évidemment, pour les vendre nos sunglasses, ce qu’il faut c’est un max de night et deux tops dans une caisse… Voire, dans le coffre de la caisse ! » Vous conviendrez, comme moi, qu’une idée aussi c**** frôle le motif de licenciement. Et pourtant, toute une chaîne hiérarchique – de la pub au marketing, en passant par les ventes  – et jusqu’à Tom himself, a dit « Wahoo les gars ! Topi top ! Congrats !! C’est suuupeeeer !!!». De quoi encourager nos créas à upgrader leur projet, pour le faire passer de débile à over-débile. Comment ? En peaufinant les détails !
  4. Le plus visible : c’est la chemise léopard-peau-poils ras (on ne sait pas trop ce que c’est) du gosse-bô. L’idée a dû germer en brainstorming, à peu près comme suit : « bah ouais,  le gars viril, c’est encore un mec des bois, il est brut, il sait faire du feu, il attrape le saumon à mains nues, il est pote avec des loups. Et surtout, il ne se balade pas en chemise blanche corporate. Non, il est en peau de bête. Donc en léopard». On pensait le cliché enterré depuis les péplums des seventies ou le combat de notre Brigitte nationale contre les fourrures. Mais non.
  5. Autre détail cocasse : un reflet tout à fait inutile (et assez hasardeux, vu l’orientation de la lumière), ajouté sans doute pour étoffer la production value de l’image, comme diraient nos confrères de Variety. Comprenez : pour « faire riche »,       « faire pro», montrer au client qu’il en a pour son argent. 
  6. Enfin, celle qui reste pour moi la touche la plus cocasse de ce visuel : l’invention du néologisme : « eyewear ». Autrement dit, comment Tom Ford nous signifie qu’il ne vend pas de vulgaires lunettes, de bêtes sunglasses… MAIS un objet bien plus réfléchi, luxueux, travaillé : un « eyewear »… Un « vêtement pour l’oeil » donc, qui signe l’allure de son acquéreur. Soit une belle tentative d’anoblissement d’un morceau de plastique, assemblé en Chine pour 30 €, vendu à Paris pour 500, puis soldé sur le web à 250. La pirouette intellectuelle n’étant jamais loin de la culbute commerciale.

 

Mais soyons juste : il est un point sur lequel ce visuel ne ment pas, et c’est important : OUI, ON PEUT VRAIMENT s’allonger dans le coffre d’une voiture vintage, made in USA. J’ai en effet vérifié et je confirme : la Cadillac Eldorado (1959) affiche une largeur de 2m04, tout comme la Pontiac Bonneville (1960), qui monte à 2m05. 

Comme quoi, sur cette campagne, chez Tom Ford, quelqu’un a vraiment bossé. Sans doute la stagiaire.  

Olivier Ghis

Partager
Share on FacebookShare on Google+Tweet about this on TwitterShare on LinkedIn

Autrefois usine à deuil, le 104 est devenu un lieu de vie artistique incontournable au nord de Paris…

Quand on pénètre au 104, situé au 5 rue Curial, dans le 19éme arrondissement de Paris, la désorientation s’empare de votre esprit. Est-ce là une ancienne gare, de vieux entrepôts ou abattoirs ? Alors on visite ces  grands bâtiments en pierre de taille, comprenant en leurs seins des halles aux immenses plafonds élevés, des cours intérieures où le soleil s’alanguit, des coursives étroites où vous poursuivez un labyrinthe énigmatique et de larges plates formes où  s’entraînent à leur gré des musiciens, des mimes, des acrobates,  des danseurs de hip hop ou de salsa.

Tout est là, à votre disposition, si vous voulez vous prélasser sur une chaise longue, boire un verre, déjeuner, rêvasser, lire un livre que vous empruntez en l’échangeant contre l’un des vôtres, ou vous poser au coeur d’un groupe d’artistes. L’espace est  pour eux, pour vous, pour tout le monde. Un air de liberté est là, qui vous apaise et vous inspire.

 

L’une des halles 

 

Autrefois, ce lieu qui s’étend sur 220 m de long et 75 de large était depuis 1874 le siège du Service Municipal des Pompes Funèbres de Paris, connu comme une usine à deuil, avec ses convois, ses cercueils, ses chevaux harnachés de plumes noires, ses écussons, ses linceuls, ses cochers à hauts de forme. Depuis 2014, sous la houlette de la Ville de Paris, deux hommes, Robert Cantarella et Frédéric Isbach, ont fait de ce lieu funèbre un espace dédié à l’inspiration, à la performance, à la recherche artistique, quelle que soit sa forme.

 

Frank Herfort : soldats russes et rêve hawaïen. 

 

C’est ainsi que depuis quelques années s’y tient régulièrement,  au milieu de toute cette agitation créatrice,   « Circulations« , un festival de la jeune photographie européenne. La petite circulation, sans ticket d’entrée, vous permet d’évoluer dans les grands espaces afin d’estimer le travail de ces jeunes artistes, et la grande circulation , avec ticket d’entrée, de pénétrer dans les bâtiments où des centaines d’autres oeuvres sont accrochées.

Certaines sont simplement belles, d’autres étonnantes, voire déconcertantes et décalées,  recherchées, élaborées. Les sujets sont extrêmement divers, qu’ils soient politiques, sociaux, floraux, religieux, sexuels ou simplement esthétiques.  Chacun des  photographes exposés a droit à son propre regard sur le monde, sur son pays, sur sa vie,  qu’il soit personnel, familial, esthète, collégial ou citoyen.

 

Crestani Arthur

À chaque visiteur d’arpenter à sa guise, et de prendre son temps,  de s’arrêter, son bonheur étant alors de se figer devant telle ou telle photo, de noter le nom  de son capteur d’image. Et peut-être d’imaginer de saisir lui-même des clichés différents, improbables.

 

Frank Herfort 

 

Grégoire Colard 

 

Au Centquatre jusqu’au 6 mai. Exposition  » Circulations »

Le 104, 5 rue Curial, Paris 19éme.

 

Partager
Share on FacebookShare on Google+Tweet about this on TwitterShare on LinkedIn

L’histoire de Kenzo n’a pas commencé avec celle du club mythique. Elle a continué depuis. Mais le merveilleux créateur n’a rien oublié de ses années Palace.

Il n’est pas sur toutes les photos, il n’était pas non plus de toutes les soirées. Mais en feuilletant l’album des beaux souvenirs, on le croise fatalement. Souvent. Et alors, on ne voit que lui. Ses lunettes, sa mèche noire de jais qui lui mange le front et presque les yeux, et ce sourire comme un soleil qui se lève. Une signature. On lui donne vingt printemps, il en avait un peu plus. Quarante ans après, on lui donne encore beaucoup moins. Oui, ça peut agacer. À croire que le sens de la fête finalement déride et prend de court le temps qui file. Et il l’a aimée la fête, Kenzo. Au Palace aussi, et surtout.

S’il a fait ses premiers pas à l’ombre du grand et sublime château blanc féodal de Himeji, dans la province de Hyõgo au Japon, nourrissant très tôt ses envies de créer à la lecture des magazines de mode qu’il empruntait à ses soeurs, c’est en France qu’il a pris son envol. Laissant derrière lui le poids des traditions, s’affranchissant de la lourdeur d’un milieu strictement codifié et protocolaire, il a alors un peu appris la langue de Molière, Dior et Chanel et beaucoup goûté à la liberté. Trois ans avant la grande floraison du printemps 68, le petit Japonais fraîchement diplômé du Tokyo’s Bunka Fashion College qui ne connaissait personne à Paris a travaillé avec patience à ce que tous le reconnaissent.

                                                        « Au Sept, j’avais ma place à côté de Guy Cuevas »

Il présente sa première collection en 1970 lors d’un défilé à la galerie Vivienne, où il a installé son atelier. Certaines et certains s’en souviennent aujourd’hui encore. Des couleurs qui jaillissent comme des feux d’artifice, des fleurs en bouquets et des mannequins qui rigolent sur le catwalk… Kenzo Takada chahute son temps et contribue lui-aussi à réveiller la belle assoupie qu’était devenue la mode parisienne. Parallèlement, au fond tout est lié, il sort, il entend, il voit, il découvre, il rencontre. Il fait ainsi du Sept de la rue Sainte-Anne sa résidence de nuit.

« À l’époque, je travaillais beaucoup, beaucoup et j’allais au Sept tous les soirs. On y allait pour faire des rencontres. Les artistes, les intellectuels, les mannequins du moment qui arrivaient de New-York, tout le monde se retrouvait ici. Si on voulait savoir ce qui se passait à Paris de nouveau, d’intéressant, dans le domaine de la culture, de la mode, c’est là qu’il fallait être… Et puis au Sept, il y avait une petite place juste à côté des platines de Guy (Guy Cuevas), c’était la mienne !! (rires) On discutait beaucoup, on parlait de plein de choses ensemble ».

 

©Jean-Marie Marion
Le Pimm’s, le Sept… au nombre des premiers fidèles de Fabrice Emaer, où figure notamment son amie Sylvie Grumbach, Kenzo ne va évidemment pas faire impasse sur le Palace.

                                               « Et Grace Jones qui chantait la Vie en Rose »

« À la fin des années 70, on avait besoin d’un endroit comme celui-là. Je me souviens, avec Loulou (Loulou de la Falaise, créatrice de bijoux et muse d’Yves Saint-Laurent), on avait découvert le studio 54 à New-York et on se disait qu’il fallait un endroit comme ça à Paris, pour faire de grandes fêtes. Alors, avec Fabrice et Claude Aurensan on cherchait… et ils ont trouvé le lieu ! Et ils ont fait le Palace. Et on a fait la fête ! Fêtes sur fêtes !! (rires) Je me souviens que pour mon anniversaire, Fabrice avait organisé une soirée, une fête cartoon. Tout le monde était déguisé en Mickey Mouse et moi… en Minnie ! C’était génial !! (rires)… Je me souviens aussi de Grace Jones, que je connaissais depuis le Sept, je l’avais rencontrée en 1976, elle avait donné l’un des premiers concerts du Palace, elle chantait « la Vie en Rose », stylisée par Jean-Paul Goude… c’était magnifique !! Et Au Palace, j’ai fait beaucoup de… (silence) strip-teases (rires) ».

Kenzo dans le plus simple appareil, il n’y avait qu’au Palace. Bon, disons-le, ça se passait plutôt à l’abri des regards mais tout de même. Et il en rit aujourd’hui comme il riait à cette époque, où flottait dans l’air un parfum de liberté qui s’est ensuite, bien vite, évaporé. Les années 80, qui attendaient leur tour, allaient sonner le glas d’une décennie fabuleuse dont le Palace aura été l’une des très belles séquences. En 1993, Kenzo, devenu peut-être sage et désireux de vivre pour lui, vendra à Bernard Arnault la marque qu’il avait créée. Quarante ans après le Palace, il s’étonnerait presque de la fulgurance de la vie.

« Ça va vite, hein… Ça va tellement vite… Physiquement, ça va encore mais quand je vois mon âge… j’ai bientôt cent ans… ça me déprime (rires)… Et vous trouvez que j’ai le même sourire ?? Oui ?… Alors, merci ».

 

O.D

Partager
Share on FacebookShare on Google+Tweet about this on TwitterShare on LinkedIn

Ils ont la plume aérienne, le riff mordant et mélodieux. C’est une bande qui s’est choisie, un band qui s’affirme. En route vers les étoiles, c’est Hãlley.

Il y a comme ça parfois des ébauches riches de promesses, des petits matins incertains qui laissent entrevoir des beaux soirs. Encore tout jeunes, encore bien lisses, ces cinq-là ont pourtant déjà trouvé leur son et tracent leur voie sans trembler. Sûrs de rien sinon que le voyage est de toute façon plus beau que sa destination finale, on se dit, dès les premiers temps de la rencontre, que prendre le temps d’un bout de route avec eux n’est pas le perdre.

©Jean-Marie Marion
Embarqués sur la même comète, il y a Clara au chant, Baptiste à la guitare électrique, Gaël aux claviers, Jules à la batterie et Loïc à la basse. Ils se sont pour la plupart rencontrés sur les bancs de l’école, pas de la communale mais plutôt ceux de l’école Atla du côté de Pigalle, et ont su nourrir leur collectif de leurs influences individuelles. Et ça s’entend. Et c’est bon de l’entendre. Parce que sans se faire des noeuds au cerveau, sans chercher à tout prix à se démarquer, ils se sont simplement trouvés, ajoutant leurs propres couleurs, et elles sont belles, à un paysage musical qui pourtant n’en manque pas.

« Chaque chanson a un climat différent », confie Clara, « on aime la lumière, on aime les ombres. On recherche les dualités, les oppositions. On tourne beaucoup autour du rêve, du voyage et de la quête de quelque chose qu’on n’atteint pas. Nos images sont simples, peut-être un peu naïves mais accessibles. Les thèmes sont très métaphoriques, très oniriques mais en même temps, on les combine avec une énergie très rock… en fait, on raconte des histoires en faisant du rock ! »

Le fait est que lorsque Clara chante et que les garçons envoient le son, le ciel tout d’un coup s’éclaire et même s’embrase. C’est l’effet que ça fait, Hãlley.

« Plus on s’approche de la comète, plus on prend conscience de sa grandeur, de son incandescence, de sa puissance », poursuit Jules, « c’est ce qu’on essaie de transmettre. Ce qui est intéressant, je trouve, c’est l’ambivalence entre les aspects mélodieux, avec des vraies cadences d’accords assez travaillées, c’est pas juste un riff qui tourne, et parfois cette puissance notamment sur la partie rythmique basse-batterie. Ce que composent Clara et Baptiste et la partie de Gaël me fait penser à quelque chose de très cosmique. Avec Loïc à la basse et moi à la batterie on essaie d’être davantage dans l’énergie, d’apporter une sorte de puissance, plus directe, qui va équilibrer le tout ».

Et puisque c’est sur scène que tout se donne vraiment, que tout se vit enfin, Hãlley en concert se joue de la gravité, décolle et s’envoie alors au ciel. Peut-être bien même le 7é et sans passer par l’entresol.

« Derrière mes claviers, ce tableau de bord géant,  j’ai l’impression de piloter un vaisseau spatial », explique Gaël, « je ne peux pas vraiment bouger, alors je suis un peu dans ma bulle. Je suis connecté aux autres mais je me sens comme un sorcier avec ses bâtons d’encens… (rires) ». « On est dans une trans consciente générale », raconte Loïc, « même si on a beaucoup travaillé avant pour être très pros sur scène, on est tous un peu dépassés, aspirés par la musique qu’on envoie ». « Moi, je regarde Loïc bouger, il est bestial (rires), ça me donne envie de bouger aussi », témoigne Baptiste, « cette adrénaline, ça me met dans un état que je n’arrive jamais à retrouver ailleurs… et avoir Loïc et Clara à mes côtés et Jules qui tamponne derrière, toute cette énergie qu’ils dégagent, moi ça me met vraiment… sur une autre planète ». Et Clara ? « Moi, j’essaie d’éviter les coups !! (rires) J’ai de plus en plus de mal à rester statique, ce que je faisais plus avant. Maintenant quand je sors de scène, je suis vidée ! » « J’essaie d’être le plus énergique possible », ajoute Jules, « pas tout le temps non plus. Il faut suivre les dynamiques à fond mais clairement je le fais cent fois plus, je suis beaucoup plus alerte à ça, en concert que lorsque on est en répètes… en concert, tout prend une dimension multipliée ».

©Jean-Marie Marion
À fond, à bloc. Sincères, impliqués. Et connectés entre eux autant qu’avec leur public, ils avancent ainsi les cinq d’Hãlley. Jules le résume bien :

« Je ne me vois pas faire autre chose à ce point là, avec autant de temps et d’intentions, autant d’interêt… Il n’y a pas une autre chose sur terre qui me plaise à ce point là. Ce n’est pas un choix, ça m’est tombé dessus… Comment, pourquoi on tombe amoureux d’une personne plus que d’une autre ? Ça ne s’explique pas. C’est la vie. Moi je suis tombé amoureux de la musique ! Et je ne me vois pas faire autre chose ». 

Il y a des chemins de vie moins excitants. Celui de Clara, Baptiste, Gaël, Jules et Loïc nous donne comme une envie irrésistible de faire confiance à la lune et de tirer des plans sur la comète. Enfin !

O.D

Hãlley sera en concert ce samedi 28 avril à 23 heures au Bus Palladium

Avant comme après vous découvrez In Moon We Trust, leur premier double EP, Ici !!

Et parce que c’est vous et que Tapage Culture vous aime :

Partager
Share on FacebookShare on Google+Tweet about this on TwitterShare on LinkedIn

C’est un fou de musique qui se fout des formats. Un contrebandier en liberté et toujours en avance d’un mix. C’est un bonheur de Dj. C’est Zébra.

Depuis le temps qu’on nous le dit, de se méfier des apparences. Avec sa bonne mine de garçon sage, on lui donnerait les clés du top 50 sans confession ou la playlist d’une radio sans faire attention, confiant dans le soin qu’il mettrait à ne surtout rien toucher, ni déplacer. On aurait gravement tort. Le laisser seul avec des disques peut bien au contraire vous causer d’importantes surprises. Comme par exemple l’entendre lui-même donner la réplique à Julio Iglesias sur Vous les Femmes… si, si, il a osé ça. Ou découvrir Joey Starr passer du côté obscur de la force sur la Marche de l’Empire de Star Wars. Forcément, ça intrigue.

C’est qui ce mytho qui tape l’incruste chez Jacques Dutronc dans l’Aventurier ? C’est quoi cette manie de marier les rythmes des uns aux accords des autres et sans leur consentement évidemment ? Notez que s’ils disaient oui, ça pourrait le vexer. Il aime trop la musique, toutes les musiques, pour ne pas avoir envie tout de suite de jouer avec. La permission, ce sera ensuite. Ou pas. On se dit qu’à la récré, on aurait bien aimé le croiser, qu’il devait avoir le sens des chemins de traverse et des sentiers buissonniers. Lui, c’est Antoine Minne mais ceux qui l’aiment l’appellent surtout Zébra, Dj Zébra.

©Jean-Marie Marion
La dernière fois qu’on l’a croisé, on s’en souvient bien. Comment l’oublier. Il était cerné par les binious et les bombardes ! Il y avait même des cornemuses. Zébra avec le Bagad Karaez. Un zèbre chez les Bretons, imaginez ça. Fallait pas le laisser traîner aux Vieilles Charrues !! Une aventure, encore une, qui s’ajoute au tableau jamais fini d’un artiste toujours à l’affût du bon son et qui ne sait pas juste tourner en rond. On évoquait le Top 50, il l’a bien connu. Sauf qu’avec lui, il était question de champignons rigolos, « mangez-moi, mangez moi » qu’ils disaient, et de papier OCB dont chacun sait qu’il ne sert pas tout à fait à dessiner. C’était à l’époque de Billy ze Kick dont il était le bassiste.

« C’est la meilleure école, j’aurais pas pu tomber mieux. En arrivant dans une bande pareille, qui fabrique son disque avec un magnétocassette, un sampler et trois micros… cent balles et encore, cent balles prêtés par le dealer !! (rires) Ensuite, c’est le talent des chansons qui a permis que ça fonctionne mais comme quoi, avec l’équivalent de 15 euros d’aujourd’hui, tu peux te retrouver deuxième du Top 50 ! Alors le grand discours du « faut aller en studio, je veux signer sur un label », pfff… et quand dix ans plus tard j’ai commencé à faire des bootlegs, je n’imaginais pas que ça marcherait comme ça. Et d’ailleurs, j’ai pas cherché à en faire des disques.  Je me suis dit, à partir du moment où il faut rentrer dans le système des ayants-droit, on va tout perdre. » 

La petite musique de l’industrie du disque, il la connaît bien mais il préfère la sienne. Au gré de ses envies, au rythme de ses idées, celle qu’il peut créer dans l’instant. Sans filtres ni intermédiaires.

« Ce qui me plaît dans l’exercice du bootleg, c’est que j’ai l’idée le matin, j’enregistre l’après-midi et le soir, c’est en ligne. Le bootleg, c’est un fantasme de rencontres. Et j’ai la prétention de croire que l’industrie de la musique n’a pas assez d’idées pour réaliser ces fantasmes là. Elle est lourde. Il faut demander des autorisations, moi je ne demande rien à personne. C’est un truc de batard. Je suis un batard de la musique complètement assumé. Je parle au nom de tous les bootleggers, c’est à dire des pirates qui décident de faire quelque chose qui n’existe pas, on écoute beaucoup plus la musique, plus profondément que beaucoup d’autres. Pour faire ce qu’on en fait, il faut la comprendre entièrement, même dans son histoire. On développe une expertise qui, d’ailleurs, n’est plus tellement valorisée par l’industrie qui, elle, cherche juste quelque chose de facile à vendre. Nous, c’est pas du tout facile à vendre, il n’y pas de style, pas d’intention commerciale ni de prétention artistique, on prétend rien, on fait. »

Et puisque il faut bien commencer un jour, c’est au Pulp, club fameux du boulevard Poissonnière aujourd’hui fermé, que Zébra a signé ses premiers bootlegs.

« C’était une boîte de lesbiennes. Il n’y avait que des filles qui avaient envie de rigoler. Des excellentes clientes. De toute façon, tout le monde te le dit. Même Laurent Garnier !..  Il dit « une boîte de lesbiennes, c’est plus ouvert qu’une boîte de pédés ». Parce que les filles, elles ont envie de s’amuser ! Alors, je leur mettais des mélanges, elles rigolaient avec ça. Donc finalement, elles m’ont encouragé à le faire. »

Encore un peu et bientôt il nous ferait croire que c’est pas de sa faute à lui mais à cause d’elles qu’il bidouille de génie des chansons qu’on n’écoutera jamais ailleurs que chez lui. Parce qu’à la télé comme à la radio, le garçon fait comme à la maison. Chez Nagui, il débauche Cali qui n’attendait que ça et le fait chanter sur ses relectures de U2 ou des White Stripes. Les bonnes oreilles se souviennent de ses mix aussi jubilatoires qu’incandescents sur les ondes de Ouï FM, Virgin Radio ou RTL 2. Ceux qui étaient à la Rochelle, un soir de l’été 2010 n’ont pas non plus oublié son tir au but d’ouverture de concert, offrant la victoire au stade Rennais. Du foot aux Francofolies, il n’y avait qu’un zèbre aussi rayé que perché pour tenter. Comme l’autre soir, à l’Aérosol, spot de nuit éphémère dans le 18é, où avec Dj Prosper, ils ont bataillé tous deux de concert sous les couleurs du Bootleggers United, auxquelles on ne peut que se rallier.

©Jean-Marie Marion
Et c’est sans doute là que se trouve sa vraie signature à Antoine Minne, l’enfant de Ham (pas le bled de Rahan fils de Crao, non, Ham dans le trou de la Picardie mais son trou à lui et c’est lui qui le dit) il ose, il tente. Parfois, il se plante mais il ne regrette rien. Surtout pas d’avoir envoyé le son comme d’autres le bois. Ingérable, il a usé autant de responsables des programmes que d’attachées de presse, imprévisible, fantasque, il a plus de cordes à son arc qu’à sa guitare, son vrai nom il le signe d’un Z qui veut dire Zébra. Et aujourd’hui plus qu’hier, rien, plus rien ne l’arrête.

O.D

Et maintenant que vous avez lu, écoutez donc Antoine Zébra Minne Ici

 

Partager
Share on FacebookShare on Google+Tweet about this on TwitterShare on LinkedIn

 

Le photographe Tony Frank n’a jamais été un paparazzo voleur d’images. Respecté et aimé des stars depuis les années 70, il était souvent invité par elles à s’immiscer dans leur intimité, comme chez Serge Gainsbourg,  au 5 bis rue de Verneuil. Un grand privilège…

Tony Frank a commencé sa carrière de photographe à 15 ans ( !) avec le magazine de jeunes  Salut les Copains, créé par Daniel Filippachi. Au fil des années, ayant le même âge que les vedettes yéyés de l’époque, il a su créer avec elles une proximité amicale grâce à sa bonhomie et sa jovialité naturelles. Impossible de résister à son sourire et de ne pas lui faire confiance. C’est ainsi qu’Eddy Mitchell, Véronique Sanson, Johnny Hallyday, Michel Berger, France Gall, Alain Souchon, Laurent Voulzy, Nathalie Baye, mais aussi les Who et Bob Dylan, pour ne citer qu’eux, ont toujours apprécié son oeil d’artiste.  C’est lui qui  créa la fameuse affiche  de Michel Polnareff avec ses fesses nues, ou, par exemple, la pochette de Melody Nelson, avec Jane Birkin, illustrant cet album écrit par Serge Gainsbourg.

Tony Frank 

Ah, rue de Verneuil, entre Serge et Tony,  là, c’est l’histoire de toute une vie partagée, avec des fêtes, des bons mots, des repas et des bonnes bouteilles, des séances de travail, et des pauses  dans la quiétude  de cet antre aux murs noirs de la rue de Verneuil,  découvert par l’artiste avec Brigitte Bardot. Un habitat baroque  aux fenêtres toujours fermées, où Maître Serge alignait avec minutie dans un ordre que nulle spontanéité ne devait déranger, pas même celles de  ses enfants, des objets, des bibelots précieux et fétiches des tableaux, des stages, des poupées anciennes collectionnées par Jane.  Sans oublier des médailles, des diplômes,  des décorations, et des trophées qu’il remportait. Sa cuisine était tout aussi ordonnée. « La spécialité de Serge, raconte Tony Frank, était de mitonner des plats marinés et de concocter des cocktails,  comme le Gibson, avec la précision et la dextérité d’un barman professionnel ! ». 

 

Photo Tony Frank 

Tony Frank a eu l’insigne honneur pendant des années de pouvoir prendre des photos de ce décor dont Serge Gainsbourg était si fier et dont il rapporte aujourd’hui les propos rieurs :  » Voilà, c’est chez moi. Je ne sais pas ce que c’est : un sitting room, une salle de musique, un bordel, un musée…Je ne sais pas ce qui est le plus précieux ici. Si ce sont les objets ou moi ! Qui est hors de prix ? Je pense que c’est moi ! « .  

 

Photo Tony Frank 

Le photographe a aussi immortalisé les innombrables graffitis d’admiration qui avaient complètement envahi le mur extérieur comme, déjà, une expression spontanée de street art et qui perdurent encore aujourd’hui, sans cesse recouverts par d’autres. Selon Tony Frank, Serge était ému et amusé de ce lien direct avec ses fans anonymes et repérait immédiatement  les nouveaux messages du jour .  » Ma maison est célèbre!… ».

 

Charlotte et Serge Gainsbourg/Photo Tony Frank

 

Aujourd’hui, la maison, devenue un monument artistique secret de Paris,  que Charlotte Gainsbourg rêve toujours d’en faire un musée, espérant être officiellement aidée pour cela, est restée telle quelle après la mort de Serge, en 1991, offrant pour les seuls murs noirs les trésors de toute une vie. Des trésors que Tony Frank a sublimé par ses clichés, que l’on peut détailler et admirer dans son livre et dans une exposition éclectique à la Galerie de l’Instant qui permet d’être virtuellement invité chez Gainsbourg

 

Grégoire Colard

 

 

 

 

 

 

 

Partager
Share on FacebookShare on Google+Tweet about this on TwitterShare on LinkedIn