Tapage Culture

Chez Pinter, la tromperie est un art subtil et délicat qui se pratique entre âmes sensibles et cyniques. La Collection en est une savoureuse illustration.

La petite mécanique des sentiments amoureux est décidément fragile. Il suffit d’un doute pour qu’elle se grippe et se dérègle. Le paisible tableau de l’harmonie que rien ne semblait pouvoir troubler se lézarde et laisse alors apparaître des béances aussi sombres qu’inquiétantes. Si certains ont pu en faire tout un drame, Harold Pinter a pour sa part choisi d’en faire son miel. En un acte et quelques beaux mouvements. Avouons notre gourmandise coupable, on s’en est régalés.

 

Tout commence dans l’appartement bon chic et très bon genre, situé dans le quartier huppé de Belgravia à Londres où vivent Harry, impeccable de force tranquille Thierry Godard, et son protégé sans doute amant, Bill, venu des faubourgs ouvriers et laborieux comme Pinter, et devenu jeune créateur de mode, auquel Davy Sardou apporte tout à la fois angélisme et machiavélisme. Ici donc, un soir, un coup de téléphone. Anonyme. Déroutant. Au bout du fil, un homme qui veut savoir.

Cet homme, c’est James, interprété par le formidable Nicolas Vaude. Marié à Stella, styliste, sublime et énigmatique Sara Martins. Ils habitent Chelsea, qui longtemps fut le quartier londonien des artistes. Il veut savoir ce qui s’est réellement passé à Leeds entre Bill et sa compagne. Se sont-ils embrassés ? Se sont-ils touchés ? Ont-ils couché ? Peu lui importent les vagues dénégations, il annonce sa venue au domicile des deux hommes et s’impose en forçant la porte. Une intrusion comme une agression.

Débute alors un jeu complexe de dominant dominé, un brin sado, un soupçon maso. Une autre peinture des rapports humains qu’on peut voir comme l’un des traits saillants de l’oeuvre de Harold Pinter. Ce qui donnera d’ailleurs au réalisateur Joseph Losey matière à dire pour ne pas dire à jouir avec The Servant, dont le dramaturge britannique avait signé le scénario en 1962, d’après le roman de Robin Maugham, film dans lequel l’immense Dirk Bogarde donna tout la mesure de son talent.

 

Dans la Collection, écrite juste un an auparavant, les questions anodines en apparence prennent la forme d’un interrogatoire de police quand elles ne virent pas imperceptiblement à la menace à peine voilée et les réponses restent en suspension comme si tout le plaisir résidait justement dans le détour, dans le clair obscur. Faisons le souffrir encore un peu cet époux au désespoir, c’est si bon de le voir s’agiter, c’est si délectable de le voir perdre pied.

« Pinter, c’est pour moi la référence du théâtre anglo-saxon du 20é siècle« , raconte Davy Sardou, « on ne peut pas rêver mieux que de jouer du Pinter. Parce ce n’est que du jeu, ce n’est que du sous-entendu, du non-dit et de l’ambiance. À jouer, c’est merveilleux. Parce que le texte est fort mais économe. Il y a très peu de phrases qui sont dites et on en pense toujours une autre…  j’adore ce théâtre là ! Il y a des tiroirs, des chausse-trappes… il y a une scène où cet homme me demande si j’ai des olives et bien évidemment on ne parle pas d’olives, on parle de plein d’autres choses sauf des olives mais Pinter a le génie de vous faire dire des choses par le biais de mots anodins. Et je ne sais pas si c’est cruel ou d’une lucidité terrible. Finalement, les rapports humains, les rapports de couple sont des rapports de force et c’est je crois la signature de ce spectacle, que de creuser l’âme humaine et d’en montrer, d’en voir tout le sadisme. »

Mais alors, tromperie ou non ? Adultère ou pas ? Qui ira saura. Ou peut-être pas.

On se souviendra en tout cas longtemps de la belle mise en scène de Thierry Harcourt et du beau sourire, aussi éloquent qu’indéchiffrable, de Stella-Sara Martins… C’est si bon parfois de n’être sûr de rien.

O.D

 

La Collection, une pièce de Harold Pinter, mise en scène par Thierry Harcourt

Avec Sara Martins, Thierry Godard, Davy Sardou et Nicolas Vaude

du lundi au samedi 19h et les dimanches 17h au théâtre de Paris

 

 

 

 

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Enfin un peu de jeunesse sur France 2 !  L’animatrice Daphné Bürki a fait le buzz en présentant les Victoires de la Musique, une émission habituellement ennuyeuse à mourir,  devenue grâce à elle un moment totalement ludique, potache, insolent et déjanté, sur un faux-semblant de n’importe quoi……

 

 

REUTERS/Christian Hartmann

 

A 38 ans, Daphné Bürki pourrait être sage, posée, ne serait ce que pour donner l’exemple à ses deux petites filles.  D’autant plus qu’à la télévision, elle aligne déjà un beau palmarès en tant qu’animatrice et que sa verve naturelle et sa nature espiègle devraient avoir été limées par la lourdeur de nos chaînes institutionnelles. De nombreuses années passées sur Canal Plus lui ont en fait permis d’exercer sa liberté de parole naturelle, notamment dans le Grand Journal ( où elle n’a hésité à dévoiler un de ses seins à un Manuel Valls ébaubi)   mais aussi dans l’émission Les Maternelles et C à vous sur France 5. Actuellement, depuis août 2017, elle enflamme l’Audimat de  France 2 en menant d’une main de maîtresse l’émission « Je t’aime » chaque après midi sur France 2, à 15 heures, un horaire normalement désertique !  Et soudain, le temps d’une soirée exceptionnelle, la voici bombardée, par Delphine Ernotte, seule aux commandes de la présentation des Victoires de la Musique. Cela aurait pu être la fin de tout pour elle, mais sa prestation a été une telle réussite que sa carrière devrait exploser.

 

Sting, parrain de la soirée, et Daphné Bürki

        C’est d’une voix enjouée, avec un ton toujours empreint d’une ironie redoutable que Daphné a fait allègrement défiler tour à tous les artistes récipiendaires de ces Victoires tant désirées, jamais à court d’un bon mot, parfois même d’un gros mot, n’hésitant pas à se jeter de la scène sur les bras levés du public, telle une slammeuse déchaînée ou un Claude François débraillé. Ce n’est pas Michel Drucker qui aurait fait cela! (Michel, si tu m’entends!). Et, que ce soit avec Sting, Orelsan, Mc Solaar, Big Flo et Oli, Charlotte Gainsbourg, Gaêl Faye, Camille, etc.., elle s’est montrée totalement en phase avec eux, n’hésitant pas à improviser quand une panne technique trouble la fête durant de longues minutes et qu’elle prend sur elle d’aller chercher des sandwiches en coulisses pour les distribuer à des spectateurs pas du tout affamés, mais éberlués.

 

Orelsan et Daphné Bürki, en pyjama.

        Daphné Bürki, qui a commencé sa carrière télévisuelle en présentant les tendances de la mode et qui a une taille mannequin (1m82 ), a aussi joué de son physique avec des tenues des plus chics aux plus déconcertantes (un pyjama),  affichant une féminité épanouie qui n’a pas dépareillé aux côtés de  celle d’Iris Mittenaere,  Miss France 2016 et Miss Univers 2017. Bref, Daphné Bürki,  née sur la pelouse d’un hôpital parisien, est désormais promise à un champ de gloire médiatique. Peut être même au cinéma, qui  a déjà fait appel à elle…

 

 Iris Mittenaere et Daphné Bürki.

 

Grégoire Colard 

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Achbé est son nom d’artiste street art. Sa phrase du jour, écrite à la craie chaque matin sur le trottoir en pente d’une rue étroite de Montmartre, exulte un chant d’amour et d’humanisme soutenu par une rage contenue. Une oeuvre picturale? Une pensée philosophique?  Une phrase pamphlet? Un gag éphémère? Une nouvelle forme d’art, en tous cas.

 

 

En juin 2016, son mari est mort foudroyé, sur le trottoir, devant leur maison. Comme tombé du ciel. Alors, Achbé, a pris les initiales de son nom pour en faire son propre patronyme d’artiste, et, un matin, lui a écrit un mot, comme ça, à la craie, sur le goudron.  Et un autre le lendemain, et les autres jours. 315 en tout. C’était pour elle une forme de résilience, mais c’est devenu au fil du temps non seulement comme un dialogue avec son compagnon disparu, mais un échange avec les piétons, les touristes, les voisins, les commerçants du coin,  tous ceux qui passent par là, sans oublier maintenant les photographes et les journalistes qui viennent fouler  son chemin pavé d’amour.

Ce qui intéresse Achbé, c’est de partager comme un acte spontané son impression du jour, son indignation, sa révolte, mais aussi  ce qui la fait sourire « : « Je n’écris jamais rien de personnel, je ne ressens pas le besoin de raconter mon histoire. C’est comme un journal intime, sauf qu’il n’est pas intime et que je le partage avec qui veut.  Je « craie » sur l’actualité, la mort de Johnny, ou celle de France Gall, mais aussi sur les migrants, l’injustice sociale, la condition des femmes, la bêtise humaine, les SDF, ou sur Arthur Rimbaud, Simone Veil, même Macron !   J’adore faire des jeux de mots, des associations d’idées , en français et en anglais. J’imagine des conseils rigolos. Et cela m’amuse de « craier »sur le sol avec l’écriture appliquée d’un enfant. » 

Chaque jour, Achbé prend une photo de sa nouvelle « craiation »,  la poste sur les réseaux sociaux où elle est suivie avec un certain fanatisme dans 56 pays, et est actuellement exposée jusqu’au 23 février par la Galerie Central Dupon, au bas Montmartre. Une nouvelle grande dame de l’art graphique.

 

Grégoire Colard 

Galerie Central Dupon 74 rue Joseph de Maistre Paris ( XVIIIe)

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Avec My Ladies Rock , le chorégraphe Jean-Claude Gallotta remet la femme à sa place. Au coeur des ébats et dans la lumière.

Une pièce chorégraphique réjouissante qui aurait en outre la résonance et la portée d’un manifeste à la fois rock et politique, c’est ce qu’on a le bonheur de découvrir en ce moment et jusqu’au 4 février au théâtre du Rond-Point à Paris, où le groupe Émile Dubois a donné aux mythiques rythmes binaires des accents majeurs. À l’heure du grand déballage aussi bienvenu qu’hystérique dont nous sommes chaque jour témoins, au moment où une chance s’offre surtout de poser enfin les bases d’un autre rapport entre hommes et femmes, Jean-Claude Gallotta avec son langage à lui propose une lecture nouvelle du grand livre du Rock’ n’ Roll. Tout ce bruit, toute cette fureur n’étaient donc pas qu’une histoire d’hommes.

©Jean-Marie Marion
Elles s’appellent Wanda Jackson, Brenda Lee, Betty Davis, Laurie Anderson ou Nina Hagen. Elles s’appelaient Janis Joplin ou Lizzy Mercier Descloux. On se souvient de certaines, on découvre les unes, on redécouvre les autres. À mesure que l’histoire s’écrit devant nous, on reprend toute la mesure de leur talent. Il y a leur image qui nous domine, leur voix qui prend tout l’espace et sur le plateau, les danseuses et les danseurs qui en écho offrent leurs petits pas, la signature de Gallotta, et leur élans bondissants, jaillissants comme le sont parfois les riffs les plus mordants.

Au fil des tableaux, on comprend surtout l’incroyable injustice qu’ont vécue la plupart d’entre elles. Éclipsées, étouffées parce qu’elles étaient femmes dans un monde pensé et dominé par des hommes. « C’est justement en fouillant l’histoire », souligne Jean-Claude Gallotta, « en m’intéressant d’abord aux Rockers avec My Rock (sa précédente création), que je me suis aperçu, par exemple, qu’Elvis avait lancé Wanda Jackson, qui était vraiment un modèle pour lui. Et je me suis rendu compte qu’il y avait en fait toute une playlist secrète, cachée, miroir de ces hommes. Et après, on s’aperçoit que ces femmes ont été rebelles, meurtries, en avance sur leur temps. Et que finalement, les Rockeuses aussi ont fait avancer la société… avec une folie douce. »

 

En composant sa playlist, aussi convaincante que jubilatoire pour qui aime le très bon son, Gallotta a tricoté le beau récit rock. Lequel se nourrit, comme toutes les grandes épopées, de drames, de trajectoires fracassées et de fulgurances fascinantes. Alternant les chansons écorchées comme Me and Bobby Mac Gee de Janis Joplin et chansons douces, comme la très belle Swing Love Chariot que Joan Baez chanta un jour en hommage à cette même jeune artiste disparue comme quelques autres à vingt-sept ans.

My Ladies Rock, c’est aussi et enfin le pas de deux qu’on attendait entre la danse contemporaine chère à Gallotta et le Rock’n’Roll qui ont en commun d’être nés ensemble. C’est en 1953 que l’Américain Merce Cunningham, après avoir fait ses humanités chez Martha Graham, l’une des grandes initiatrices de la Modern Dance, fonde sa propre compagnie. C’est en 1954, qu’Elvis Presley reprend une chanson d’un bluesman noir, Arthur « Big Boy » Crudup, et enregistre « That’s all right Mama« , dans les studios de Sun Records, chanson qui reste aujourd’hui encore le premier acte fondateur du Rock’ n’ Roll. Son acte de naissance.

©Jean-Marie Marion
L’une comme l’autre ont contribué à rendre le monde sans doute plus aimable et fréquentable. « Les Rockers, c’était pas seulement du showbiz, de la variété, » précise Jean-Claude Gallotta, «  ils voulaient vraiment changer le monde. Moi, ça m’a changé ! Parce que ça m’a donné un idéal. J’avais mon meilleur ami qui était Rocker, avant même de faire de la danse, et ça m’a un peu sauvé la vie parce que je savais pas quoi faire. Le seul fait d’avoir l’élan de ça, de vouloir changer la vie, ça donne une envie de vivre ! Sinon, on est désespéré, on a l’impression qu’on ne sert à rien… Et le Rock, ça m’a happé et du coup j’ai fait de la danse et lui, il m’accompagnait avec ses instruments. Et je me suis juré qu’un jour, je mêlerai danse et rock… Et j’ai mis du temps en fait, parce que dans la danse contemporaine, c’était un peu mal vu de mettre ce type de musique… » Et puis, il y a eu les cinquante ans du Rock et cette rencontre magnifique avec Bashung pour l’Homme à tête de choux, et c’est une autre histoire.

On retiendra juste que le temps finalement importe peu. Après My Rock, voici donc My Ladies Rock.

Au fond, les deux faces indissociables d’un même vinyle collector.

Bonne nouvelle, Rock is not dead… Mieux, Gallotta is rock’ n’ rolla !!

O.D

My Ladies Rock, chorégraphie de Jean-Claude Gallotta.

Avec les danseuses et les danseurs du groupe Émile Dubois

Jusqu’au 4 février, au théâtre du Rond-Point

En tournée jusqu’au 21 juin.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Chant d’amour au théâtre de la Madeleine où se consument chaque soir deux amants en cavale. Bardot et Gainsbourg. « Moi non plus » ?… À vous couper le souffle.

Une suite au Ritz avec vue sur la place Vendôme. Un lit comme une île. Un piano en smoking. Une cigarette qui se consume et trois volutes qui se dispersent dans le clair obscur. Quelques notes qui nous rappellent une grande chanson. La sonnerie du téléphone et un fils qui répond à son père. Il y a cette maison à aller visiter rue de Verneuil. C’est lui. C’est Serge.

 

©Jean-Marie Marion
Dans sa quarantaine encore incertaine mais ça va pas mal en ce moment. Gabin l’a appelé il y a quelque temps. Pour un petit rôle au cinéma et la musique d’un film. Ce sera un requiem. À la mémoire d’un scélerat, le requiem pour un con. Il y a aussi cette collaboration en vue d’un show à la télévision. Avec la plus belle fille du monde qui, depuis peu et une fameuse chevauchée en Harley-Davidson, n’a d’yeux que pour lui à qui pourtant on a toujours dit qu’il était laid.

Justement, elle arrive. Un soir. Blonde incandescente, insolente et conquérante, sensuelle à se perdre, belle à se damner pour au moins l’éternité. Elle a une horde de paparazzis à ses basques et le monde à ses pieds. Jusqu’au Général, le grand, le Charles, qui l’a convié un soir prochain à dîner à l’Élysée. Surtout et pire, elle est très mariée au très jet-setteur et très riche Gunter. Elle, c’est Brigitte. Elle veut qu’il lui écrive une chanson d’amour. L’histoire peut commencer. Mais il faut bien l’admettre, en quelques minutes, elle nous a déjà happé.

©Jean-Marie Marion
Il a suffi de les voir et de les entendre tous les deux pour être embarqués. Mathilde Bisson et Jérémie Lippmann. Incroyables de justesse, troublants de sincérité, simplement fascinants, ils ne jouent pas à faire comme si, ils ne s’égarent pas à imiter. Ils se tentent. Ils se prennent. Ils se déchirent. Ils s’aiment. Ils sont Serge et Brigitte.

De leur liaison dangereuse, aussi brève qu’intense, de leur amour défendu et irrésistible, physique et sans issue, on croyait, comme vous, avoir tout lu, tout compris. On était assez loin du compte. L’auteur, Bertrand Soulier, qui sait ce qu’aimer une femme et écrire une chanson veulent dire, a su nourrir admirablement les pointillés de leur parenthèse. Donnant aux deux interprètes, dirigés avec intelligence par Philippe Lellouche, les mots qui font vibrer et qui nous manquaient.

Mieux encore, en éclairant d’un autre jour le récit de leur si belle histoire. L’une des chansons que Gainsbourg va composer tout au long de la pièce, c’est Bonnie and Clyde. Et le motif comme un leitmotiv va sans cesse renvoyer les deux amants à ce qu’ils étaient aussi et peut-être même d’abord. Des hors-la-loi, des fugitifs. En cavale, comme l’étaient Parker et Barrow. Pas de FBI ici mais l’omniprésence de Gunter Sachs qui avait ses entrées à l’époque au ministère de l’Intérieur. Et le poids, surtout, de la bienséance et de la bonne moralité de la France d’avant soixante-huit.

« Moi non plus » est aussi à cet égard le récit d’un homme et d’une femme résolument attachés à leur liberté. En avance d’un temps sur leur siècle et qui chacun à leur façon ont bougé les lignes de leurs mondes.

©Jean-Marie Marion
« Quand on se penche un peu sur l’histoire de Bardot« , souligne le metteur en scène Philippe Lellouche, « c’est une femme à qui on ne pouvait rien refuser. Elle se met la tête dans le four à dix-sept ans parce que ses parents ne veulent pas la laisser épouser Vadim… Et après, avec Jean-Louis Trintignant, elle appelle le général de Gaulle pour qu’il ait une permission et qu’il puisse venir la voir le week-end !… rien ne pouvait arrêter Brigitte Bardot !! Et on a le sentiment que rien ne pouvait arrêter Serge Gainsbourg. Et c’est à mon avis là dessus que l’histoire d’amour tient, sur la liberté. »

« Une pièce romantique sur une histoire d’amour » pour Lellouche. « Une pièce terrible sur le mensonge amoureux » pour Soulier… « Moi non plus », c’est tout ça à la fois. C’est l’amour qui vous sublime et vous fait accomplir des prodiges. Peu importe qu’il dure cinquante nuits, pourvu qu’au point final, il vous ait rendu plus grand et plus beau. C’est aussi pour ça qu’on aime et qu’on retourne au théâtre, pour être témoin de ces miracles.

O.D

 

Moi non plus une pièce de Bertrand Soulier, mise en scène par Philippe Lellouche

Avec Mathilde Bisson et Jérémie Lippmann

Lumières de Jacques Rouveyrollis

Costumes de Manfred Thierry Mugler

Au théâtre de la Madeleine

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Jamel Debbouze, sur scène, se montre toujours  aussi iconoclaste et vibrionnant. Après trois semaines de triomphe total en décembre dernier à La Cigale  affichant complet,  il se prépare à laminer toutes les plus grandes salles de France de son humour à la fois karcher et plein de générosité.

 

Le retour de Jamel sur les planches  est une bonne nouvelle! Il nous manquait pendant toutes ces dernières années où il se consacrait non seulement à sa femme et à leurs deux enfants , mais aussi à toutes sortes d’activités artistiques. Il nous manquait car on a besoin de lui, de le voir courir, que dis je, bondir, d’un côté à l’autre de la scène , où il se présente seul, comme toujours, mais qu’il habite comme s’il y était entouré de tous ses amis et de toute sa famille. « Ma mère est la personne qui me fait le plus rire au monde! ». C’est sa vie à lui qu’il nous raconte, son quotidien, ses étonnements, ses effarements, et même ses révoltes face au monde insensé qui nous entoure, avec ses bêtises, ses scandales, mais aussi ses bonheurs.

 

 

 

Jamel n’a peur de rien ni de personne. Il tchatche toujours comme une mitraillette, trop heureux d’être libre de nous faire partager sa joie de vivre, son sens du partage et son humanisme qui débordent de sa verve. Il donne l’impression d’improviser sans limite de ton ni de temps, au gré éventuel des interpellations qui fusent ça et là du public. Son spectacle sera t’il le même le lendemain ?  Pas sûr!

 

 

Il n’oublie jamais ses origines marocaines ni de préciser être né à Paris, avoir grandi à Trappes, et revendique haut et fort, tout en en riant, le composite de sa vie. Le tableau qu’il dresse de lui-même, avec une large palette de couleurs, Jamel va l’accrocher pendant tout 2018 au fronton des plus grandes salles de France.  Quelle qu’en  soit la région, gageons que chacun l’y accueillera à chaque fois comme le plus sympa de ses compatriotes !

 

 

Grégoire Colard

 

Quelques villes et quelques dates…

 

27/1  Châlons en Champagne

28/1  Saint Dizier

31/1  Beauvais

1/2   Amiens

2/2   Rouen

3/2   Le Havre

6/2.  Caen

7/2.  Rennes

8/2   Brest

9/2   Nantes

10/2  Angers

13/2  Montpellier

14/2  Marseille

15/2  Toulon

etc….

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Avec « Nénesse » , à l’affiche du théâtre Déjazet à Paris jusqu’au 3 mars, Olivier Marchal frappe un grand coup, oui… mais un coup de boule.

Le malheur de ces quatre-là, on ose à peine l’avouer, a fait notre bonheur à nous. Chacun son histoire, chacun sa débine et son lambeau d’espoir, quatre naufragés englués dans le minable avant de finir engloutis dans le sordide. Ça commence mal et on sent bien que ça ne finira pas mieux. Comme dans la tragédie antique, c’était joué et perdu d’avance. Et vous savez quoi ? On s’en délecte.

Parce que « Nénesse« , c’est pas du Mickey, c’est du théâtre. On n’est pas non plus ici dans le divertissement aimable et consensuel. Ce n’est pas une petite pièce délicate aux accents raffinés à savourer entre amis choisis. Non, c’est du théâtre quand il choisit de dire le monde et de le restituer dans sa vérité brutale et sale et même salement dégueulasse. C’est du théâtre qui parle de nous et de maintenant. Des migrants qui cherchent à se tailler un coin de ciel plus clément. De ceux qui exploitent leur infortune et qui en même temps ne vivent pas mieux. C’est la France de la jungle de Calais. C’est l’Europe, frileusement repliée sur ses égoïsmes, qui perd le sens de ses traditions et de son histoire. C’est le Monde qui va dans le mur à fond de cinquième. C’est du rouge qui pique et qui tâche.

C’est d’abord un texte d’une incroyable richesse, aux couleurs céliniennes, dont Aziz Chouaki est l’auteur. Le compositeur, devrait-on dire, qui a signé pour chacun des protagonistes une partition sur mesures.

Il faut entendre Goran, porté par le prodigieux Hammou Graïa, raconter son parcours de migrant, ancien boxeur et coach sportif chez Daech. Il faut partager la complainte de Gina, émouvante Christine Citti, séduite un soir d’été parce qu’il était beau, roulait en Harley et qu’il était tout en jeans et aussi guitariste dans un groupe de hard-rock, même que les autres filles n’en avaient que pour lui. Il faut comprendre la trajectoire kafkaïenne d’Aurélien, ancien commis de l’état et fonctionnaire à l’Unesco, qu’un banal renouvellement de pièce d’identité a enlisé vivant dans les rouages de la grande machine administrative. Aurélien, l’homme instruit, honnête et légaliste, à qui Geoffroy Thiebaut sait donner avec une belle justesse toute sa fragilité d’homme blessé.

 

©Jean-Marie Marion

Et puis, et enfin, il faut le regarder vivre, le salaud de l’histoire. Le Nénesse. Ancien « lead-guitare » d’un vague rock-band. Ancien taulard, une pathétique histoire de shit, et puis ancien légionnaire, aujourd’hui chômedu, mais sans pour autant passer par la case allocs, « j’suis pas un lécheur de grolles« . Nénesse, deux AVC en l’espace de quelques semaines, qui crame en mauvais pinard et en jeux de grattage le peu qu’il soutire à sa femme ainsi qu’à ces deux migrants sans-papiers qu’il héberge. Un Français qui ne comprend plus sa France, qui ne comprend pas davantage son époque, qui ne comprend plus rien. Que la mondialisation a laissé K.O et qui tient à peine debout. Nénesse qui vomit, avec une absence totale de retenue, sa détestation des arabes, des jaunes, des juifs, des pédés. Qui pour autant ne votera jamais Front National. Nénesse, mal instruit, mal appris, qui a juste peur et froid à sa Marseillaise. Nénesse, c’est Olivier Marchal qui l’endosse. Et c’est magistral.

 

©Jean-Marie Marion

Autre plaisir, celui de retrouver sur la même scène deux copains d’abord. Olive et Geoff. Marchal et Thiebaut. C’est en allant le voir aux Bouffes Parisiens en 1992, où il jouait le fils de Danièle Darrieux dans « George et Margaret », qu’Olivier a tout d’abord rencontré Geoffroy. Quelques années et quelques soirées pizza plus tard, le réalisateur de Braquo a pensé à l’ancien compagnon de route de Jean-Louis Barrault et Madeleine Renaud pour incarner le terrible Vogel, clin d’oeil au Cercle Rouge de Melville, ce flic de l’IGS, (Inspection Générale des Services) devenu cinglé et tueur, le vrai grand méchant de la série. Avec le regretté Denis Sylvain, qui interprétait le commissaire Bordier dans le premier épisode, ils formaient une belle bande de trois. Mélangeant et partageant leurs démons comme leurs fêlures, leur sens de la vie comme leur goût de la nuit. Une amitié à l’épreuve de tout même des « petits marquis du métier » comme les nomme Marchal et qui leur tient chaud à tous les deux les jours de froid. Si bien que lorsque le metteur en scène Jean-Louis Martinelli a pensé à Olivier pour « Nénesse« , celui-ci a aussitôt pensé à Geoffroy. Et il a bien fait !

La suite, ce sera bientôt à vous de voir.

« Nénesse« , on en fait le pari, ne vous laissera ni tout à fait indemnes, ni tout à fait les mêmes. « Nénesse« , un fait divers et tellement plus.

 

O.D

Nénesse, une pièce de Aziz Chouaki, mise en scène par Jean-Louis Martinelli

Avec Christine Citti, Olivier Marchal, Hammou Graïa et Geoffroy Thiebaut

Jusqu’au 3 mars au théâtre Déjazet

 

 

 

 

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C’est au Théâtre, enfin réouvert, du Musée Grévin, que l’improbable Raphaël Mezrahi nous fait fondre comme de la cire devant ses facéties tellement hasardeuses, paraissant pour certaines avoir ni queues ni têtes, au point de se demander si cet homme est bien fini dans sa tête.

Découvert par le grand public en 1995 grâce à ses vraies-fausses interviews dans l’émission  » Osons » de Patrick Sébastien et ensuite dans Nulle Part ailleurs, sur Canal Plus, Raphaël Mezrahi,   » alias Hughes Delatte, journaliste aux cheveux gras et au chandail marronnasse troué, jamais avare de questions idiotes et totalement décalées », a découvert sa voie de  vrai comique-faux journaliste en visionnant  à 12 ans les shows satiriques de l’Américain Norman Gunston, mais aussi  un certain entretien devenu cultissime entre Pierre Desproges et Françoise Sagan.

 

 

Photo extraite de l’interview de Françoise Sagan par Pierre Desproges dans l’émission Le Petit Rapporteur ( 1975)

 

A l’heure où la cabale court aujourd’hui, affirmant que  tous nos plus grands humoristes français  copient largement leurs collègues américains, leur volant des idées de sketches, on pourrait très bien accuser Mezrahi  d’avoir plagié Desproges. Il en rit:  » Pierre  n’a pas inventé l’absurde, il l’a sublimé ! Cela été la révélation et la confirmation pour moi de ma vraie nature.  Dans la vie, mon entourage s’est toujours étonné que j’instaure, couché dans un pré, une sorte de dialogue nez à nez avec un hérisson !  Pour la télévision, le cinéma ou le théâtre, je mets en scène ceux qui m’inspirent, que ce soient des mamies que j’adore, ou des stars françaises ou internationales, de Nicoletta à Brad Pitt,  en passant par Nabilla, à qui je pose des questions  incongrues qui les déconcertent complètement,  et qui regardent avec stupeur le journaliste que j’incarne alors comme un zombie sorti tout droit d’un asile! « .

 

Nabilla et Raphaël Mezrahi 

 

Sa propre originalité, Mezrahi la propose actuellement , jusqu’au 13 janvier, sur la scène du Théâtre du Musée Grévin, après une tournée magistrale en province, et reprendra ce spectacle assument original au Théâtre de la  Madeleine, à partir 20 mars. Il s’agit en fait d’un show sans metteur en scène ( « On ne met pas l’absurde en scène! On le vit, au hasard « ), avec une projection choisie par le public en levant la main d’une vidéo ratée d’une personnalité, et des réflexions qui paraissent improvisées, venues comme ça au détour d’une mouche qui volette dans la lumière des projecteurs. De fait, l’heure et demie que l’on passe à suivre les (fausses) hésitations de notre artiste , et les pérégrinations ( faussement) hésitantes de son esprit moqueur et extrêmement sympathique , toujours chaleureux, jamais méchant,  nous enchantent.

 

 

Raphaël Mezrahi va aussi prochainement décaler nos esprits, 12 février prochain, en produisant pour la cinquième année consécutive, La Nuit de la Déprime, aux Folies Bergère, où nombre de comédiens, d’humoristes et de chanteurs, voire d’hommes politiques, vont monter sur cette scène mythique afin  de nous tirer des torrents des larmes…de rire !

Ne ratez pas Raphaël Mezrahi, il est irrésistible…

 

Grégoire Colard 

 

Jusqu’au 13 janvier : Théâtre du Musée Grévin. 10 boulevard Montmartre.Paris 9eme.

12 février : Nuit de la Déprime . Folies Bergère. 32 rue Richer, Paris 9eme.

 

 

 

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Bluffante à la Nouvelle Ève, émouvante au Petit Saint-Martin, rien n’arrête Nicole Croisille. Surtout pas le temps qui passe. Champagne !!

On avait rendez-vous avec une légende, de celles qui vous intimident et dont on pardonnerait même qu’elles vous toisent. On a rencontré une femme à la gentillesse désarmante, traqueuse comme à son premier soir, bosseuse comme si elle avait encore tout à prouver, et puis drôle et pétillante. Irrésistible, en somme.

Une rencontre en deux temps. À la Nouvelle Ève tout d’abord, dans « Youpi ! C’est reparti », la jubilatoire revue ourdie et mise en jambes par Caroline Roëlands et sa bande de doux dingues. Au Petit Saint-Martin ensuite, dans « Jeanne » de Jean-Robert Charrier et que Jean-Luc Revol, à l’invitation de Nicole Croisille, a mise en scène. Deux rôles aux antipodes l’un de l’autre. Nicole blonde platine et féline dans ses collants noirs comme à Broadway quand elle menait la revue des Folies Bergères. Et Nicole vieillie, coiffée de gris, murée dans la solitude amère du vingt-huitième étage de sa tour anonyme. À chaque fois, un vrai bonheur. Pour nous comme pour elle.

« J’étais heureuse d’aller à la Nouvelle Ève les retrouver tous les lundis et de faire quelque chose que je faisais il y a cinquante ans qu’évidemment on ne va plus me donner la possibilité de faire aujourd’hui. Et cette autre performance, parce que c’est une performance, avec cette pièce que m’a proposée Jean-Robert Charrier, le directeur du Saint-Martin, un jeune homme délicieux de 34 ans… tiens,  je commence à parler comme une vieille conne… que je côtoyais pendant Irma la Douce avec Briançon. »

©Jean-Marie Marion

« Il y avait des tas de signes quand j’ai lu cette pièce qui me faisaient penser qu’il fallait que j’y aille. Même si ça me foutait une superbe trouille, ça correspondait à ce que je voulais faire maintenant, au stade où j’en suis de ma trajectoire. Non, je n’appelle pas ça une carrière mais une trajectoire, parce qu’une carrière c’est calculé à l’avance et ça n’existe pas ! Et j’ai envie de la finir avec des choses qui me plaisent, qui me font gagner du terrain encore en tant qu’artiste, m’épanouir dans ce que je n’ai pas eu l’occasion de tenter avant. Et je voulais tâter de la vieillesse… parce que je me bats contre cette vieillesse ! »

Ce cap parfois si redouté, quand à l’automne de sa vie on se rend compte, comme Jeanne, qu’à attendre de l’autre qu’il vous aime pour vous, on a peut-être tout simplement oublié de vivre pour soi, Charrier le raconte avec une infinie délicatesse. Jeanne qui s’égare, qui entend des bruits qu’elle seule entend. Jeanne qui ne sait plus que mordre et se méfie de ses voisins. Jeanne, une tatie Danielle que les cinq verrous posés sur sa porte protègent du monde des vivants. Acariâtre et de mauvaise foi jusqu’à l’insupportable et finalement émouvante, qu’on aurait envie de serrer dans ses bras.

En épousant le rôle, Nicole Croisille n’a donc pas hésité à jouer avec le propre reflet de son miroir. Sans fard, sans coquetterie.  « C’était pas culotté, c’était un risque. Mais qu’est-ce que je risquais ? Je ne risquais pas ma vie ! Je risquais que ce ne soit pas crédible. Or, apparemment, même des gens qui me connaissent parfaitement me disent: « Quand je t’ai vue, je ne t’ai pas reconnue ! »… C’était ça l’important. D’autant plus que les femmes de ma génération, qui restent encore sur le tarmac comme je le dis, elle font tout pour que ça ne se voie pas. Parce qu’on n’a pas le droit de vieillir ! Les gens n’aiment pas qu’on leur rappelle qu’ils sont en train de vieillir, donc il faut qu’on reste comme on était. » C’est dire si la comédienne s’est ici follement amusée à composer avec le temps qui passe.

©Jean-Marie Marion

Et puis, comme un clin d’œil à sa propre trajectoire, les hasards du métier ont fait que Nicole Croisille se soit retrouvée, en cette fin d’année 2017, dans ce qui était les sous-sols du théâtre Saint-Martin qu’avait investis, en 1978, Marcel Marceau et ses élèves venus du monde entier. Avec l’appui du maire de Paris de l’époque, Jacques Chirac, et de son conseiller culturel, Marcel Landowski, le célèbre mime à la marinière avait créé ici même une école internationale de mimodrame.

Mais Nicole intégra sa troupe bien plus tôt, à la fin des années 50. Elle suivait alors des cours de chanteuse lyrique, tout en dansant à la Comédie Française dans les ballets des comédies de Molière. « On m’avait découvert une tessiture de colorature. Techniquement, c’est infernal. On peut difficilement se laisser aller à l’émotion. Ma réflexion a été de me dire si je ne peux pas, mon corps, lui, doit pouvoir. Je vais donc aller chez Marceau et apprendre à mon corps à traduire l’émotion. Faut être tarée pour faire ça mais je suis tarée. Et au bout de deux mois, la femme de Marcel tombe malade et la troupe avait toute une série de tournées en Amérique du Sud, en Europe, partout. Il m’appelle et il me dit: « Est-ce que vous êtes libre ? »… je n’étais pas majeure… c’est comme ça que tout a commencé. »

Et on se gardera bien de dire que la boucle est bouclée. Le jazz et ses big-bands il n’y a pas longtemps. Le music-hall et le théâtre en cette fin d’année. Allez savoir ce qu’elle nous réserve pour l’année prochaine et toutes les autres à venir. Nicole Croisille reste libre. De ses choix, de ses élans. Comme de nous surprendre encore et c’est tant mieux.

O.D

 

Jeanne, de Jean-Robert Charrier, mise en scène de Jean-Luc Revol

Avec Nicole Croisille, Charles Templon, Florence Muller et Geoffrey Palisse

Pour encore quelques soirs au théâtre du Petit Saint-Martin  

Avant de partir en tournée.

 

 

 

 

 

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César est un artiste sculpteur plasticien français, reconnu dans le monde entier . Il est magnifiquement salué par une immense exposition qui lui est consacrée à Paris, au Centre Pompidou, initiée par le commissaire Bernard Blistène.

Né à Marseille en 1921, César Baldaccini est surtout connu de tous pour sa fameuse statuette remise chaque année à la cérémonie des … »César« ! Quel acteur ne rêve de pas l’accrocher à ses rêves les plus fous?  Elle est le symbole de la réussite, de la reconnaissance de ses pairs et du public.  Il est juste que César, disparu en 1988, soit mis  à son tour sur l’autel  de l’admiration à la fois officielle et publique, grâce aux installations  des oeuvres les plus emblématiques de son talent étonnant dans un gigantesque open space qui déborde à travers les baies vitrées sur Montmartre et les toits de Paris .

 

Le César du cinéma/1975 

 

Sur le sol semblent traîner des coulées irrépressibles de chocolat, de crème, symboles pour l’artiste des débordements de la vie et de la nature. Une direction artistique, qu’il définit comme celle de l’expansion, qui lui est venue quand, jeune homme, il s’est rendu à Pompéï et a été sidéré par les corps à jamais pétrifiés  dans la lave qui avait submergé la ville. La plupart de ces oeuvres  sont réalisées à base de mousse de polyuréthane. Est-ce à dire que César est un artiste « industriel »? En tous cas, c’est un créateur témoin et visionnaire de son temps, qui utilise les matériaux générés et dégénérés par l’homme et les divinise.

 

Quelques expansions

 

Dans une autre partie de cette exposition sont proposées des compressions de carcasses de voitures cabossées, écrasées, qu’on ne cesse de regarder pour certaines non sans regret de ne pas les avoir conduites  quand elles étaient neuves, sublimes et éblouissantes ! Nos désirs les plus fous sont ainsi réduits en tas de tôles alors même qu’ils s’érigent à tout jamais en oeuvres d’art ! C’est la consécration de l’éphémère…

 

La formule 1 Ricard/1962

 

C’est en 1958, à l’âge de 37 ans, que César découvre les presses hydrauliques et compresse sa première voiture, une Dauphine, pour se jeter ensuite sur d’autres engins, comme des formules 1 ou des carrosses de luxe. Ses oeuvres font alors scandale et déclenchent une cabale, qui perdure encore aujourd’hui pour certains, qui n’acceptent pas que l’art sublime des détritus de la consommation. Ce qui est sûr, c’est l’acuité du regard de l’artiste sur notre monde contemporain consumériste.

 

César/1997. Paris, France.Photo Ulf Andersen

 

Un autre corps de cette installation du Centre Pompidou présente un aspect tout aussi connu de César, mais discutable aussi pour beaucoup, celui de son bestiaire et de ses oeuvres en fer. Quand il était encore tout jeune, issu d’une famille aux très modestes moyens, César avait déjà bricolé pour son petit frère des jouets en fer à base de boîtes de conserve. Plus tard, toujours sans le sou, incapable d’acquérir du marbre, c’est tout naturellement qu’il a conçu des oeuvres avec des déchets métalliques.  Et là, dès le départ, le  succès national et international lui a permis d’accéder au vertige de la notoriété et de l’acceptation de son imaginaire.

 

Le scorpion/1955

 

Exposition César/Centre Pompidou, jusqu’au 13 mars 2018.

 

 

Grégoire Colard 

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